CHAPITRE 12
Le Droit Naturel |
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Le droit
naturel et le libéralisme Si quelqu'un cherchait à s'informer en écoutant les médias français (pas de panique, c'est juste une hypothèse hein...), cette personne reviendrait avec une conviction dans le domaine politique : Le libéralisme est une théorie économique prétendument efficace mais en réalité au service des riches et indifférente à ce qui est juste ou injuste. Pour avoir une chance de comprendre ce qu'est le libéralisme, deux étapes sont donc indispensables : a) Tourner le bouton de France Inter sur ""Off"". b) Pousser la porte d'une librairie Le poussage de porte de librairies suivi du lecturage de philosophes politiques permettrait de découvrir l'inimaginable : Le libéralisme n’est pas d'abord une théorie économique. Le libéralisme est d’abord une tradition philophique qui se déploie dans de nombreux domaines, le domaine politique, le domaine du droit... Les conséquences politiques et juridiques se retrouvent bien sûr aussi dans les institutions encadrant l’activité économique, mais parler de ces institutions sans connaître la vision qui les soutient, c’est comme parler de la pointe d’un iceberg en ignorant ou en feignant d’ignorer qu’il y a aussi (beaucoup) de glace sous l’eau.. Sous l’eau, il y a l’affirmation que la raison, même imparfaite, permet d’approcher la connaissance de ce qui est juste. Et que ce qui est juste pour l’Homme, c’est de lui permettre de vivre en société tout en respectant son individualité, sa liberté. Le cheminement pour parvenir à cette vision va d'Aristote à John Locke en passant par Thomas D’Aquin, Cicéron et Grotius, puis se prolonge au XIX, XX ème siècle par des penseurs libéraux comme Bastiat, Spooner, Ayn Rand, Rothbard, Bruno Leoni ou Bertrand de Jouvenel. C’est la tradition du Droit Naturel. "Le nom de l'Homme règne sur l'humanité présente avec une autorité et une ubiquité écrasantes, et jamais peut être depuis Homère n'a été aussi peu explorée la question qu'il contient." Pierre Manent - La cité de l'Homme. |
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| Tradition du droit naturel La Tradition du droit naturel ne se confond pas avec le libéralisme, certains partisans du droit naturel ne sont pas libéraux, certains libéraux ne se reconnaissent pas dans la théorie du droit naturel mais plutôt dans l’utilitarisme. Mais l’histoire du droit naturel et celle du libéralisme sont inséparables : c’est la tradition du droit naturel qui a enfanté du libéralisme au siècle des Lumières. Aujourd’hui les théories du droit naturel sont affinées, défendues et revendiquées principalement par des libéraux. On ne peut donc pas comprendre la vision du libéralisme sans connaître la tradition du Droit Naturel. La théorie moderne libérale du Droit Naturel, c’est l’affirmation que : - Il existe un ordre conforme à la nature humaine permettant aux individus de vivre en société sans renoncer à leur individualité et à leur domaine propre. - La connaissance de cet ordre ne vient pas d'une révélation ou de la tradition mais de l'usage de la raison sur la nature humaine ou partant d'axiomes incontestables-. - L’usage de la raison étant un effort incertain (et inégalement reparti), la découverte de la loi naturelle ne va pas de soi. Il s’agit d’une connaissance incertaine, perfectible, difficile mais accessible pour peu que l’on soit suffisamment sage, patient, humble... - De cette loi naturelle, on peut déduire un certain nombre de Droits fondamentaux et universels pour chaque individu. Par exemple le droit à la sécurité, à la liberté et de propriété. - Au sommet de cette reflexion, le Droit Naturel est le fruit des millions de jugements pris en conformité avec la loi naturelle, et découvrant petites touches par petites touches un ensemble de règles permettant de vivre harmonieusement ensemble en respectant l'individualité de chacun. - Cet ordre préexiste à l'Etat. Les lois sont donc légitimes lorsqu'elles sont compatibles avec des règles -le droit naturel- permettant de respecter cette loi naturelle. "Parce que l'homme est par nature social, la perfection de sa nature inclut la vertu sociale par excellence : la justice. La justice et le droit sont naturels." Leo Strauss - Droit naturel et histoire |
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| Philosophie
ou révélation ? La loi naturelle, le droit naturel, la nature de l’être humain, ne sont pas des concepts religieux. En l’occurrence, ils sont nés dans l’antiquité grecque sans aucun lien avec son panthéon si rigolo. Ils ont ensuite été développés chez les romains avant d’être effectivement repris par le christianisme puis à nouveau laïcisé au siècledes Lumières. En d’autres termes, la loi naturelle comme le droit naturel est passé par ici, il est passé par là, mais il n’est pas né avec les monothéismes et s’en passe depuis le siècle des Lumières. Ces concepts viennent donc d'abord de la philosophie classique grecque. Ils sont le fruit de l'usage de la raison sur la nature des choses. A contrario, le travail des théologiens est de faire usage de la raison, non pas sur la nature des choses, mais sur un texte saint, sur une révélation. Cela ne veut pas dire que le fruit de ces deux travaux s'opposent, des philosophes croyants ont mariés les deux habilement. Certaines prescriptions du judaïsme comme du christianisme ressemblent comme deux gouttes d'eau à celle du droit naturel mais le papa et la maman du droit naturel, c'est la philosophie et la raison. Pas la religion et la révélation. “Aussi illimité que soit le pouvoir de Dieu, on peut dire cependant qu’il existe certaines choses sur quoi Son pouvoir ne s’étend pas... de même que Dieu ne peut faire que deux fois deux ne fassent pas quatre, Il ne peut faire que ce qui est intrinsèquement mauvais ne le soit pas” Hugo Grotius - De iure belli ac pacis “[…] même si Dieu n'existait pas ou n’utilisait pas Sa raison ou ne jugeait pas droitement des choses, dans la mesure où l'homme pourrait toujours se guider d'après les commandements de la droite raison, sa loi serait toujours d'une nature semblable à ce qu'elle est aujourd'hui” De Francisco Suarez (Thomiste de l'Ecole de Salamque), De legibus ac Deo legislatore "L'homme ne peut vivre sans lumière, sans guide, sans connaissance : ce n'est que parce qu'il le connait qu'il trouve le bien dont il a besoin. La question fondamentale est donc de savoir si les hommes peuvent acquérir cette connaissance du bien, sans laquelle ils ne peuvent guider leur vie individuelle ou leur vie sociale, par les seuls efforts de leurs facultés, ou s'ils doivent s'en remettre pour cela à la révélation divine." Leo Strauss - Droit naturel et histoire « Il est inutile de nous provoquer avec vos idées bourgeoises de liberté, de culture, de droit, etc. Vos idées sont elles-mêmes les produits du système bourgeois de production et de propriété, tout comme votre droit n’est que la volonté de votre classe, érigée en loi ; et il n’y a rien d’autre dans cette volonté que les nécessités matérielles de votre classe » (Marx et Engels) |
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| Réactionnaire
ou pas ? En entendant le terme "droit naturel", l'autre reflexe immédiat est de le classer dans les niaiseries assez vieille droite entre "droit de cuissage" et "sexe des anges". Un truc de réactionnaire obsolète à des années lumières de la vigoureuse pensée postmoderne dans lequel nous baignons tous avec bonheur : l'esprit Canal sans prise de tête mais avec les tabous en acier du coolinisme politiquement correct. Ben non, aujourd'hui comme hier, le droit naturel n'est pas un truc de réactionnaire. Il s'oppose au code de lois des réactionnaires, code de lois indiscutables parce qu'il vient des ancêtres et les ancêtres ont toujours raison même quand ils ont tort. Et il s'oppose aux progressistes socialistes avec leurs lois informes et caoutchouteuses réinventées tous les deux jours sans considération pour la Justice afin de forcer la marche vers leur société parfaite. Le droit naturel est lui basé sur une idée de justice universelle et de la nature humaine, idée humblement et lentement découverte par l'usage de la raison. Les partisans du droit naturel se retrouvent donc coincés entre les réactionnaires et les progressistes socialistes. Tiens, c'est aussi la place des libéraux… Cela n'est pas grave... Ce n'est pas comme s'ils allaient se disputer l'espace : les libéraux et les partisans du droit naturel sont souvent les mêmes. "Et tout d'abord l'assentiment général n'est en aucune façon une condition nécessaire à l'existence du droit naturel. Les maitres les plus éminents ont affirmé que, précisement parce que le droit naturel est rationnel, sa découverte présuppose l'exercice de la raison et qu'il ne peut, pour ce motif, être connu universellement." Leo Strauss Droit naturel et histoire "Rejetez donc ces parasites subventionnés, qui vivent au profit de l’esprit des autres et proclament que l’homme n’a nul besoin de moralité, de valeurs, de code de conduite. Eux qui se prétendent scientifiques et claironnent que l’homme n’est qu’un animal, le considèrent pourtant moins comme un élément de la nature soumis comme tel à ses lois, que le moindre des insectes. Ils reconnaissent que chaque espèce vivante possède un mode particulier de survie propre à sa nature, ils ne prétendent pas qu’un poisson puisse vivre hors de l’eau ou qu’un chien puisse survivre sans son odorat; mais l’homme, le plus complexe des êtres, peut survivre, selon eux, de n’importe quelle manière; l’homme n’a pas d’identité, pas de nature, ../...." Ayn Rand - Atlas Shrugged |
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| La
fusée droit naturel Les partisans du droit naturel pensent donc : Etage 1) La raison est un outil capable de connaître des propositions universellement vraies. Cela ne veut pas dire que tout le monde, tout le temps accède à des propositions universellement vraies... c’est même plutôt le contraire, la raison n'étant pas infaillible ni répartie également... Cela veut dire que cette tentative est possible. Etage 2) Non seulement la raison peut connaître des trucs vrais, mais en plus ça tombe bien, il y a des trucs vrais à connaître, en particulier sur la nature de l’Homme. Et sur la loi naturelle, c'est-à-dire un ordre intemporel et universel souhaitable et conforme à la nature de l'Homme. Par exemple (je dis -presque- n'importe quoi) "la nature de l'Homme est d'éviter la mort violente"; "La nature de l'Homme est de vivre en société." Etage 3) On peut déduire de cette loi naturelle ou de la nature de l'Homme un certain nombre de droits naturels de l'Homme. (Droit à la sécurité, droit à la propriété) Etage 4) A partir de cette connaissance, même approximative, même à affiner, des jugements permettent de régler les conflits au cas par cas. De cette infinité de jugements émerge un droit naturel qui peut être variable selon les cultures ou les époques mais qui respecte la loi naturelle, c'est-à-dire qui respecte l'autonomie de l'individu tout en lui permettant de vivre en société. Par exemple "Puisque l'Homme a droit à la sécurité, alors il est interdit rouler sur un individu avec un 4*4" ou "Puisque l'Homme a droit à la sécurité, il est interdit de marcher sur un individu avec un chameau". Etage 5) La dernière "couche", étant donc la loi posée par les Etats. La loi posée par les Etats, loi positive, doit se conformer au Droit Naturel pour être une loi juste. Il y a donc cinq étages. Les débats qui ont eu lieu à chaque étage de ce raisonnement remplissent des bibliothèques entières... Et ils vont probablement encore remplir des TetraOctets de mémoire optique quantique tetradimensionnelle en silicium jupiternien dans les prochains siècles. "Toute doctrine du droit naturel prétend que les fondements de la justice sont accessibles à l'homme en tant que tel. C'est donc supposer que cette vérité fondamentale peut être accessible." Leo Strauss - Droit naturel et histoire "La rationalité est la vertu fondatrice de l’homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas concentrer son esprit, de « suspendre » sa conscience, c’est-à-dire non d’être aveugle, mais de refuser de voir ; non d’être ignorant, mais de refuser de savoir. L’irrationnalité est le rejet du moyen de survie de l’homme, et, par conséquent, un engagement dans la voie de l’autodestruction. Ce qui est contre l’esprit est contre la vie." Ayn Rand - L'Objectivisme |
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| Adversaires
du droit naturel. Le droit naturel a de nombreux adversaires. D'abord les utilitaristes, (y compris libéraux comme Bentham ou Mill) pour qui la qualité des institutions doit se juger à leur utilité (et non à leur respect de la justice). Et l'utilité pour les êtres humains, c'est le bien être. Le problème c'est que l'utilité d'un serial killer n'est pas la même que celle d'un altruiste. Et sans réflexion sur ce qui est juste en dehors de toute utilité, on voit mal pourquoi favoriser l'un plutôt que l'autre. D'autant que c'est impossible à quantifier (Mettez sur une échelle de 1 à 10 le plaisir ressenti par le serial killer avec le plaisir ressenti par l'altruiste...) Et que cela se complexifie encore lorsqu'il s'agit de trouver une utilité moyenne (Sur une île, dix sadiques ont plus de plaisir que le déplaisir de trois victimes, donc la torture doit être légale, elle maximise le bien être dans la société. C'est la vie bonne !) L'utilitarisme, malgré de nombreuses tentatives sophistiquées pour échapper à certaines de ses conséquences, revient à son point de départ : sans une réflexion sur ce qui est juste, l'utilité est parfaitement compatible avec des sociétés cauchemardesques. L'autre grand mouvement hostile au droit naturel est le scepticisme dont la branche comtemporaine, le postmodernisme, est la plus influente. Pour les postmodernes, la raison est incapable d'arriver à une idée de la justice universelle, il n'y a que des justices particulières, selon les cultures, les ethnies, les sexes, les classes sociales etc… Justices incompatibles, cherchant à se dominer les unes, les autres. La modernité, l'idée d'une raison universelle ne sont selon eux que les caractéristiques d'une culture -occidentale, bourgeoise, blanche etc..- ayant malheureusement dominée toutes les autres. Cela donne le fameux politiquement correct et toutes ses joyeusetés. Ces discours sont aujourd'hui ultradominants, même si dans les faits nous vivons encore en partie sur l'héritage du droit naturel et des Lumières -en oubliant ce que nous leur devons-. "Une autre critique fréquente est que les théoriciens de la loi naturelle ne sont pas d’accord entre eux et qu’il faudrait par conséquent rejeter toutes leurs théories. C’est une critique particulièrement mal venue quand, comme c’est souvent le cas, elle est le fait d’économistes utilitaristes. En effet, s’il est une science controversée, c’est bien l’économie politique et pourtant, cela ne conduit que peu de gens à réclamer qu’on la jette toute entière au panier. De plus, le fait qu’il existe des divergences d’opinions n’est pas une raison suffisante pour rejeter toutes les opinions en cause ; l’attitude responsable consiste à se servir de sa raison pour examiner les diverses thèses et se faire sa propre opinion. On ne peut pas dire a priori : “il n’y en a pas une pour racheter l’autre”. L’existence de la raison humaine n’implique pas que l’erreur soit impossible. " Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté |
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1 : La raison, une illusion ? Avant de même de savoir s'il existe une nature humaine et quels sont les droits qui permettent de la respecter, il faut d’abord être convaincu que la raison est un instrument assez fiable pour la connaître... Après tout, si une nature humaine existe mais qu’on ne peut pas la connaître, cela ne sert à rien de se tracasser… Et il se trouve que tout le monde n’est pas convaincu que la raison permette de connaître quoi que ce soit. En particulier quelque chose sur la nature humaine. Il y a les douteurs de la raison niveau 1. Kant. Nous sommes coupés à jamais de la réalité par nos sens ou les catégories de notre esprit. La raison permet toutefois de s’assurer de la cohérence interne de nos raisonnements. Les douteurs de la raison niveau 2 : Hume et dans sa foulée la sociologie. La raison est l’esclave de nos passions. Elle peut éventuellement nous permettre de déterminer le meilleur moyen d’arriver à nos fins (par exemple comment respecter la loi naturelle une fois que nos passions se sont fixées sur une loi naturelle), mais elle est incapable de déterminer nos « meilleures » fins (la loi naturelle). Seules nos passions, nos sentiments les déterminent. Les douteurs de la raison niveau 3 : Marxisme, Historicisme. La raison n’est pas même l’esclave de nos passions, parce que nous n’avons pas nos propres passions, mais les passions de notre culture, de notre période historique, de notre classe sociale dont nous sommes prisonniers. Les douteurs de la raison niveau 4 : Postmodernisme : C’est une prétention de croire que l’homme peut raisonner, il se contente d’asséner des propositions sans queue ni tête, même en logique formelle. "Disons plus généralement qu'il ne peut y avoir de droit naturel si la pensée humaine est incapable d'acquérir dans un domaine limité de sujets spécifiques une connaissance authentique et universellement valable." Leo Strauss - Droit naturel et histoire |
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1 : Connaissance
et Raison La raison est-elle une fonction cognitive efficace pour guider nos actions ou pas ? La raison est-elle capable de fonctionner de manière autonome par rapport à la culture, la classe sociale, l'identité sexuelle, etc.. pour atteindre des vérités universelles ? Les partisans du droit naturel répondent oui à ces deux questions. Attention, il ne s'agit pas d'un culte déraisonnable à la raison ne laissant aucune place à l'émotion, aux sentiments ou à la foi : un scientisme délirant. Il s'agit d'affirmer que sur des périmètres donnés de la connaissance, la raison est un outil irremplaçable, efficace et prépondérant. La connaissance doit-elle se baser sur l'expérience, sur l'observation de la nature -au risque d'être troublée par nos sens- ou sur la logique pure -au risque d'être inopérante dans la monde réel- ? Cette dernière question, dépassant largement le cadre de la philosophie politique, divise aussi les partisans du droit naturel entre ceux qui fondent le droit naturel sur l'observation de la nature de l'homme (Locke, Rothbard) et ceux qui le fondent sur des axiomes irréfutables (par exemple : pour argumenter, il faut être un individu doté du langage) (Kant, Nozick). « La raison seule ne suffit donc pas à l'homme pour se conduire; il faut qu'il acquière par sa raison les connaissances qui lui sont nécessaires, et que par sa raison il se serve de ces connaissances pour se conduire dignement, et pour se procurer les biens dont il a besoin. L'ignorance est l'attribut primitif de l'homme brut et isolé; dans la société elle est la plus funeste infirmité des hommes; elle y est même un crime, parce que les hommes étant doués d'intelligence doivent s'élever à un ordre supérieur à l'état de brutes; elle y est un crime énorme par son délit, car l'ignorance est la cause la plus générale des malheurs du genre humain et de son indignité envers l'Auteur de la nature, envers la lumière éternelle, la suprême raison et la cause première de tout bien. » François Quesnay – Le Droit Naturel "La rationalité est la vertu fondatrice de l’homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas concentrer son esprit, de « suspendre » sa conscience, c’est-à-dire non d’être aveugle, mais de refuser de voir ; non d’être ignorant, mais de refuser de savoir. L’irrationnalité est le rejet du moyen de survie de l’homme, et, par conséquent, un engagement dans la voie de l’autodestruction. Ce qui est contre l’esprit est contre la vie." Ayn Rand - Qu'est ce que l'objectivisme ? |
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1 : Le postmodernisme La modernité et le libéralisme sont les deux frères jumeaux du siècle des Lumières. La raison triomphe de la superstition, l'individu du collectivisme féodal. Les modernes divergent sur beaucoup de choses mais tous sont d'accord pour considérer que la raison est l'outil efficace pour comprendre le monde. D'ailleurs, le premier adversaire du libéralisme, le communisme, veut encore battre ce dernier sur son terrain : celui de la raison. Le communisme se veut d'abord scientifique. Mieux capable d'organiser la production et la société que la main invisible du libéralisme. Un siècle plus tard, sur le terrain de la théorie comme de l'expérience, le communisme est battu à plate couture. Les économistes libéraux expliquent pourquoi une économie centralisée sera forcement moins efficace qu'une économie libérale dans laquelle les prix transmettent l'information, tandis que les Russes font la queue pour un rouleau de papier toilette et trois bananes. Devant ce KO debout, les adversaires du libéralisme ne veulent plus jouer sur le terrain de la raison et de l'expérience : "le libéralisme, il gagne tout le temps, c'est pénible à la fin." Un mouvement de fond venu de l'extrême gauche s'attaque à l'héritage des Lumières. L'objectivisme basé sur la raison et l'expérience est remplacé par le subjectivisme culturel. La raison est un mythe, l'harmonie un masque cynique de la domination, la vérité une chimère. Le postmodernisme et le politiquement correct, sa branche activiste, sont une attaque en règle contre les fondements du libéralisme et de la modernité. Une attaque d'une violence et d'une arrogance assez paradoxale compte tenu du relativisme tout azimut proposé par ses petits soldats. "La vie de l’homme, en accord avec sa nature, n’est pas la vie de la brute décérébrée, du voyou saccageur, ou du mystique chapardeur. C’est la vie d’un être pensant, qui s’entretient non par la force et la fraude, mais par l’usage de ce qu’il y a de plus haut et de plus efficace à cette fin : la raison." Ayn Rand - Atlas Shrugged |
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2 : La nature La « nature » de droit naturel ne fait pas référence à la nature, les petits zoizeaux, le shampoing à la camomille, la jungle ou l’herbe verte, mais à la nature de quelque chose. « Nature : ensemble des caractères fondamentaux propres à un être ou une chose » comme dit si bien un gros livre un peu ennuyeux à lire de A à Z mais si pratique pour comprendre une langue. La nature d’un pont est par exemple d’enjamber un obstacle. La nature humaine est beaucoup plus compliquée à définir que la nature pontaine. Beaucoup d'ailleurs affirment, soit qu'elle n'existe tout simplement pas, soit qu'elle est totalement dominée par la culture. A contrario, pour les défenseurs du droit naturel, par delà les cultures, les périodes historiques, les trajectoires personnelles, il existe un certain de nombre de choses communes à tous les êtres humains. Il existe une nature humaine. "Je veux parler de la loi particulière et de la loi commune. La loi particulière est celle que chaque collection d’hommes détermine par rapport à ses membres, et ces sortes de lois se divisent en loi non écrite et en loi écrite. La loi commune est celle qui existe conformément à la nature. En effet, il y a un juste et un injuste, communs de par la nature, que tout le monde reconnaît par une espèce de divination, lors même qu’il n’y a aucune communication, ni convention mutuelle." Aristote - Rhétorique "Le sociologue qui observe les diverses sociétés, ne peut comme savant, attribuer de valeur aux valeurs; il ne peut donc hiérarchiser les sociétés, même s'il doit savoir observer et décrire de quelle manière chacune d'elles distribue ses propres valeurs et se rapporte à elles. Il doit comprendre les valeurs de la société qu'il étudie, tout en s'abstenant scrupuleusement du moindre "jugement de valeur". Telle est, simplement résumée, la conception de Weber, aujourd'hui largement dominante dans les sciences sociales et humaines." Pierre Manent - La cité de L'homme. |
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2 : La nature pontaine Le fait qu’il y a une nature pontaine ne signifie pas que tous les ponts la respectent. Il peut y avoir des ponts « malades », un gros trou au milieu du tablier. Il peut y avoir des ponts mal conçus : un pont dont le tablier vibre dangereusement au passage des véhicules. Toujours est-il que le métier d’un ingénieur consiste à corriger le pont pour que celui-ci soit conforme à sa nature de pont. Le fait que des ponts s’éloignent de leur nature n’est en aucun cas la preuve que la nature pontaine n’existe pas. De même la nature d’un poumon est de collecter l’oxygène de l’air pour le donner à l'organisme. Mais certains poumons sont mal formés, d’autres sont atteints d’un cancer. Le métier de pneumologue est de faire en sorte que les poumons se conforment à leur nature pulmonaire. Là encore le fait que certains poumons s'éloignent de leur nature pulmonaire ne remet pas en cause l'existence d'une nature pulmonaire. Le fait que nous ne connaissions pas tout de la nature pulmonaire ne remet pas en cause son existence. Et s’il n’y avait pas de nature pontaine comme de nature pulmonaire, on voit mal comment un ingénieur ou un médecin pourraient exercer leur métier. Qu'est ce qu'ils guériraient ou répareraient s’ils n’avaient pas un modèle idéal vers lequel faire tendre le poumon ou le pont ? De même, le fait que des hommes s'éloignent de la nature humaine n'est en rien un signe d'absence d'une nature humaine. "C’est d’ailleurs un des attributs les plus remarquables du Droit naturel : le fait qu’il s’applique à tous les hommes, sans égard au temps ni au lieu. C’est cela qui place le Droit naturel au même rang que les lois naturelles de la physique ou de la “science”. Or la société de liberté est la seule et unique société où il est possible d’appliquer les mêmes règles fondamentales à chacune des personnes, où qu’elle se trouve et quel que soit l’instant. C’est précisément un des critères qui fournissent à la raison le moyen de choisir entre des théories concurrentes de la loi naturelle ; tout comme il lui permet de choisir entre plusieurs théories en économie ou dans d’autres disciplines. ../.... De même, si quelqu’un prétend que chaque homme aurait un Droit naturel à trois bons repas par jour, il est d’une évidence criante que nous avons là une fausse théorie de la loi ou des Droits naturels, car il existe une infinité de circonstances et d’endroits où il est matériellement impossible de fournir trois bons repas par jour à l’ensemble de la population et même à une majorité de ses membres : on ne peut donc pas le présenter comme un “Droit naturel” à quelque titre que ce soit." Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté |
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2 Vivre Un premier fait incontestable : nous sommes vivants. (Si des zombies lisent ce document, je suis flatté d'avoir une telle variété de lecteurs, mais je suis obligé de leur annoncer que leur appartenance au genre humain est désormais plus que discutable -en particulier à cause de leur appétit pour les cerveaux humains vivants- et donc que la nature zombaine est différente sur de nombreux points de la nature humaine.) Le fait que nous soyons vivants est difficilement contestable. D'autant plus que pour contester quelque chose, être vivant, ça aide. D'une manière générale, on ne peut rien faire sans vivre. Agir, penser nécessite d'être vivant. Y compris d'ailleurs pour se suicider, pour tuer ou pour désirer la mort. Vivre est le préalable incontournable d'une existence humaine. Les partisans du droit naturel constatent grâce à un effort (très important) de la raison que la nature de l'Homme est d'être vivant. "Certes la question parait frappée de bon sens : quel sens cela a-t-il de célébrer la liberté humaine, de voir dans la liberté le propre de l'homme, comme nous aimons à le faire depuis deux siècles, si la science centrale du monde humain présuppose, et entend prouver, que la conduite humaine est régie par des lois nécessaires, ou du moins ne peut être comprise que comme effet de causes sociales ?" Pierre Manent - La cité de l'Homme. |
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faits et les valeurs. L'une des objections majeures contre le droit naturel est que selon certains penseurs (David Hume), on ne peut pas tirer une valeur, une norme d'un fait. Le fait que nous soyons vivants, n'implique pas que respecter la vie est juste. Le fait que beaucoup d'hommes vivent en société ne permet pas d'affirmer que vivre en société est juste. La nature constituant un ensemble de faits on ne peut pas en tirer une norme, un système de valeurs comme le droit naturel. De ce qui est on ne peut déduire ce qui doit être. Par exemple, le syllogisme suivant n'est pas valide : B) Le respect de la nature humaine est nécessaire pour vivre dans une société harmonieuse et respectant l'autonomie des individus. C) Vous êtes un individu vivant en société D) Donc vous devez respecter la nature humaine. La norme D n'est pas déductible de faits B et C, même si B et C sont vrais. Il manque une prémisse, un petit (A) qui introduit un choix : A) Vous souhaitez vivre dans une société harmonieuse et respectant l'autonomie des individus. A partir du moment où il s'agit d'un choix, le droit naturel ne devient plus qu'une option parmi d'autres. Option que tous ceux qui n'aiment pas les sociétés harmonieuses ou respectant l'autonomie des sujets ne choisiraient pas. Aujourd'hui encore, le petit problème du fondement d'une morale donne lieu à une bataille intellectuelle complexe qui dépasse largement le cadre du droit naturel. Les réponses des partisans du droit naturel sont parmi les suivantes : a) L'axiome d'argumentation (voir en face) b) La distinction entre faits et valeurs ne concerne le droit naturel qu'à la fin du débat : Est ce une obligation morale de respecter le droit naturel ? Ce qui vient avant, nature de l'homme, loi naturelle, droit naturel -qui est le plus polémique- n'est pas concerné par l'objection de Hume. c) Dieu ou un texte sacré (Bible, Coran, Bouddha) me commande A. d) Je ne veux pas avoir comme voisin quelqu'un qui ne souhaite pas A. Sa place est en prison, en exil ou dans un cimetiere et j'ai le droit de prendre des dispositions pour me défendre préventivement contre un tel voisin. e) C'est celui qui dit qui est. Les arguments utilisés pour contrer les théories de la loi naturelle font appel à des élements des théories de la loi naturelle. "Le professeur Hesselberg n’en a pas moins montré que Hume, au cours de ses propres démonstrations, avait bel et bien été obligé de réintroduire un raisonnement propre à la loi naturelle dans sa philosophie sociale et notamment dans sa théorie de la justice (illustrant ainsi le mot d’Étienne Gilson, comme quoi : “La loi naturelle enterre toujours ses croque-morts”)." Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté |
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2 : Individualité Nous sommes seuls dans notre tête (si vous entendez des petites voix en plus de votre monologue intérieur, il va falloir être fort : ce n’est pas Elvis qui vous parle. Vous avez juste oublié de prendre vos petites pilules ce matin). Seuls les individus, et non pas les groupes, ressentent les émotions. Certes la victoire de onze sportifs courant derrière une baballe peut mettre en transe un grand nombre d’individus à la fois, mais il n’y a pas d’entité « Groupe de supporteurs » qui ressentirait une émotion de manière distincte des individus. Seul un individu aime, compatit, envie, jalouse ou déteste. Seuls les individus peuvent expérimenter, aimer, raisonner. Nous ne pouvons bien sûr pas fusionner nos corps (une grosse dizaine de centimètres les soirs de tendresse, cela reste une fusion superficielle), ni nos esprits, pas possible que nos esprits se retrouvent tous ensemble dans un plasma humanoïde entourant la planète Terre, même en sautillant très haut après avoir avalé des champignons mexicains. Il n’est bien sûr pas possible de diviser en deux ou trois un seul corps ou esprit (pas de mini-moi 1, mini-moi 2 etc..). Nous sommes donc nés individus et restons individus toute notre vie. Cette évidence fait beaucoup de peine à tous ceux qui veulent surplomber l'humanité en un coup d'œil puis avec cette belle terre glaise sociétale faire des sociétés qui leur plaisent. C'est d'autant plus surprenant que les individus qui veulent faire de la poterie avec l'humanité ont en général une conscience aiguë de leur propre individualité, voire de leur égo surdimensionné qu'ils aiment bien voir affiché en 4 m * 3 m dans la rue ou sur les plateaux TV. "J'ai distingué la propriété intérieure et la propriété extérieure. La première consiste dans le droit que possède tout homme de disposer librement de ses facultés physiques, morales et intellectuelles, comme aussi du corps qui leur sert à la fois d'enveloppe et d'instrument ; la seconde réside dans le droit que conserve l'homme sur la portion de ses facultés, qu'il a jugé à propos de séparer de lui-même et d'appliquer aux objets extérieurs." Gustave de Molinari - Les soirées de la gare Saint Lazare "La morale dont je vous parle, celle qui se fonde sur la raison, se résume à un seul axiome: l’existence existe; et à un seul choix: la vie. Tout le reste en découle. Pour vivre, l’homme doit tenir trois valeurs en haute estime: La raison, l’intentionnalité et l’estime de soi. La raison, comme son seul moyen de connaissance; l’intentionnalité, comme son choix en faveur du bonheur que ce moyen doit lui permettre d’atteindre; l’estime de soi, comme la certitude inébranlable que son esprit est capable de penser et qu’il est digne d’être heureux, ce qui signifie: digne de vivre. Ces trois valeurs sont la base de toutes les vertus humaines, qui sont elles-mêmes liées à l’existence et à la conscience. Ces vertus sont la rationalité, l’indépendance, l’intégrité, l’honnêteté, la justice, la productivité et la fierté." Ayn Rand - Atlas Shrugged |
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2 : La raison et le langage. Troisième constatation sur la nature humaine : Nous sommes dotés de la raison et du langage. Même si en ce qui concerne la raison, cela ne saute pas aux yeux pour tout le monde. Ceci n'est pas un petit détail. Cela nous distingue de nos amies les bêtes. La loi naturelle humaine, ce n'est pas la loi du plus fort, ce n'est pas la loi de la jungle, parce que les Hommes ne sont pas des bêtes : ils possèdent la raison et le langage pour argumenter au lieu de tuer, pour réfléchir au lieu de suivre leur instinct. Les Hommes ne sont pas des bêtes, ils sont beaucoup plus que des bêtes. Pourquoi après quelques decennies de nihilisme deep écolo machin truc, cette évidence semble presque incongrue ? « Il est évident que l’homme est un animal politique plus que n’importe quelle abeille et que n’importe quel animal grégaire. Car, comme nous le disons, la nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux l’homme a un langage. Certes la voix est le signe du douloureux et de l’agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux ; leur nature, en effet, est parvenue jusqu’au point d’éprouver la sensation du douloureux et de l’agréable et de se les signifier mutuellement. Mais le langage existe en vue de manifester l’avantageux et le nuisible, et par suite aussi le juste et l’injuste. Il n’y a en effet qu’une chose qui soit propre aux hommes par rapport aux autres animaux : le fait que seuls ils aient la perception du bien, du mal, du juste, de l’injuste et des autres notions de ce genre. Or avoir de telles notions en commun c’est ce qui fait une famille et une cité. » Aristote - Les Politiques |
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2 : Vivre en société Quatrième constatation, nous aimons bien passer du temps avec nos semblables. Rares sont les personnes qui ne veulent (ne peuvent) voir personne, jamais. De fait, il y a certes parfois quelques ermites, des enfants loups ou un robinson malgré lui, mais rares sont les êtres humains qui vivent seuls tout au long de leur existence. L’Homme aime bien vivre avec ses semblables, même pour ronchonner ensuite. Que ce soit dans un état de nature ou dans une cité, l’Homme est un individu certes, mais un individu qui vit en société. C’est mieux pour aimer, pour se protéger, pour échanger, pour travailler, pour jouer. C’est mieux. Cette vie en société n'est pourtant pas celle d'une termitière constituée d'ouvrières interchangeables ni d'extraterrestres fusionnant dans un plasma télépathique. L'Homme est et reste un individu même au contact de ses semblables. La nature de l'Homme est donc d'être et de rester un individu, un individu vivant en société.. Kaie.. Kaie..kaie... La nature des plasmas de termites extraterrestres télépathiques est sans doute moins problématique. "L'homme est un être qui aime son prochain et qui vit en société." Aristote - Ethique à Nicomaque « Il existe une loi vraie, c’est la droite raison, conforme à la nature, répandue dans tous les êtres, toujours d’accord avec elle-même, non sujette à périr, qui nous rappelle impérieusement à remplir notre fonction, nous interdit la fraude et nous en détourne. L’honnête homme n’est jamais sourd à ses commandements et à ses défenses ; ils sont sans action sur le pervers. A cette loi nul amendement n’est permis, il n’est licite de l’abroger ni en totalité, ni en partie. ../.. Cette loi n’est pas autre à Athènes, autre à Rome, autre aujourd’hui, autre demain, c’est une seule et même loi éternelle et immuable, qui régit toutes les nations et en tout temps. » Ciceron De Republica III – XXII |
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2 : Vertu ou pas vertu ? Tendre vers la vertu fait-il partie de la nature humaine ? Bon, on sait déjà soit par l'expérience (la nature de l'homme est de vivre en société), soit par la logique (pour argumenter, il faut être un individu avec des normes communes) que la nature de l'homme est d'être un individu vivant en société. Mais est-ce dans la nature de l'Homme de tendre vers la vertu ? Oui, chez les philosophes classiques. La nature de l'homme se définit (surtout) par sa finalité. Sa fin est de tendre vers la vertu. Non mais oui, chez les philosophes modernes libéraux (Locke). Non, la nature de l'homme n'est pas inscrite dans sa fin -qui peut être celle d'un sage ou d'un imbécile médiocre- mais dans ses caractéristiques propres et indiscutables. La vertu est une chose respectable vers laquelle un gentilhomme doit naturellement tendre, mais elle peut varier selon les croyances. Cette neutralité sur la vertu est l'un des points de clivage entre les conservateurs -de droite comme de gauche- et les libéraux. Les conservateurs -qu'ils soient de droite ou de gauche- souhaitent que l'Etat fasse tendre les citoyens vers la sagesse. Oubliant au passage qu'une immense partie de la population n'a pas besoin de l'Etat pour rechercher la sagesse sous une forme ou sous un autre. Oubliant que la vertu imposée par l'Etat n'a qu'un lointain rapport avec la vertu et l'élévation vers l'esprit noble, mais est le plus souvent un culte au collectivisme ou à la gloire de l'Etat. Oubliant surtout qu'utiliser l'Etat pour faire tendre les citoyens vers une vertu officielle, c'est provoquer la discorde avec tous ceux qui se reconnaissent dans une autre vertu. Le droit naturel moderne s'est développé à la fin des guerres de religions, ce n'est pas par hasard. " La raison pratique pour laquelle le pouvoir de la majorité, une fois établi, se maintient pendant une longue période, n'est pas que la majorité soit dans le vrai, ou que la minorité juge cela normal, mais par la raison du plus fort. En réalité, un gouvernement dans lequel la majorité décide dans tous les cas ne peut pas être juste, même avec la meilleure volonté. Peut-il exister un gouvernement dans lequel les majorités décident du bon ou du mauvais en conscience ? Un gouvernement dans lequel les majorités s'occupent d'autre chose que de ce qui leur paraît opportun ? Le citoyen doit-il, même un instant, ou à un faible degré, abandonner sa conscience au législateur ? Si c'est le cas, pourquoi chaque humain aurait-il une conscience propre ? Je pense que nous devons d'abord être des hommes, et ensuite des administrés. " Henry Thoreau |
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loi naturelle pontaine Donc nous avions déjà la nature, voici la loi naturelle. Comme son nom ne l'indique pas, la loi naturelle n’est pas une sorte de super-code des lois : Fais ceci, Fais pas cela.. Le terme "loi" n'est pas pris ici dans le sens d'une règle à respecter mais d'un ordre des choses souhaitable ou respectable. Un ordre des choses conforme à la nature de l'objet auquel il s'applique. Par exemple la nature d'une sardine est de nager dans une eau de mer à 4 degrés. La loi naturelle de la sardine, l'ordre souhaitable conforme à la nature de la sardine, c'est la mer salée à 4 degrés... La nature pontaine est donc d'enjamber des obstacles pour permettre de les franchir. Un ordre des choses conforme à la nature pontaine serait donc l'absence de guerre qui détruit les ponts, l'absence de tremblements de terre. La nature de l'œuf au plat est d'être ni baveux, ni d'être crevé. L'ordre conforme à sa nature est une poêle avec de l'huile à la bonne température sans cuillère de bois trop agressive. La nature d'un train est de rouler sur des rails. L'ordre souhaitable et conforme à sa nature de train, la loi naturelle du train, est donc un réseau ferré en bon état. La nature d'un calendrier de la poste est d'avoir des photos kitchs de petits chiens. La loi naturelle d'un calendrier la poste, c'est euuh… bon je fatigue un peu avec les exemples pas super éclairants d'autant que nous devons nous préparer au grand saut : la loi naturelle de l'homme. Autant souffler un peu.. "La conception classique continue à s’affirmer dans la vie quotidienne où l’homme vit parmi ses semblables. L’adhésion qu’elle continue à y trouver, empêche que la vie quotidienne se transforme en labyrinthe. Par contre, elle a presque disparu du monde de la haute rhétorique des grandes organisations, où la société humaine n’est qu’un dossier de statistiques. Là elle a dû céder la place à une nouvelle conception, qui fait des droits de l’homme des prétextes pour élargir l’emprise de la politique organisée." Van Dun - Les droits de l'homme et la crise du droit |
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2: La loi naturelle humaine La loi naturelle est donc un ordre permettant de respecter la nature de l'homme. La nature de l'homme est d'être un individu libre vivant avec les autres. L'ordre conforme à cette nature est donc une société basée sur des relations permettant à chacun de coopérer tout en gardant son autonomie. Ce sont des relations fondées sur la parole entre personnes égales par opposition à des relations fondées sur la violence ou le commandement entre un souverain et son sujet. Ce sont des relations où l'individualité de chacun est préservée. On ne confond pas un individu et un autre. "Relations d'égal à égal" signifie que personne n'a le droit de diriger un autre sans son consentement. Un salarié, un fournisseur peut accepter des ordres d'un chef, d'un client mais dans la cadre d'un contrat qu'il est libre de rompre. Par contre, nul ne peut être esclave ou même simplement obligé d'obéir à des ordres sous la contrainte d'un commandement à cause de sa naissance ou de n'importe quelle contrainte unilatérale fixée par les institutions. Les relations basées sur la parole signifient que ce n'est pas la violence physique qui encadre un échange, mais l'argumentation, l'engagement, la parole d'un Homme vis-à-vis d'un autre. La loi naturelle humaine, c'est l'ordre souhaitable conforme à la nature de l'homme, c'est-à-dire les relations de convivialité d'égal à égal, respectant la liberté, l'individualité de chacun et excluant la violence, les relations de commandement. "Revenons maintenant à la conception objectiviste et classique du droit comme l’ordre fondamental de la société humaine. Elle se rapporte directement à la nature objective de la société. Celle-ci est un réseau dans lequel participent d’innombrables individus, tous des êtres distincts et séparés, capables d’agir selon leur propre jugement et volonté. Ce réseau peut être en ordre ou en désordre. Il y a désordre ou confusion quand un individu parvient à faire croire qu’il est l’auteur des dires, actes ou oeuvres d’un autre, ou qu’un autre est l’auteur de quelque chose qu’il a fait lui-même. Il y a confusion quand un individu traite un autre ou ses possessions comme s’ils étaient à lui. Dans tous ces cas il y a crime ou injustice: une personne faillit à son devoir de respecter les distinctions naturelles et objectives qui définissent précisément l’ordre de la société dans laquelle elle se trouve face à ses semblables.." Van Dun - Les droits de l'homme et la crise du droit |
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2: La loi naturelle humaine Dans le contexte de la loi naturelle, vivre en société n'est pas une collection approximative de "droits-créances" couplée à un Etat Nounou qui commande, cogne et soigne. Il s'agit de relations justes entre des individus pris un à un. Il ne s'agit pas de relations de commandements et de contrôles entre une bureaucratie qui décide et des citoyens qui obéissent, que cela soit pour leur sécurité, leur confort, leur éducation, leur culture, leurs loisirs, leur santé, leur travail, leur commerce. Il s'agit de relations (sentimentales, culturelles, économiques) entre personnes égales entre elles, respectant l'individualité, la parole, la liberté, la propriété de chacun. Il ne s'agit pas du contrôle et de la gestion par la coercition d'immenses petits tas d'individus regroupés articificiellement par un ou deux critères parmi des milliers d'autres. Il ne s'agit pas des relations arbitraires fixées par l'Etat entre des groupes d'individus (selon la classe sociale, raciale, religieuse, sexuelle), groupes aux contours arbitraires et très réducteurs pour les membres de ces groupes. Il s'agit de milliards de relations distinctes et justes entre individus libres et égaux quels que soient leur classe sociale, race, religion ou sexe. "Si l'homme, dans l'état de nature, est aussi libre que j'ai dit, s'il est le seigneur absolu de sa personne et de ses possessions, égal au plus grand et sujet à personne; pourquoi se dépouille-t-il de sa liberté et de cet empire, pourquoi se soumet-il à la domination et à l'inspection de quelque autre pouvoir? Il est aisé de répondre, qu'encore que, dans l'état de nature, l'homme ait un droit, tel que nous avons posé, la jouissance de ce droit est pourtant fort incertaine et exposée sans cesse à l'invasion d'autrui. " John Locke - Traité de gouvernement civil |
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3 Droits naturels Le sage féru de ponts va donc déterminer grâce à l'usage de sa puissante raison que la nature d'un pont est d'enjamber les obstacles. Maintenant que son cerveau est chaud, il ne va pas s'arrêter en si bon chemin. Il va en profiter pour déterminer des droits aux ponts permettant de respecter la nature du pont ou la loi naturelle pontaine. Par exemple, il pourrait écrire un truc comme : "Constatant que la nature des ponts est d'enjamber les obstacles, nous déclarons : Article I Chaque pont a le droit à la sécurité de son tablier. Nul ne doit faire des trous dans le tablier d'un pont. Article II Chaque pont a le droit .... .." Il y a donc bien deux taches distinctes pour le sage en nature de Pont (on appelle aussi ça un ingénieur du bâtiment, mais c’est moins classe). a) Déterminer la nature du pont et/ou la loi naturelle conforme à la nature du pont. b) Déterminer les droits naturels du pont ou les obligations du pont permettant de respecter cette nature. Double usage de la Raison, Double discussions possibles, Double manière de se tromper. Et c'est pas fini, il y a d'autres étapes... « Les citoyens possèdent des droits individuels indépendants de toute autorité sociale ou politique, et toute autorité qui viole ces droits devient illégitime. Les droits des citoyens sont la liberté individuelle, la liberté religieuse, la liberté d’opinion, dans laquelle est comprise sa publicité, la jouissance de la propriété, la garantie contre tout arbitraire. Aucune autorité ne peut porter atteinte à ces droits, sans déchirer son propre titre. » Benjamin Constant |
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3 : Droits naturels versus loi naturelle ? Des conservateurs et certains libéraux contestent donc l'utilité d'un passage par une déclaration de droits pour fonder le droit naturel. Pour eux, le droit naturel doit s'appuyer sur une loi naturelle attachée aux relations entre individus et non sur des droits attachés directement aux individus. Fonder le droit naturel sur les "individus seuls" et non sur les "relations entre individus" n'est pas anodin. Il en découle selon eux un grand nombre de dysfonctionnements : Pour eux, les droits naturels oublient l'autre pendant du respect de la nature humaine et des conditions d'une société harmonieuse : les obligations et les devoirs. De plus cette formulation peut potentiellement inciter les étatistes à multiplier à côté des droits naturels, des faux droits, les droits créances. Ces reproches ne sont pas infondés, mais bien comprise, la formulation des droits naturels affirme en quelques mots les conditions d'un respect de la nature humaine, et permet de s'opposer clairement aux multiples violations que le Droit Naturel subit de la part des puissants d'hier ou d'aujourd'hui. Et contrairement à ce qu'affirment les conservateurs, les droits naturels n'orientent pas le droit naturel vers un chemin radicalement différent de celui pris en leur absence. Enfin la loi naturelle "objective" n'est pas incompatible avec la formulation des droits naturels, elle est sans doute même incomplète sans elle.. La notion de Droits subjectifs ne date pas de l'époque moderne, mais apparait de l'époque classique jusqu'au canoniste du 13 ème siècle. « S'il y a un principe tel que la justice, ou loi naturelle, alors ce principe, ou loi, doit nous dire quels droits ont été donné à chaque être humain à sa naissance, quels droits sont, donc, inhérents à sa personne, nécessairement attachés à lui durant toute sa vie. Droits, qui bien que pouvant être piétinés, ne peuvent pas être effacés, détruits, annihilés, séparés ou éliminés de sa nature d’être humain ../... » Lysander Spooner "Nous tenons de Dieu le don qui pour nous les renferme tous, la Vie, — la vie physique, intellectuelle et morale. Mais la vie ne se soutient pas d'elle-même. Celui qui nous l'a donnée nous a laissé le soin de l'entretenir, de la développer, de la perfectionner. Pour cela, il nous a pourvus d'un ensemble de Facultés merveilleuses; il nous a plongés dans un milieu d'éléments divers. C'est par l'application de nos facultés à ces éléments que se réalise le phénomène de l'Assimilation, de l'Appropriation, par lequel la vie parcourt le cercle qui lui a été assigné. Existence, Facultés, Assimilation — en d'autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l'homme. C'est de ces trois choses qu'on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu'elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine. " La Loi - Frédéric Bastiat |
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3 : Déclaration de 1948 La Déclation des Droits de l'Homme de 1789 s'appuie le droit naturel, les droits naturels. Celle de 1948 est devenue -sous l'influence de l'URSS- une liste à la Prévert de droits créances, de droits sociaux, de droits de deuxième génération, des droits de troisième génération (si, si ça vient de sortir)… tous opposés aux droits naturels. Or les droits ne se reproduisent pas comme des lapins quoiqu'en pensent les bureaucrates démagogues qui font cet élevage en batterie depuis maintenant un demi-siècle pour notre plus grand malheur. Un droit naturel ne donne comme seule obligation aux autres de s'abstenir d'interférer dans les actions d'un individu -dans le mesure bien sûr où il respecte les droits naturels des autres.-. Il préexiste à l'Etat et pourrait donc se passer totalement d'institutions coercitives. Un droit créance oblige les autres à se mettre au service d'un individu : pour lui donner un logement, ou un travail. Il viole les droits naturels -tout en s'avérant incapable d'ailleurs de fournir quoique ce soit. En URSS, le droit au logement permettait surtout à trois familles de vivre dans un seul appartement. Les droits créances n'existent que parce que l'Etat existe. Les droits créances ne sont pas des compléments des droits naturels, ils en sont l'ennemi mortel. Sacrifier les droits naturels pour des droits créances, c'est affaiblir définitivement la liberté en général pour obtenir un avantage particulier ponctuel au détriment des autres. C'est passer d'un Etat au périmètre bien défini et limité à un Etat Nounou au périmètre flou et potentiellement sans limite. C'est donner le prétexte à tous les étatistes pour étendre encore et encore leur pouvoir. « Je regarde comme impie et détestable cette maxime qu’en matière de gouvernement, la majorité du peuple a le droit de tout faire. » Alexis de Tocqueville « Etendre sur tous les objets la compétence de la loi, c’est organiser la tyrannie. Il y a une partie de l’existence humaine qui, de nécessité, reste individuelle et indépendante –et qui est de droit hors de toute compétence sociale et législative. Au point où commence l’indépendance de l’existence individuelle s’arrête l’autorité de la législation ; et si la législation franchit cette ligne, elle est usurpatrice. Dans la partie de l’existence humaine qui doit rester indépendante de la législation résident les droits individuels, droits auquels la légilation ne doit jamais toucher, droits sur lesquels la société n’a pas de juridiction, droits qu’elle ne peut envahir sans se rendre coupable de tyrannie. » Benjamin Constant. |
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3 : L'égalité en droits Tous les Hommes sont des individus vivants, autonomes et dotés de la raison. Il n'y a donc pas de surhommes, de sous-hommes, d'Homme du Haut, d'Homme du bas, d'Homme de droite, d'Homme de gauche (ah si, il y a des hommes de gauche, mais personne n'a jamais pu expliquer ce que cela signifiait vraiment). Si tous les Hommes sont identiques sur ce qui fonde leurs Droits Naturels -leur nature donc pour ceux qui suivent- ils ont donc les mêmes Droits Naturels. Ce qui se traduit par le fait qu'ils sont égaux devant la loi posée par les Etats -en tout cas, lorsque celle-ci est conforme aux Droits Naturels-. Autant dire que grouper les individus en petits tas pour donner par la loi des avantages ou des obligations spécifiques à certains individus selon leurs petits tas n'est pas conforme au Droit Naturel. Ca tombe mal : grouper les individus en petit tas pour arroser ou pour assécher les individus d'un groupe par rapport aux autres groupes, c'est le business model de la classe politique actuelle. Entre le business model de la classe politique actuelle et le Droit Naturel, il va donc falloir choisir. En même temps, ce n'est pas comme si ce choix était douloureux.. " L'état de nature a la loi de la nature, qui doit le régler, et à laquelle chacun est obligé de se soumettre et d'obéir : la raison, qui est cette loi, enseigne à tous les hommes, s'ils veulent bien la consulter, qu'étant tous égaux et indépendants, nul ne doit nuire à un autre, par rapport à sa vie, à sa santé, à sa liberté, à son bien : car, les hommes étant tous l'ouvrage d'un ouvrier tout-puissant et infiniment sage, les serviteurs d'un souverain maître, placés dans le monde par lui et pour ses intérêts, ils lui appartiennent en propre, et son ouvrage doit durer autant qu'il lui plait, non autant qu'il plait à un autre. Et étant doués des mêmes facultés dans la communauté de nature, on ne peut supposer aucune subordination entre nous, qui puisse nous autoriser à nous détruire les uns les autres, comme si nous étions faits pour les usages les uns des autres, de la même manière que les créatures d'un rang inférieur au nôtre, sont faites pour notre usage. " John Locke - Traité de gouvernement civil "La liberté et l'égalité naturelles sont inséparables l'une de l'autre. Si tous les hommes sont libres par nature, aucun n'est supérieur à l'autre et donc par nature tous les hommes sont égaux entre eux, si tous les hommes sont par nature libres et égaux, il est contre nature de traiter quiconque comme s'il était ni libre ni égal : la sauvegarde ou la restauration de la liberté ou de l'égalité naturelles est impliquée dans le droit naturel." Leo Strauss Droit naturel et histoire |
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3 : L'égalité en droits versus
l'égalité de fait L'égalité devant la loi, l'égalité en droit, celle mentionnée dans la devise de la République, est donc conforme au droit naturel. L'égalité de fait, c'est-à-dire l'égalité d'une variable parmi d'autres caractérisant un individu (ou son domaine propre) sur l'ensemble de la population est le principale adversaire de l'égalité. Pour obtenir l'égalité de fait, il faut bien sûr favoriser certains individus au détriment d'autres. C'est donc le contraire de l'égalité en droit. L'égalité de fait ne concerne d'ailleurs bizarrement que certaines variables : le revenu… Rien sur l'égalité sentimentale par exemple... Ou l'égalité sexuelle.. Pourtant, c'est important une vie sexuelle heureuse pour une vie bonne. Pourquoi l'Etat ne forcerait-il pas les heureux en amour à faire quelques câlins aux malheureux... Pardon aux défavorisés... Et la vie spirituelle ? Un arriviste, grand défavorisé en matière de vie spirituelle, qui a tout sacrifié pour accumuler des biens matériels est volé par l'Etat en faveur de celui qui a favorisé sa vie spirituelle en accumulant moins de richesses sans que l'Etat ne force ce dernier à partager sa vie spirituelle avec l'arriviste. C'est pas juste ! On voit bien que la lutte contre les inégalités est un projet sans fin. En réalité, l'égalité de fait ne sera jamais atteinte sauf lorsque nous serons tous des schtroumpfs clonés avec des pyjamas blancs. Et encore cela ne suffira pas, il faudra aussi des puces électroniques envoyant des décharges électriques à chaque pensée différente (lutte contre les inégalités culturelles). La lutte contre la pauvreté est une ambition respectable. La lutte contre les inégalités réelles est un projet totalitaire, par essence interminable, dont les uniques bénéficiaires sont les bergers chargés d'égaliser le troupeau. [Dans l'état de nature] "Si chaque homme a le droit de défendre, même par la force, sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, plusieurs hommes ont le Droit de se concerter, de s'entendre, d'organiser une Force commune pour pourvoir régulièrement à cette défense. Le Droit collectif a donc son principe, sa raison d'être, sa légitimité dans le Droit individuel; et la Force commune ne peut avoir rationnellement d'autre but, d'autre mission que les forces isolées auxquelles elle se substitue. Ainsi, comme la Force d'un individu ne peut légitimement attenter à la Personne, à la Liberté, à la Propriété d'un autre individu, par la même raison la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes." La loi - Frédéric Bastiat |
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3 : L'individualité L’Individualité fait donc partie de la nature de l’Homme. Une autre violation de la nature de l’Homme serait de nier son individualité. Le traiter comme une non-personne - une fraction d'un groupe - ou confondre ses actions et ses paroles avec celles d’un autre. Le traiter comme une non-personne, c'est le traiter comme un moyen, un outil passif que l’on emploie sans se soucier de son consentement, ou même contre son consentement. Respecter son consentement, c’est respecter sa liberté. Un droit naturel qui permettrait de respecter la nature de l’homme sur ce point là pourrait donc s’écrire : « L’Homme a un droit naturel à la liberté. » Ou dit différemment, "L’Homme a l'obligation de respecter la liberté/le consentement des autres". "Pour bien entendre en quoi consiste le pouvoir politique, et connaître sa véritable origine, il faut considérer dans quel état tous les hommes sont naturellement. C'est un état de parfaite liberté, un état dans lequel, sans demander de permission à personne, et sans dépendre de la volonté d'aucun autre homme, ils peuvent faire ce qu'il leur plait, et disposer de ce qu'ils possèdent et de leurs personnes, comme ils jugent à propos, pourvu qu'ils se tiennent dans les bornes de la loi de la Nature". John Locke - Traité de gouvernement civil "Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur." Déclaration de l'indépendance américaine |
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3 : Echanger ou ne pas échanger. La liberté naturelle est donc la possibilité de refuser d’entrer dans un échange dont les termes ne vous conviennent pas. Le droit de s’abstenir d’échanger ou d’agir. « Non, Monsieur l’Escroc je ne souhaite pas échanger avec vous. » « Non, Monsieur le Tortionnaire, je ne souhaite pas échanger avec vous. » « Non, Monsieur le Violeur, je ne souhaite pas échanger avec vous. » « Non, Monsieur l’Honnête Homme, je ne souhaite pas échanger avec vous. » « Non, Monsieur le PDG, je ne souhaite pas échanger avec vous. » « Non, Monsieur le bureaucrate, je ne souhaite pas échanger avec vous. » « Non, Monsieur le Chef Religieux, je ne souhaite pas échanger avec vous » Parce qu’elle est le droit de s’abstenir d’échanger, le droit de dire « non » à un échange non désiré, les communistes et aujourd'hui les sociaux-démocrates ont balancé par-dessus bord la liberté naturelle en expliquant qu’elle n’était pas suffisante pour éliminer la souffrance ou même simplement la frustration. Pas suffisante, peut être. Mais indispensable, certainement. Le XX ème siècle aurait eu un tout autre visage, si les Etats avaient simplement respecté la liberté négative de chaque individu. Ah bah tiens, le XIIX ème aussi. Et celui d’avant aussi. Et celui d’avant, avant aussi... Peut être qu’au XXI ème, ca vaudrait le coup de commencer à essayer de respecter la liberté naturelle. Juste pour voir. "En effet ce qu’on y échange, ce ne sont pas seulement des pommes contre du beurre, ou de l’or contre des chevaux. Ce qu’on échange en réalité, ce ne sont pas directement les produits, mais les Droits de propriété sur ces produits. " Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté « Le droit à la propriété est antérieur à la loi. Ce n’est pas la loi qui a donné lieu à la propriété mais au contraire, la propriété qui a donné lieu à la loi. Cette observation est importante, car il est assez commun, surtout parmi les juristes, de faire reposer la propriété sur la loi, d’où la dangereuse conséquence que le législateur peut tout bouleverser en conscience » Frédéric Bastiat - Le libre échange |
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3 La capacité La liberté est parfois confondue avec son faux-ami : « la capacité ». Etre libre, ce n’est pas la même chose qu’être capable. Si nous sommes libres d’écrire un opéra, cela ne veut en aucun cas dire que nous en sommes capable. Nous avons un droit naturel à la liberté d’écrire un opéra, en aucun cas nous avons un droit naturel à la capacité d’écrire un opéra. Nous sommes libres d’aller en vacances à la plage, cela ne veut pas dire que nous en avons la capacité (financière). Nous sommes libres de faire des gros câlins entre adultes consentants, mais ce n'est pas un droit à de gros câlins. Cela impliquerait pour les autres un devoir de faire des gros câlins. Le droit de l'amour libre n'est pas le droit du viol. Un droit à la liberté est lié à la nature de l'Homme, un individu doué de sa propre raison dont il peut user pour guider son action. Un droit à la capacité n’est pas lié à la nature de l’Homme sauf à considérer qu’il est dans la nature de l’Homme d’être un Dieu omnipotent, un Dieu ayant une capacité sans autre limite que ses envies. La liberté, c’est celle de pouvoir penser, agir, échanger sans être entravé par les autres (dans la limite du respect des droits naturels des autres.) C’est un droit dont tout le monde peut jouir, de manière égale. Un droit à la capacité au contraire exige que les autres travaillent, agissent sans leur consentement pour vous écrire un opéra, pour vous payer des vacances à la plage, pour vous faire un câlin. C’est un droit qui est forcément inégalitaire (certains prennent la capacité des autres), qui transforme les autres en moyens, qui viole le droit naturel à la liberté. Ceausescu, Staline ou Kim Sug avaient des droit à la capacité presque sans limite. Leurs peuples, par contre, n'avaient plus aucun droit. La confusion entre droit à la liberté et droit à la capacité est permanente chez les étatistes. Forcément le droit à la liberté limite leur pouvoir, le droit à la capacité est un prétexte sans limite pour l'augmenter. "La liberté de Robinson d’adopter des idées, de choisir ses fins reste inviolable et inaliénable ; d’un autre côté, comme l’homme n’est pas plus omnipotent qu’il n’est omniscient, il trouvera toujours des limites à son pouvoir de faire toutes les choses qu’il voudrait faire. " Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté |
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3 - La
liberté des autres La liberté est donc difficile à défendre parce que chacun fait un usage différent de la liberté. Le collectionneur de petites cuillères n'a parfois pas beaucoup de considération pour la liberté du surfeur, l'amateur de Bordeau pour celle du fumeur de marijuana fraiche. Même si je n'ai aucun usage de la liberté de faire des vaccins, -je ne sais pas faire de la recherche médicale- j'ai tout de même intérêt à ce que ceux qui savent en faire soient libres d'en faire sans que l'Etat les en empêche. La liberté de Pasteur est précieuse, et pas seulement pour Pasteur. Même si je n'ai aucun usage de la liberté de jouer de la musique, j'ai tout intérêt à ce que ceux qui savent jouer soient libres de le faire. La liberté de Beethoven est précieuse, et pas seulement pour Beethoven. Même si je n'ai aucun usage de la liberté de tourner des films -je ne sais pas mettre en scène-, j'ai tout de même intérêt à ce que ceux qui savent le faire soient libre de le faire. La liberté de Kubrick est précieuse, et pas seulement pour Kubrick. Même si je n'ai aucun usage de la liberté d'entreprendre, -je n'ai aucun talent pour créer une entreprise- j'ai tout intérêt à ce que ceux qui savent entreprendre faire soient libres de le faire. La liberté de Ford est précieuse et pas seulement pour Ford. Défendre la liberté et celle des autres, même lorsqu'ils en font un usage que l'on ne comprend pas ou que l'on n'approuve pas, est de toute manière juste. C'est souvent aussi utile. Utile pour soi, utile pour les autres. "Dans une société libre, il ne serait permis à personne (ou personne ne se permettrait) de violer la propriété d’autrui. Cela impliquerait certainement que le pouvoir d’action de chacun serait limité, de même que le pouvoir de l’homme est toujours limité par sa nature ; mais cela n’impliquerait en rien une diminution de sa liberté. Car si nous définissons encore une fois la liberté comme l’absence de violence commise par un homme sur la personne ou la propriété d’un autre, la confusion mortelle entre la liberté et le pouvoir disparaît. Il saute alors aux yeux qu’une prétendue “liberté de voler et d’attaquer”, bref d’agresser, ne conduirait pas du tout à un état de liberté puisqu’elle permettrait qu’une personne, celle qui est victime de l’agression, soit privée de son Droit de contrôler sa personne et sa propriété ; bref, que sa liberté serait violée." Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté |
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3 : La propriété Pour beaucoup de gens, la propriété est le vilain petit canard des droits naturels. Un truc un peu vulgaire et matérialiste par rapport à la liberté. Et surtout quelque chose d'acquis au dépens des autres. En réalité, la propriété est un magnifique cygne conspué justement parce qu'il est le socle incontournable de la liberté. On ne peut pas être libre si l'on vous confisque les ressources que vous avez obtenues par votre travail ou vos échanges. On ne peut pas être libre si l'on est obligé de quémander à l'Etat ou à ceux qui le dirigent l'usage de ses propres ressources en échange de la soumission ou de l'obéissance. On ne peut pas mener à bien ses projets si ce que l'on possède est confisqué par l'Etat pour que ce dernier mène à bien ses propres projets (ou plus exactement, les projets des lobbies qui le contrôlent). Et fait, après la privation pure et simple de liberté, épuiser, affamer les opposants en les privant de l'usage de leur propriété est l'arme discrète et implacable dont usent beaucoup de régimes dictatoriaux. Le droit à la propriété n'est pas un gadget de bourgeois matérialiste, c'est la condition pour être libre. Les fondements de la propriété légitime sont le travail, l'échange libre ou le don. « J'affirme que les misères et les iniquités dont l'humanité n'a cessé de souffrir ne viennent point de la propriété ; j'affirme qu'elles viennent d'infractions particulières ou générales, temporaires ou permanentes, légales ou illégales, commises au principe de la propriété. J'affirme que si la propriété avait été, dès l'origine du monde, religieusement respectée, l'humanité aurait constamment joui du maximum de bien-être que comportait, à chaque époque, l'état d'avancement des arts et des sciences, comme aussi d'une entière justice.» Soirées de la gare Saint Lazare – Gustave de Molinari "Dans la société libre que nous venons de décrire, par conséquent, toute propriété est finalement réductible à la propriété naturelle de chaque homme sur soi-même et sur les ressources naturelles qu’il a transformées pour les faire entrer dans le domaine des choses produites. Ce que nous appelons le marché libre est une société de producteurs spécialisés qui échangent entre eux des titres de propriété d’une manière qui est volontaire et par conséquent avantageuse pour chacun. " Murray Rothard - L'Ethique de la liberté "Un homme qui se nourrit de glands qu'il ramasse sous un chêne, ou de pommes qu'il cueille sur des arbres, dans un bois, se les approprie certainement par-là. On ne saurait contester que ce dont il se nourrit, en cette occasion, ne lui appar¬tien¬ne légitimement. je demande donc : Quand est-ce que ces choses qu'il mange com¬mencent à lui appartenir en propre? Lorsqu'il les digère, ou lorsqu'il les mange, ou lorsqu'il les cuit, ou lorsqu'il les porte chez lui, ou lorsqu'il les cueille ? Il est visible qu'il n'y a rien qui puisse les rendre siennes, que le soin et la peine qu'il prend de les cueillir et de les amasser. Son travail distingue et sépare alors ces fruits des autres biens qui sont communs; il y ajoute quelque chose de plus que la nature, la mère commune de tous, n'y a mis; et, par ce moyen, ils deviennent son bien particulier." John Locke - Traité de gouvernement civil |
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3 : La propriété et les faibles La défense du droit à la propriété n'est pas un truc de puissant. Les puissants n'ont jamais eu de problème pour défendre leur propriété. Du Soudan pendant la guerre civile au seigneur du Moyen Age, ceux qui usent de la violence n'ont aucun problème pour disposer et jouir de leur propriété. Ils la défendent eux-mêmes avec beaucoup d'efficacité -et volent d'ailleurs aussi parfois celle des autres-. Après une nuit d'émeute, ce n'est jamais la Audi avec des vitres fumées que l'on retrouve calcinée dans sur le parking d'une cité. C'est la clio d'occasion. Les puissants protègent toujours très bien leur propriété. La défense du droit de propriété est une nécessité pour les plus pauvres ou les plus faibles. Les plus pauvres n'ont pas besoin qu'on viole le droit à la propriété en leur nom, leur force de travail est suffisante pour les sortir de la pauvreté. Ils ont besoin qu'on protège leur droit à la propriété contre les puissants violents et contre la rapacité des étatistes qui prétendent parler en leur nom mais qui ne font qu'étendre une bureaucratie gourmande. "Aux pays sous-développés les conservateurs américains prêchent surtout la vertu de l’investissement étranger privé et la nécessité d’un climat sans risque politique pour accueillir les investissements des pays avancés. On ne saurait mieux dire, mais cela prend souvent des airs d’irréalité pour les peuples sous-développés parce que les conservateurs s’entêtent à ne pas faire la distinction entre l’investissement étranger légitime qui provient du marché libre et l’investissement assis sur des privilèges de monopole et d’immenses concessions foncières attribués dans ces pays par les hommes des Etats. Dans la mesure où l’investissement étranger se fonde sur le monopole des terres et l’agression contre la paysannerie, les capitalistes étrangers font figure de seigneurs féodaux, et méritent bien d’être traités comme tels." Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté "J'affirme que les misères et les iniquités dont l'humanité n'a cessé de souffrir ne viennent point de la propriété ; j'affirme qu'elles viennent d'infractions particulières ou générales, temporaires ou permanentes, légales ou illégales, commises au principe de la propriété. J'affirme que si la propriété avait été, dès l'origine du monde, religieusement respectée, l'humanité aurait constamment joui du maximum de bien-être que comportait, à chaque époque, l'état d'avancement des arts et des sciences, comme aussi d'une entière justice." Gustave de Molinari - Les soirées de la gare Saint Lazare |
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3 : Le viol du droit à la propriété L'affaiblissement du droit à la propriété est une tendance lourde dans nos sociétés dominées par l'Etat Nounou. Pour un oui ou pour un non, les étatistes violent le droit à la propriété, pour décider de l'usage du fruit de notre travail à notre place. Les niveaux de prélèvements obligatoires et de dettes ont atteint un niveau inimaginable en temps de paix. Et là encore, les premières victimes de cette confiscation sont les plus pauvres. Les plus pauvres qui subventionnent les grandes banques, l'industrie agroalimentaire, l'industrie militaire, l'industrie pharmaceutique, la lourde bureaucratie locale et nationale et une liste interminable de lobbies divers vivant sous le parapluie de l'Etat. Le tout sous couvert de justice sociale. C'est un marché de dupes. Les pauvres n'ont pas besoin que l'on viole la propriété des autres à leur profit pour avoir une vie bonne. Ils ont au contraire plus besoin que les autres que le droit à la propriété soit scrupuleusement défendu par l'Etat. Si les plus pauvres pouvaient disposer d'une plus large partie du fruit de leur travail, il est très probable qu'ils seraient beaucoup plus exigeants dans la façon dont l'argent est dépensé. Pour une éducation qui ne laisse pas en chemin leurs enfants, pour une santé sans surcoût etc... Le viol du droit de la propriété ne profite jamais aux pauvres mais aux étatistes et à ceux qui vivent sous perfusion de l'Etat Nounou. Les pauvres plus que les autres n'ont pas besoin d'un Etat Nounou, ils ont besoin d'un Etat libéral qui défend leurs droits naturels, en particulier leur droit à la propriété. "Or celui qui confisque la propriété d’autrui agit en contradiction fondamentale avec les lois de sa propre nature en tant qu’homme. En effet, nous avons vu que l’homme ne peut vivre et prospérer que par sa production propre et l’échange des produits. L’agresseur, pour sa part, n’est pas un producteur mais un prédateur, il vit en parasite sur le travail et la production des autres. Au lieu de vivre en harmonie avec la nature de l’homme, l’agresseur est donc un parasite qui se nourrit sans contrepartie de l’exploitation du travail et de l’énergie d’autres hommes. Murray Rothbard - L'Ethique de la liberté "Tout cela montre évidemment que bien que la nature ait donné toutes choses en commun, l'homme néanmoins, étant le maître et le propriétaire de sa propre personne, de toutes ses actions, de tout son travail, a toujours en soi le grand fonde¬ment de la propriété; et que tout ce en quoi il emploie ses soins et son industrie pour le soutien de son être et pour son plaisir, surtout depuis que tant de belles découvertes ont été faites, et que tant d'arts ont été mis en usage et perfectionnés pour la commodité de la vie, lui appartient entièrement en propre, et n'appartient point aux autres en commun." John Locke - Traité de gouvernement civil |
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3. Le droit et les titres de propriété Comme les lecteurs ont bien compris, il y a donc (parfois) une différence entre le droit naturel et la loi. Cela se traduit par l’accaparation de biens, légale au regard de la loi, mais illégitime au regard du droit naturel. Posséder, même légalement, quelque chose ne veut pas dire que l’on en est le propriétaire légitime au regard du droit naturel. Si le bien a été acquis par la corruption, par des privilèges étatiques, par un échange forcé, par le vol, par le pillage pur et simple d’un despote, ce bien n’est pas légitime au regard du droit naturel, même si le pillard a un petit bout de papier d’un Etat qui dit que c’est à lui. Il se murmure par exemple que des milliardaires russes, des dictateurs africains, des propriétaires terriens d’Amérique du Sud n’ont pas bâti leur fortune immense sur leur seul talent, leur travail ou des échanges libres avec leur concitoyens. Et que des exemples similaires se trouvent aussi chez nous chez des messieurs bien sous tout rapport en costumes trois pièces. "Il est si vrai que la Propriété est antérieure à la loi, qu'elle est reconnue même parmi les sauvages qui n'ont pas de lois, ou du moins de lois écrites. Quand un sauvage a consacré son travail à se construire une hutte, personne ne lui en dispute la possession ou la Propriété. Sans doute un autre sauvage plus vigoureux peut l'en chasser, mais ce n'est pas sans indigner et alarmer la tribu tout entière. C'est même cet abus de la force qui donne naissance à l'association à la convention, à la loi, qui met la force publique au service de la Propriété. Donc la Loi naît de la Propriété, bien loin que la Propriété naisse de la Loi. On peut dire que le principe de la propriété est reconnu jusque parmi les animaux. L'hirondelle soigne paisiblement sa jeune famille dans le nid qu'elle a construit par ses efforts. La plante même vit et se développe par assimilation, par appropriation. Elle s'approprie les substances, les gaz, les sels qui sont à sa portée. Il suffirait d'interrompre ce phénomène pour la faire dessécher et périr. De même l'homme vit et se développe par appropriation. L'appropriation est un phénomène naturel, providentiel, essentiel à la vie, et la propriété n'est que l'appropriation devenue un droit par le travail. Quand le travail a rendu assimilables, appropriables des substances qui ne l'étaient pas, je ne vois vraiment pas comment on pourrait prétendre que, de droit, le phénomène de l'appropriation doit s'accomplir au profit d'un autre individu que celui qui a exécuté le travail." Frédéric Bastiat - La propriété et la loi |
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4 : Le droit naturel Nous approchons du sommet : Nous avons donc cinq couches. Première couche : la raison est un outil qui permet d'approcher la connaissance de la loi naturelle. La deuxième couche, c'est la nature du Pont, la loi naturelle. La troisième couche, ce sont les droits naturels que l'on peut déduire de cette loi naturelle. La quatrième couche, ta..ta...ta..tin...c'est enfin le droit naturel himself. Nous y voilà. Le Droit Naturel, c'est l'émergence au fil du temps et des situations d'un corpus de règles respectant les droits naturels, et adaptées à l'infinité de situations posées par les relations entre individus. Le droit naturel, ce sont les règles au jour le jour, renforçant la loi naturelle, c'est-à-dire permettant de nouer des relations tout en protégeant l'autonomie de chacun. Après les sommets métaphysiques où Kant interpelle Aristote qui discute avec Hume sous l'œil de Locke, le droit naturel ce sont des millions de règles de bon sens, parfois très terre à terre, permettant de trancher les conflits dans le respect de la justice. Le droit naturel peut donc varier (doucement) selon les époques ou les cultures, tout en étant respectueux de la loi naturelle. « La loi, c’est l’organisation du droit naturel de légitime défense ; c’est la substitution de la force collective aux forces individuelles, ../.. pour garantir les personnes, les libertés, les propriétés, pour maintenir chacun dans son Droit, pour faire régner entre tous la JUSTICE. » La Loi – Frédéric Bastiat |
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4 droit naturel pontain Par exemple, pour le droit naturel pontain, dans la culture maya ou les ponts sont des lianes attachées de part et d'autres d'un précipice, la règle générale "le tablier du pont ne doit pas avoir de trou" se déclinera en une multitude de règles particulières : "Si un lama fait un trou dans le tablier en marchant sur le pont, il s'agit de l'usage normal et le propriétaire du lama ne sera pas tenu responsable, par contre si le lama broute la liane du pont, le propriétaire du lama sera responsable. S'il s'agit d'un troupeau de ...." Des règles en occident parleront sans doute plutot de 33 tonnes et d'autobus et sur la banquise des traineaux.. On constate donc qu'à partir d'une nature pontaine universelle, il y a de nombreuses déclinaisons du droit naturel selon la culture ou la période. Cela ne veut évidement pas dire que toutes les lois sont conformes au droit naturel... Une loi qui dirait "Le seigneur local a le droit de brûler le pont selon son bon vouloir" ne serait pas conforme au droit naturel : il y aurait rupture de l'égalité et violation du droit à la propriété. Certains individus et cultures peuvent se tromper sur la nature du pont, sur la loi naturelle pontaine... ou sans se tromper sur les règles permettant de respecter la nature du pont, se tromper sur la conformité des règles du droit naturel par rapport à la nature du pont. Que d'occasions de se tromper pour la Nature Pontaine… Ca donne une idée pour la Nature Humaine… « Pendant de longs siècles, l'humanité gémit dans les limbes de la servitude. Mais, d'intervalle en intervalle, de sombres clameurs de détresse et de colère retentissaient au sein des masses asservies et exploitées. Les esclaves se soulevaient contre leurs maîtres en demandant la liberté. La liberté ! c'était le cri des captifs d'Égypte, des esclaves de Spartacus, des paysans du Moyen Age, et, plus tard, des bourgeois opprimés par la noblesse et les corporations religieuses, des ouvriers opprimés par les maîtrises et les jurandes. La liberté ! c'était le cri d'espérance de tous ceux dont la propriété se trouvait confisquée par le monopole ou le privilège. La liberté ! c'était l'aspiration ardente de tous ceux dont les droits naturels étaient comprimés sous la force. » Gustave de Molinari |
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4 Droit naturel versus droit positif ? La loi positive s'appelle ainsi non parce qu'elle met les avocats de bonne humeur le matin, mais parce qu'elle est la loi posée et imposée par les Etats. C'est la loi à laquelle nous avons à faire tous les jours, du code civil au code pénal. La majorité des partisans du droit naturel reconnaissent et acceptent le rôle de la loi positive... Simplement ils affirment qu'elle ne peut être bonne qu'à condition de se conformer au droit naturel. Les partisans du droit naturel ne sont donc pas des adversaires des lois positives, ils sont les adversaires des positivistes. Pour les positivistes une loi est légitime à partir du moment où elle se conforme à des règles de cohérence interne et de formalisme ainsi qu'à la légitimité de l'organisation qui l'a posée (un Etat donc). Pour les partisans du droit naturel, la cohérence est effectivement nécessaire mais elle n'est pas suffisante pour assurer la légitimité d'une loi. Pas davantage que son origine -un Etat-, même démocratique. La démocratie n'est qu'un moyen -le pire à l'exception de tous les autres- d'éviter la profusion de lois illégitimes, mais elle n'est pas une source de légitimité. Les lois racistes de la ségrégation étaient des lois "démocratiques". Une loi est légitime lorsqu'elle est conforme au droit naturel. Une partie importante de la loi positive est d'ailleurs conforme à cette définition. La Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 a une jolie influence. Actuellement, notre classe politiques étatiste considère avec de plus en plus de légèreté que la loi peut être tout ce que leur imagination fertile invente, c'est-à-dire une longue litanie de commandements à destination des citoyens-sujets. Au XX ème siècle, les totalitarismes ont été les principaux adversaires du droit naturel, au XXI ème ce sont les Etats-Nounous qui ont pris le relais avec un enthousiasme inquiétant. "La loi humaine est portée par la multitude des hommes, et la plupart d'entre eux ne sont pas parfaits en vertu. C'est pourquoi la loi humaine n'interdit pas tous les vices dont les hommes vertueux s'abstiennent, mais seulement les plus graves, dont il est possible à la majeure partie des gens de s'abstenir ; et surtout ceux qui nuisent à autrui" Thomas d'Aquin " Des normes qui prescrivent un comportement humain ne peuvent provenir que de la volonté. Et cette volonté ne peut être qu'une volonté humaine si nous excluons des spéculations métaphysiques; La raison humaine peut comprendre et décrire ; elle ne peut pas prescrire." Hans Kelsen (Théoricien du positivisme) |
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5 : Le législateur Pour le législateur soucieux de respecter le droit naturel, poser une nouvelle loi ou en modifier une ancienne est donc un exercice lourd, compliqué et grave. Poser une loi, c’est poser un fusil sur la tempe de dizaines de millions de personnes pour les forcer ou leur interdire de faire ce qu’ils auraient peut-être choisi de faire sans ce fusil. C’est un fusil même pour des décisions insignifiantes. Vous pouvez essayer de refuser de payer une contravention, une fois, deux fois. Un homme en uniforme vous apportera une lettre recommandée. Si vous refusez toujours de payer, tôt ou tard un huissier viendra vous voir, puis reviendra avec la police. Si vous résistez à la police, tôt ou tard, vous finirez par vous trouver face à un fusil. Poser une loi est donc un acte grave. Nous devrions avoir des chirurgiens du cerveau. Des chirurgiens soucieux et conscients de leurs responsabilités, plongés dans de longues réflexions.. Cette loi est-elle juste ? Permettra-t-elle de nouer des relations justes ou est-ce un commandement infantilisant? Est-elle vraiment nécessaire ? Nous devrions avoir des chirurgiens du Droit perdant des nuits de sommeil sous le poids de cette responsabilité immense : braquer un fusil sur la tempe de dizaines de millions de personnes. Nous avons des cowboys bourrés qui entrent dans le saloon et tirent dans tous les coins en hurlant des insanités. Nous avons des ministres qui à peine en poste ont déjà pondu cinq textes sans queue ni tête à annoncer au journal de 20 heures. Nous avons des députés votant sans sourciller des textes interminables, contradictoires, illisibles pour gérer la taille des canines des hamsters nains sauvages des Pyrénées. Nous devrions avoir des shérifs de la qualité législative, sobres, calmes et rigoureux. Et nous nous retrouvons obligés de nous planquer, de ramper ou de danser en permanence pour éviter les balles perdues de ces cowboys bourrés démagogiques. Aujourd'hui, ceux qui devraient être garants de l'ordre sont les principaux pourvoyeurs de chaos et d'injustice. "Le législateur se fatigua, il fatigua la société, pour faire exécuter aux hommes par précepte, ce que ceux qui aiment la perfection auraient éxécuté comme conseil." Montesquieu - De l'Esprit des lois |
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| La
justice La justice est un mot qui se tient tout seul. Il n'a pas besoin d'être adossé à un autre pour avoir du sens. Comme l'expression "musique militaire", lorsque l'on rajoute quelque chose à justice c'est en général pour dire quelque chose qui n'a plus grand chose à voir avec la justice. Justice sociale par exemple. La justice, c'est l'application du droit naturel, conforme à la loi naturelle et à la nature humaine, universellement accessible par la droite raison. La Justice est universelle, égale pour tous et se dispense de commandements. La Justice sociale, c'est un marécage constructiviste qui consiste principalement à fouler aux pieds la justice pour flatter l'égo des étatistes en prétendant aider les plus pauvres. La justice sociale n'est ni juste, ni sociale. Elle usurpe le nom de justice pour cacher un nombre incalculable de décisions arbitraires et de faits du prince. La recherche de la justice est un idéal accessible. La justice sociale est un chapeau sans fond d'où les étatistes sortent continuellement de nouvelles idées pour augmenter leur pouvoir. En substituant à la justice la justice sociale comme horizon politique indépassable, ces derniers se rendent toujours plus indispensables au détriment de l'harmonie dans la société. Les pauvres comme chaque individu de la société n'ont pas besoin de justice sociale, de justice raciale, de justice sexuelle, de justice environnementale, de justice ceci ou cela et tous les ersatz que pondent quotidiennement les étatistes pour se faire mousser. Ils ont besoin de la Justice. La Justice, c'est-à-dire le respect de la vie, l'individualité, la raison de chaque individu, favoriser les relations respectueuses des droits naturels de chacun. « Ce qui est complétement insensé, c’est de considérer comme étant « juste » tout ce qui figure dans les institutions et les lois des peuples ou mêmes les lois portées par les tyrans. » Ciceron -Traité des lois. "Quand quelqu'un viole les lois de la nature, il déclare, par cela même, qu'il se conduit par d'autres règles que celles de la raison et de la commune équité, qui est la mesure que Dieu a établie pour les actions des hommes, afin de procurer leur mutuelle sûreté, et dès lors il devient dangereux au genre humain; puisque le lien formé des mains du Tout-Puissant pour empêcher que personne ne reçoive de dommage, et qu'on n'use envers autrui d'aucune violence, est rompu et foulé aux pieds par un tel homme." John Locke - Traité de gouvernement civil |
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| Les
lois injustes Il existe donc des lois injustes, illégitimes au regard du droit naturel. Des lois qui commandent au lieu de permettre de nouer les relations entre individus, des lois qui favorisent des individus ou des groupes d'individus en violant les droits naturels des autres. Lois qui existent bien sûr dans les régimes démocratiques. Une loi n'est pas légitime parce qu'elle a été voté démocratiquement, elle est légitime parce qu'elle est conforme au droit naturel. Le vote démocratique n'est qu'un moyen, une sécurité permettant d'éviter plus sûrement les lois illégitimes. Mais c'est un moyen qui est très loin d'être infaillible d'autant que certains partis se glorifient ou annoncent leur intention de violer massivement les droits (liberté, propriété) de la population. Faut-il respecter les lois illégitimes ? Faut-il résister par la violence aux lois illégitimes ? Ce problème moral et politique n’est pas simple à résoudre, sauf pour les enragés qui aiment le chaos et la violence ou pour les lâches qui aiment l’ordre établi même contre la justice. Il n'est pas simple car en refusant d'obeir à une loi illégitime on affaiblit aussi toutes les lois légitimes, lois légitimes dont l’absence peut causer des maux plus grands que la présence de lois illégitimes. A quel moment le droit naturel gagnera d'une désobéissance à des lois illégitimes malgré l'affaiblissement des lois légitimes induit par cette révolte ? Le libéralisme et le droit naturel moderne sont apparus à la sortie des guerres de religions. Ce n'est pas par hasard. Le chaos et la guerre civile sont à l'opposé de la loi naturelle, à l'opposé d'un ordre basé sur des relations permettant la vie en société tout en respectant l'autonomie de chaque individu. Toujours est-il que certaines révoltes contre les lois illégitimes, en particulier dans les régimes despotiques, ne peuvent pas laisser indifférent le libéral cohérent. "Je réponds qu'on ne doit opposer la force qu'à la force injuste et illégitime, et à la violence; que quiconque résiste dans quelque autre cas s'attire une juste condamnation, tant de la part de Dieu que de la part des hommes; et qu'il ne s'ensuit point que toutes les fois qu'on s'opposera aux entreprises d'un Souverain, il en doive résulter des malheurs et de la confusion." John Locke - Traité de gouvernement civil |
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| Conclusion Comme M Jourdain fait de la prose, beaucoup de gens font du droit naturel sans le savoir. De l’enfance à l’age adulte, « ce n’est pas juste » est une phrase universelle... une attente cruciale pour la vie dans toute société dès la cour de maternelle. Cela ne signifie pas que toutes les frustrations, les jalousies ou les souffrances soient des injustices. Seuls l’usage de la raison, l’observation de la nature de humaine peuvent le déterminer. La tradition du droit naturel a pris le taureau par les cornes et a commencé l’exploration de cet immense domaine. Toutes les théories qui en sont issues partagent –malgré des divergences- un certain nombre de conclusions : - La justice préexiste à l’Etat et toutes les lois posées par le législateur doivent s’y conformer. - La raison permet de découvrir la justice, le droit naturel, la loi naturelle. Elle n’invente pas la justice, elle découvre quelque chose qui ne dépend pas d’elle. - Les Hommes sont des individus libres, égaux, autonomes, doués de raison et vivant en société. Le droit naturel permet l’émergence d’une société respectant ces caractéristiques. Les théories du droit naturel ne sont pas achevées, mais chacune d’entre elles est finalement plus aboutie que les théories niant l’existence d’une justice universelle conforme à la nature de l’Homme. Les adversaires du droit naturel, qu’ils soient relativistes, nihilistes ou simplement sceptiques débouchent sur des contradictions bien plus conséquentes que les difficultés liées à la démarche du droit naturel... Et souvent ne tirent pas les conséquences de leurs propres théories pour leur vie personnelle comme pour la politique qu’ils défendent. Des gros bouts de droit naturel sont conservés discrètement en creux. La tradition du droit naturel est aujourd’hui oubliée, mais elle est le dallage sur lequel notre civilisation a émergé et se maintient encore aujourd’hui. Heureusement, il y a encore de beaux restes… De beaux restes mais pas assez. Et beaucoup de nos difficultés qu’elles soient sociales, morales ou économiques viennent de cet oubli. Il est probable que le droit naturel chassé par la porte revienne par la fenêtre dans les prochaines décennies. « C’est pas juste » a de l’avenir, et cet avenir passera forcément par les connaissances déjà accumulées dans ce domaine… la tradition du droit naturel. |
"La raison pour laquelle on entre dans une société politique, c'est de conserver ses biens propres; et la fin pour laquelle on choisit et revêt de l'autorité législative certaines personnes, c'est d'avoir des lois et des règlements qui protègent et conservent ce qui appartient en propre à toute la société, et qui limitent le pouvoir et tempèrent la domination de chaque membre de l'État. ../.... Toutes les fois donc que la puissance législative violera cette règle fondamentale de la société, et, soit par ambition, ou par crainte, ou par folie, ou par dérèglement et par corruption, tâchera de se mettre, ou de mettre d'autres, en possession d'un pouvoir absolu sur les vies, sur les libertés, et sur les biens du peuple, par cette brèche qu'elle fera à son crédit et à la confiance qu'on avait prise en elle, elle perdra entièrement le pouvoir que le peuple lui avait remis pour des fins directement opposées à celles qu'elle s'est proposées, et il est dévolu au peuple qui a droit de reprendre sa liberté originaire, et par l'établissement d'une nouvelle autorité législative, telle qu'il jugera à propos, de pourvoir à sa propre conservation, et à sa propre sûreté, qui est la fin qu'on se propose quand on forme une société politique." John Locke - Traité de gouvernement civil |
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