CHAPITRE 9


LES BANQUES
ET
LA MONNAIE

















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"Libéralisme pour les débutants"



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Introduction

Il y a des petits paradoxes.
Il y a des gros paradoxes.
Il y a des énormes paradoxes.
Et enfin, il y a la réputation très libérale de la monnaie et des banques.

La monnaie facilite les échanges, donc la division du travail, donc la prospérité.

Et comme les échanges économiques sont d'abord défendus par les libéraux, on aurait pu penser que la monnaie, comme les planètes orbitant autour d'elle -le crédit, les banques, les taux d'intérêts- seraient régies par des principes libéraux et leur déclinaison en droit.

He bien pas du tout. C'est même le contraire.

S'il y a un domaine économique où l'interventionnisme, la planification, les violations massives des droits à la propriété règnent en maître, c'est la production de monnaie, le crédit et une législation favorisant indûment les entreprises de ce secteur d'activité : les banques.

Ces multiples entorses à la liberté, la propriété et à l'égalité devant la loi, en plus d'être immorales d'un point de vue libéral, sont particulièrement destructrices de prospérité.

En temps normal, cela consiste en un transfert massif de richesse des classes moyennes et des pauvres au profit de l'Etat et des grandes banques.

Et puis de temps en temps, il se produit les fameuses crises économiques, que les lecteurs de ce site ayant vécu 1929 ou 2008 connaissent bien.


"La monnaie est un enjeu moral, économique et politique. Puisque l'unité monétaire est utilisée dans chaque transaction des salaires aux prix en passant par les taxes et les taux d'intêrets, il est vital que son prix soit établi honnêtement sur le marché libre sans que les banquiers, gouvernements, politiciens le manipulent pour servir des intérêts particuliers." 
Ron Paul ( Homme politique libéral américain.)

"Exigez l'ordre financier ou acceptez l'esclavage !"
Jacques Rueff

« Si la population comprenait le système bancaire, je crois qu' il y aurait une révolution avant demain matin » 
Henry Ford, industriel

"Quelque innombrables que soient les fléaux qui causent d'ordinaire la décadence des royaumes, des principautés et des républiques, les quatre suivantes sont néanmoins à mon sens les plus redoutables : la discorde, la mortalité, la stérilité de la terre et la dépréciation de la monnaie. Les trois premiers de ces fléaux sont si évidents que personne ne les ignore, mais le quatrième, concernant la monnaie, n'est admis que par peu de gens, par les esprits les plus ouverts, car il ne ruine pas les Etats de façon violente et d'un seul coup, mais peu à peu et d'une manière presque insensible."
Nicolas Copernic (1526)




La monnaie c'est un peu comme la tectonique des plaques.

Ce sont des mouvements souterrains, invisibles et dont les effets s'étalent sur de longues périodes (enfin pour la tectonique des monnaies c'est seulement une dizaine d'années pas des milliers...)

Cela façonne le paysage économique et social de façon déterminante mais sans que ce soit la préoccupation quotidienne de beaucoup de personnes.

Et puis il se produit cycliquement des tremblements de terre dévastateurs.

Mais la comparaison s'arrête là.

La tectonique des plaques n'est pas une fatalité en politique monétaire.

L'existence de plaques rigides aux frictions destructrices, ce n'est pas la faute à pas de chance. A la place des plaques de roches dures, il devrait y avoir de la bonne terre meuble dont les contours s'adaptent en permanence et progressivement aux changements d'objectifs de millions de personnes libres.

A la place d'une poignée d'experts qui calculent une quantité optimale de monnaie et planifient pour des pays entiers l'évolution du stock de monnaie ou de crédit, il devrait y avoir des millions de personnes libres choisissant, dans un cadre législatif simple et juste.

A la place de banques assurées sans limite par l'Etat (donc par les contribuables) en cas de grosses bêtises- et disposant du privilège stupéfiant de créer de la monnaie ex-nihilo (sous forme de crédit), il devrait y avoir des banques libres en vraie concurrence entre elles et soumises aux mêmes contraintes que les autres entreprises privées.

Les géologues libéraux de l'Ecole Autrichienne sont malheureusement bien seuls pour défendre une écorce monétaire apaisée, on trouve plutôt des savants fous qui à coups de dynamites ou de bombes à fusion lente tentent encore et encore construire un paysage économique parfait.

 Ca ne marche jamais mais bon, reste pour eux le sentiment de la puissance de contrôler les détonateurs. Tant pis pour personnes libres qui entreprennent sur ces terrains minés et incertains.


v   La monnaie - page 1 

Les gentils et les méchants

Cette situation désastreuse est le résultat d'une guerre idéologique entre ceux que nous appellerons, au risque de perdre un chouia de crédibilité scientifique, les gentils et les méchants.

Les gentils sont en faveur d'une monnaie saine, c'est-à-dire non diluée selon le bon vouloir d'un monarque ou d'un Etat. Ils refusent aussi que les banques puissent créer de la monnaie ex-nihilo sous forme de crédit tout en étant de surcroît protégées par le parapluie de la banque centrale. Ils défendent donc une monnaie libre -ou basée sur l'or- et des banques libres -ou contraintes d'avoir 100% de réserve-.

Les méchants défendent une monnaie diluée à leur profit. Qu'ils soient Etatistes ou Banquiers, les méchants veulent pouvoir s'accaparer discrètement une partie de la richesse créée par la veuve, l'orphelin ou l'entrepreneur courageux. C'est leur côté méchant. Ils sont épaulés par des faux gentils, des économistes modélisant la société en trois équations et prétendant planifier la quantité de monnaie optimale grâce à leurs géniales intuitions.

A la Renaissance, les gentils se sont d'abord opposés aux monarques qui diminuaient la quantité de métal précieux dans les pièces.

Au XIX ème, les gentils se sont opposés aux partisans des banques privés émettant du crédit sortant de nulle part avec la complicité de la banque centrale.

Malheureusement, le XX ème siècle a été une longue descente aux enfers d'un point de vue monétaire, entrecoupée par des méchants coups fourches -des crises économiques violentes-.

Mais comme dirait un conservateur qui avait oublié d'être bête : "Les gentils ont perdu une (des) batailles. Ils n'ont pas perdu la guerre".


"De plus la découverte graduelle par les autorités de l'immense pouvoir des banques à créer de l'argent explique pourquoi, dans la plupart des cas, les gouvernements se sont rendus complices des fraudes bancaires, accordant des privilèges aux banquiers, en échange d'une partie directe ou indirecte de leur énormes profits."
Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles

"Ce n'est qu'une question de temps. L'Amérique du Nord et l'Europe atteindront également un point de non-retour, car leurs économies reposent sur une monnaie forcée. Ce jour là, il n'y aura plus personne pour poursuivre le triste jeu alternant endettement et inflation.

L'économie occidentale sera soit complètement sous l'emprise de l'État, comme cela fut le cas sous le national-socialisme, soit ce sera l'hyperinflation. Ce moment-là n'est peut-être éloigné que de quelques années, peut-être de quelques décennies. Il peut être repoussé dans le temps par une union monétaire entre le dollar et l'euro (et le yen ?).

Mais cela ne change rien, à la fin du parcours, c'est soit le socialisme, soit l'hyperinflation. Seules des réformes radicales en faveur du marché peuvent nous sauver - dans les termes de Rothbard : retour à une monnaie marchandise comme l'or sur un marché monétaire libre et retrait total de l'État du système monétaire."

J.G. Hulsmann - Epilogue de "Etat, qu'as-tu fait de notre monnaie ?"




En matière de monnaie et de banques, le duel au somment n'est pas un duel mais un tri-el.

Sur une musique lancinante, on peut distinguer deux cow-boys libéraux et un cow-boy interventionniste.

Le bon. Libéral. L'école autrichienne bien sûr. (Rothbard, Hayek, Mises). Pour elle, la monnaie est une marchandise ayant émergée spontanément. Les personnes libres sont les seules capables de produire et de maintenir une monnaie saine -qui se trouve être souvent basée sur l'or-. Les banques centrales, leur planche à billet et le rôle de prêteur en dernier ressort étant des machines à bulles et à crash économiques.

La brute. Libéral. L'école de Chicago. (Milton Friedman).
Les monétaristes défendent une augmentation de la masse monétaire limitée mais bâtissent leurs théories sur les mêmes fondations théoriques (bancales) que les Keynésiens et font confiance à une banque centrale pour être sage avec la planche à billet et avec les taux d'intérêts. Ils sont gentils, les monétaristes. Pas vraiment des brutes finalement, plutôt des bisounours.

Le Truand. Etatiste. Ecole Keynésienne. (Keynes). Brillant, excentrique, élitiste, homosexuel, Keynes avait déjà tout pour séduire l'intelligentsia et choquer les bourgeois. Malheureusement pour la prospérité, il a aussi fait des traités d'économie. Avec des gros agrégats bien gras et des vieux concepts mal réchauffés, il a démontré que les bourgeois économes, en plus d'être des ploucs coincés, étaient des nuisances pour la prospérité. Et que le meilleur moyen de faire fondre les économies de ces épargnants avares, c'était la planche à billet confiée à l'intuition et au bon vouloir des Etatistes.

Très curieusement, le keynésianisme a tout de suite eu beaucoup de succès chez les étatistes.
Pour l'instant c'est surtout la brute et le truand qui échangent des coups de feu. Le bon, qui a le soleil médiatique contre lui, économise ses munitions. La crise de 2008, 2009 pourrait bien être le gros nuage permettant enfin d'ajuster ses tirs.

OuiiiinIiiiinnnIiinnnnIiiiiinnnn ting tititing.


v   La monnaie - page 2 

La monnaie marchandise

 
Pour les libéraux de l'école autrichienne, la monnaie n'est pas un signe mais une marchandise de même nature que les autres biens (savonnette, Cognac, chaussures).
Qu'elle soit sous la forme de pièce d'or -ou d'un autre métal- ou de billets certifiant de la présence d'une certaine quantité d'or dans le coffre d'une banque, la nature de la monnaie saine n'est pas différente des autres biens.

C'est-à-dire qu'elle peut être analysée économiquement avec les mêmes outils conceptuels que les autres biens (offre, demande, unité marginale, subjectivité). Il n'est pas nécessaire de développer de nouvelles théories holistes pour en comprendre l'influence.

C'est-à-dire qu'elle doit obéir aux mêmes règles de droit que les autres biens : elle ne peut pas être prêtée à deux personnes à la fois en même temps, elle ne peut pas être créée ex-nihilo; les contrats impliquant sa livraison immédiatement sur demande doivent être respectés sous peine de sanctions et nul ne doit être obligé de l'accepter dans une transaction.

C'est-à-dire que pas plus que les autres biens, elle n'a besoin de planification, de dirigisme ou d'expert en futurologie s'interrogeant gravement sur sa quantité optimale selon les besoins mal estimés de la société.

La spécificité de la monnaie est d'être une marchandise d'abord désirée parce qu'elle peut être facilement échangeable. Cela n'en fait pas une entité extra-terrestre.
Malheureusement les Etats et les banquiers ont tout de même expédié la monnaie vers un trou noir. Et nous avec.


"Les funestes erreurs charriées par les idées populaires sur la monnaie, et qui ont fait se fourvoyer les politiques monétaires d'à peu près tous les gouvernements, auraient difficilement pu se produire si beaucoup d'économistes n'avaient eux-mêmes commis de grosses méprises en traitant des problèmes monétaires, et ne s'y cramponnaient obstinément."
 Ludwing Von Mises - Action Humaine


"/.. nous avons découvert une vérité très importante : la monnaie est une marchandise. Apprendre cette leçon simple est l’une des tâches les plus importantes qui soient. Bien souvent, on parle de la monnaie comme si c’était plus que cela – ou moins. Mais la monnaie n’est pas une unité de compte abstraite, différente d’un bien ; ni un jeton inutile qui ne servirait qu’aux échanges ; ce n’est pas une « créance sur la société » ; ni une garantie ou un niveau de prix stable. C’est une simple marchandise. Elle diffère des autres biens parce qu’elle est recherchée principalement pour son rôle de moyen d’échange. Mais, sinon, c’est une marchandise – et, comme toutes les marchandises, il en existe un certain stock, elle est demandée par des gens désirant l’acheter, la conserver etc."
Murray Rothbard - Etat, qu'as tu fait de notre monnaie ?








L'une des lignes de fracture de beaucoup de débats sur la monnaie se situe entre les nominalistes et les réalistes.

Pour les nominalistes, la monnaie est avant tout un signe. Un signe qui inspire assez confiance pour être accepté en échange de biens ou de services.

Aujourd'hui la monnaie signe est très appréciée :
-d'une part par certains sociologues parce que un signe est une convention sociale, et une convention sociale c'est un truc de sociologues pas d'économistes qui ne comprennent rien à la société 
-d'autre part par les étatistes parce que si la monnaie c'est un signe créé par l'Etat on peut le changer en fonction de l'intérêt général ou en tous cas pour favoriser ses clientèles électorales ce qui est déjà très bien.

Pour les réalistes (Turgot, Cantillon, les partisans de l'Etalon-or, l'école autrichienne) la monnaie est une marchandise (presque) comme une autre.

Du temps des pièces en métal, un signe permettait à l'Etatiste du moment -un roi ou un empereur- de flatter son égo en mettant son profil. Pour le public il permettait de connaitre la présence d'une quantité de métaux précieux dans la pièce. La valeur de la pièce venait donc bien de la qualité de la marchandise dont elle était faite.

De même les premiers billets étaient là pour certifier de la présence d'une certaine quantité d'or dans un coffre. Dès qu'il l'a pu, l'Etat s'est dépêché de voler l'or des coffres tout en continuant d'imprimer des billets.
Cette petite pratique n'aurait pas eu beaucoup d'avenir chez les personnes libres. Ils auraient refusé d'utiliser cette monnaie de singe, pardon cette monnaie-signe. 

L'Etat a donc imposé un monopole sur sa monnaie-signe et l'a rendue obligatoire comme moyen d'échange. (Vous ne pouvez pas signer des contrats en d'autres monnaies que la monnaie officielle.)

C'est d'ailleurs un peu l'angle mort des nominalistes, si la monnaie est un signe, une convention sociale parmi d'autres, le symbole irrésistiblement accepté de la toute puissance de l'Etat, pourquoi faut-il que ce dernier soit obligé d'imposer l'usage de ses billets (monopole d'émission, obligation d'utiliser la monnaie officielle dans les contrats.) ? 

Vous pouvez faire l'essai vous-même. Avec un pièce en or datant de 150 ans, vous pouvez aller à New York ou à Rio, à Moscou ou à Beijing, dans des boutiques où personne ne parle votre langue, vous trouverez tout de même quelqu'un qui acceptera librement de vous l'échanger contre des biens ou des services. Essayez de faire la même chose avec un billet de 100 francs vieux de 10 ans, maintenant que l'Etat Français ne force pas 60 millions de citoyens à l'accepter comme moyen de paiement, vous risquez d'être déçu...

Un signe qui a besoin d'un fusil ou d'une matraque bien réelle pour être acceptée… et les Etatistes comme les sociologues qui oublient pudiquement ce détail pour gloser sur la puissance des signes immatériels de l'Etat ou les conventions sociales à l'origine de la monnaie signe.


v   La monnaie - page 3 

Le troc
 

 

L'échange libre, qu'il soit culturel, sentimental, économique ou divers est donc une bonne chose pour les personnes libres.

Cela étant, autant les échanges amoureux se pratiquent (en général) deux par deux, autant les échanges commerciaux se pratiquent (en général) en groupe.

Et là ça pose un problème. Le troc, la forme la plus spontané de l'échange, c'est compliqué en groupe.

En effet, je suis cordonnier, j'ai besoin de pain mais malheureusement, le boulanger n'a pas besoin de mes chaussures.

Par contre il a besoin de vin alors que le viticulteur a besoin de chaussures.
Bien sûr le boulanger peut d'abord échanger son pain contre mes chaussures, puis immédiatement ré échanger les chaussures contre du vin.

C'est faisable, mais ça devient vite compliqué.

Imaginez le nombre d'échanges qu'il faudrait pour acheter une voiture ou une maison (et les trucs à stocker dans votre garage..)

Heureusement nos ancêtres ont inventé un truc très utile sans jamais avoir lu un traité de politique économique : la monnaie.

"..Alors imaginez un professeur d’économie qui cherche un éleveur de volaille prêt à lui vendre des oeufs contre quelques leçons d’économie ! Sous un régime d'échanges directs, il est clair qu’aucune économie civilisée n’est possible.
Mais, par une suite d'essais et d'erreurs, l'homme a découvert le mécanisme qui permet une véritable expansion de l’économie : l’échange indirect. Dans un échange indirect, vous vendez votre produit, non pas contre un bien dont vous avez besoin immédiatement, mais contre un autre bien que vous vendrez, plus tard, contre celui dont vous avez envie. À première vue, il semble qu’un tel détour complique les choses. Pourtant, seule cette opération extraordinaire permet le développement de la civilisation."
Murray Rothbard - "Etat, qu'as-tu fait de notre monnaie ?"




Pièce de Crésus


Toute marchandise acceptée non pour son usage propre mais parce qu'elle peut être acceptée facilement contre d'autres marchandises est une forme de  monnaie.
Dès que les hommes ont compris que la division du travail permettait d'augmenter la prospérité, des monnaies sont apparues. 

Dans l'antiquité, c'était souvent du bétail (pecus en latin qui a donné plus tard pécuniaire.)

Mais c'est en Lydie,  Asie Mineure, entre -500 et -600 que deux monarques ont fait une invention pleine d'avenir :

Des petits disques fins en métal, gravés avec des symboles attestant de leur poids et de leur composition.

Alyattès (610-560 av. J.-C.) et Crésus (560-546 av. J.-C.) ont inventé et développé la pièce de monnaie qui continue d'alourdir nos poches 2508 ans après sa création. (A l'époque, elles étaient en alliage à base d'or. Or assez abondant au royaume de Crésus qui était traversé par un fleuve aux berges aurifères. Ce fleuve s'appelait le "Pactole")

Injustice de l'histoire, des deux monarques, un seul est passé à la postérité.

Mais bon, on ne va pas non plus pleurer sur le sort de l'oublié. Même s'il n'est pas célèbre pour une invention dont il est le co-auteur, Alyattès n'est pas pour autant à plaindre : il était riche comme Crésus.
Ca console.



v   La monnaie - page 4 

La monnaie


Plutôt que troquer une marchandise contre une autre, puis contre une autre, pourquoi ne pas utiliser une marchandise qui intéresse tout le monde et qui sert de pivot à tous les échanges ?

La monnaie est donc une marchandise que tout le monde accepte, éventuellement pour son usage propre, mais surtout parce que justement tout le monde l'accepte.

Ce n'est bien sûr pas n'importe quelle marchandise. La sélection pour trouver les marchandises faisant office de monnaie a été impitoyable.

D'abord, il faut qu'elle ait un prix comme simple marchandise, sinon au tout premier échange personne n'en voudrait contre une autre marchandise.
A ce niveau là, un œuf ou de l'or répondent à ce critère. Pour faire un gâteau ou un bijou, ces deux marchandises ont déjà un prix grâce l'usage que l'on peut en faire avant même d'être une monnaie.

Ensuite la monnaie doit être facilement divisible. Un œuf ne pourrait pas faire l'affaire, parce qu'un demi-œuf c'est tout de suite plus compliqué à transporter. Par contre, un gramme d'or, ça se divise très bien en deux demi-grammes.

Elle doit aussi être rare. Oui parce que si elle n'est pas assez rare, il en faut très vite de grosses quantités ce qui rend le transport et le stockage compliqués. Là encore, les œufs ne sont pas adaptés, il y en a tellement que le prix d'un bœuf en œufs demanderait le poids en oeufs de deux boeufs.
Avec l'or par contre, on peut acheter un œuf et un bœuf avec un grain qui tient dans la main.

C'est durable. Inutile de préciser que des bijoux en or ont traversé les siècles pour arriver dans nos musées, tandis que même un collectionneur d'art moderne hésiterait à acheter ce qu'il reste d'une omelette new-yorkaise des années 70.

Ca brille. Bon ça c'est optionnel, mais il faut mieux que cela soit quelque chose que tout le monde a envie d'avoir. Si un chanteur belge (très) talentueux n'a pas proposé de couvrir le corps de son aimée d'œuf et de lumière, il y a une raison.

A l'issue de cette confrontation, les hommes au début de l'histoire ont préféré utiliser l'or -ou en tous cas un métal- plutôt que les œufs comme moyen d'échange.

Quelle bonne idée ! Quelle dommage que les bac +14 qui nous servent d'autorité monétaire ne se soient pas inspirés de ces bac-3000 !

"La vérité la plus importante sur la monnaie émerge maintenant de notre discussion : la monnaie est une marchandise. Apprendre cette simple leçon est l'une des taches les plus importantes du monde. .../... La monnaie n'est pas une unité de compte abstraite, séparable d'un bien concret; ce n'est pas un jeton inutile mais un bien pour l'échange; ce n'est pas une créance sur la société, ce n'est pas une garantie de prix fixe. C'est simplement une marchandise."

Murray Rothbard - La monnaie et le gouvernement

 

La monnaie n'est pas le produit d'un accord entre les hommes ou le produit d'actes législatifs. Personne n'a inventé la monnaie. Au fur et à mesure que les hommes devinrent conscients de leurs intérêt économiques, partout ils ont appris qu'échanger des marchandises peu échangeables contre des marchandises davantage échangeables les approchaient de leurs propres objectifs économiques."

Carl Menger - Principes d'économie







Les pièces en métal ne sont pas les seules formes qu'ont prises les premières monnaies..

Les cigarettes dans les camps de prisonniers.

Les billes dans les cours d'école.

Les coquillages sur certaines îles du pacifique.

Ces apparitions spontanées montrent que contrairement à ce que ce gros vaniteux d'Etat prétend, la monnaie apparaît et existe sans son intervention.

La monnaie n'est pas une création étatique, c'est une création spontanée entre personnes libres pour faciliter l'échange.

C'est une invention phénoménale qui a contribué à faciliter les échanges, donc à faciliter la division du travail, donc la prospérité générale.

C'est aussi un moyen de voler en tout discrétion simultanément des millions de personnes.

Voler en toute discrétion des millions de personnes… Ca fait rêver.. Tiens au fait pourquoi les Etats se sont-ils appropriés le monopole de la monnaie ? En la décorélant de l'or de surcroît, pour n'utiliser que du papier au coût de production négligeable ?

Sans doute pour notre bien.


v   La monnaie - page 5 

Le prix de la monnaie


La monnaie permet donc d'avoir un prix lors de chaque échange.

Oui, mais quel est le prix de la monnaie ?

He bien, tout comme le prix des marchandises s'exprime en monnaie, le prix de la monnaie s'exprime à travers le faisceau d'une quantité de toutes les autres marchandises.
Le boulanger paie une baguette pour acheter 1 euro.

Le supermarché paie un pack de bière pour acheter 6 euros.

Un propriétaire vous achète 600 euros en payant l'usage d'un appartement pendant 1 mois.

Et comme toutes les marchandises, le prix de la monnaie n'a donc pas de raison d'être stable -même si l'offre de monnaie (c'est-à-dire le stock de monnaie) est stable. 
Le prix de la monnaie varie en fonction de la demande. Chaque personne peut souhaiter avoir ses biens matériels sous forme de monnaie ou plutôt les avoir sous forme de maisons, voitures, livres ou usines.

Une monnaie doit être saine -c'est-à-dire non diluée par la planche à billets de la banque centrale ou la planche à crédits des banques- , mais ne doit pas (et ne peut) être figée.

Des charlatans étatistes promettent une monnaie adaptée à la croissance alors qu'ils ne peuvent produire qu'une monnaie en perpétuelle dilution.

Cette dilution n'adapte en rien la quantité de monnaie, elle rajoute simplement une couche d'instabilité.

"Avec l'univers réel de l'agir et du changement incessant, avec le système économique qui ne peut être rigide, ne sont compatibles ni la neutralité de la monnaie, ni la stabilité de son pouvoir d'achat.

Un monde du genre que postulent les exigences absolues d'une monnaie neutre ou une monnaie stable, serait un monde sans action.


Il n'est par conséquent ni étrange ni mauvais que, dans le cadre d'un monde ainsi changeant, la monnaie ne soit ni neutre ni stable en pouvoir d'achat. Tous les plans pour rendre la monnaie neutre et stable sont contradictoires. La monnaie est un élément d'action et par conséquent de changement.

Les changements dans la relation monétaire, c'est-à-dire dans la relation entre la demande de monnaie et les quantités disponibles de monnaie, affectent le taux d'échange entre la monnaie d'une part, et les choses vendables de l'autre. Ces changements n'affectent pas dans le même temps et dans la même proportion les prix des diverses marchandises et divers services."
Ludwing Von Mises - Action Humaine






Contrairement aux apparences, la monnaie n'est pas un étalon de mesure comme le mètre ou le litre.
La monnaie est aux unités de mesure ce que la bière sans alcool est à la bière. Ca a le goût et l'apparence d'une unité de mesure mais ce n'est pas une unité de mesure.

 Le pouvoir d'achat de la monnaie n'est pas une unité de mesure fixée par convention à partir d'une définition objective et immuable (même si on peut définir la monnaie comme un certain poids de métal par exemple. Le pouvoir d'achat lui n'est pas une unité de mesure fixée selon un critère objectif et immuable.)
C'est une marchandise parmi d'autres dont le 'prix' est exprimé en chacune des autres marchandises. Son prix fluctue (légèrement lorsque la monnaie est saine) en permanence suivant les besoins de la population en liquidités.

C'est surtout un instrument qui permet de faire une comparaison relative entre deux options : des tomates ou des bananes, du sucre en poudre ou du sucre en carreaux. Mais cela ne permet en aucun cas de connaître une 'mesure' objective des tomates, des bananes ou du sucre.
N'en déplaise aux avares et aux nouveaux riches, l'argent n'est donc pas une valeur absolue au pouvoir d'achat fixe et immuable.

Ciel ! Un monde sans aucun point fixe, pas même l'argent. C'est très angoissant pour les petites créatures à vie éphémère que nous sommes. Y a-t-il encore de l'espoir ?

Oui, le plaisir d'une petite bière fraîche (avec alcool) un après-midi de grand soif est une valeur absolue.
Les civilisations, les philosophies peuvent s'effondrer, le plaisir que vous aurez eu cet après-midi là en buvant cette bière là sera immuable et éternel, inscrit pour toujours dans l'espace-temps.

Ouf, ce petit vertige métaphysique étant passé (ce sont des accidents qui arrivent lorsque l'on tutoie en permanence les grandes idées), nous pouvons retourner au fil conducteur de ce manuel :

Le libéralisme c'est bien.
C'est la faute aux étatistes.



v   La monnaie - page 6 

L'offre de monnaie

 

Comme pour d'autres marchandises, l'offre de monnaie (saine) et la demande de monnaie (saine) permettent de fixer le prix de la monnaie.

La demande de monnaie c'est très concrètement la quantité de monnaie (en liquide ou sur un compte en banque) dont chacun souhaite disposer parmi ses richesses. La quantité de cash, de flouze, de pognon, de pèze, de brouzoufs dont on souhaite disposer. La quantitée de monnaie donc.

Vous pouvez en effet conserver vos richesses sous forme de flouze, pardon de monnaie, ou sous forme de maisons, d'actions, de bijoux.
Un avare ou un prudent souhaitera avoir une grande quantité de monnaie sous son matelas pour faire face à l'imprévu, un investisseur préfèrera garder un peu de monnaie et avoir le reste de ses richesses sous forme d'investissement dans une usine.
Un bon vivant gardera un peu de monnaie et aura le reste de ses richesses sous forme de bon vin et de beaux vêtements.

Toutes ces décisions individuelles additionnées provoqueront une demande de monnaie plus ou moins grande par rapport à la quantité de biens (usines, pantalons, bon vin) à acheter.

Si la demande de monnaie diminue, cela signifie que davantage de gens cherchent à se débarrasser de leur monnaie pour acheter certains biens, et le prix de ces biens -davantage recherchés- augmentera relativement à la monnaie.

A contrario, si davantage de personnes cherchent à posséder de la monnaie en vendant ou en n'achetant pas de biens, le prix de ces biens -moins recherchés- diminuera.

Bref on reconnaît sans trop de peine les mécanismes habituels de l'économie libre : offre, demande et la subjectivité des acteurs (le radin, l'investisseur ou le consommateur). Ce sont donc des mécanismes qui n'ont pas d'autres origines que des décisions individuelles libres et respectables (à défaut d'être rationnelles). 

Décisions individuelles libres qui échappent complètement aux radars des grandeurs macroscopiques et leurs moulinettes mathématiques déterministes.


"Toutes les marchandises deviennent plus chères lorsqu'elles sont très demandées, et la monnaie qui peut être vendue, troquée ou échangée est une marchandise. Par conséquent, la monnaie devient elle aussi plus chère lorsqu'elle est très demandée ou que l'offre est faible."
Azpilcueta - "Comentario resolutoio de usuras" - 1556

"Celui qui possède plus de monnaie à sa disposition qu'il ne pense nécessaire à ses besoins achètera, afin de se débarrasser du stock superflu de monnaie qui est entre ses mains. S'il est un entrepreneur, il pourra par exemple agrandir ses affaires. Si cet usage de monnaie n'est pas ouvert à lui, il pourra acheter des valeurs rapportant des intérêts ; ou il pourra décider d'acheter des biens de consommation. Mais, dans tous les cas, il exprime par un comportement approprié sur le marché le fait qu'il considère sa réserve de pouvoir d'achat comme trop grande.
Et celui dont la demande de monnaie est moindre que son stock se comportera d'une manière exactement contraire. Si un stock individuel de monnaie diminue (sa propriété ou son revenu restant les mêmes), alors il prendra des mesures pour atteindre le niveau désiré de réserves de pouvoir d'achat par un comportement adéquat en effectuant ses ventes et ses achats."
Mises Théorie du crédit et de la monnaie - 1912









Les survivants d'un terrible naufrage s'échouent sur une île déserte. Ils ont toutefois beaucoup de chance. L'île regorge de vaches, de patates et de vignes.

Au départ, les 100 naufragés de l'île "SteakFrites" se nourrissent exclusivement de steaks. (Les frites et le Beaujolais n'existent pas encore dans la première saison de cette série..)

La monnaie locale est basée sur un stock de 1000 trombonnes, le seul bien que les naufragés ont pu sauver du désastre.  Le prix des steaks est donc exprimé en trombonnes. 100 gr de bonne viande rouge font environ 3 trombonnes.

Naturellement ce prix peut évoluer suivant la production de steak ou la demande.

Mais même si la production et la demande de steak sont stables, le prix d'un steak exprimé en trombonnes peut varier . Il peut varier à cause des trombonnes eux-mêmes.

En effet s'il y a davantage de trombonnes pour une même quantité de steaks, le prix des steaks augmentent. L'augmentation du nombre de trombonnes fait diminuer le pouvoir d'achat de chaque trombonne et il faut donc davantage de trombonnes pour acheter un steak. C'est l'inflation.

Acontrario, s'il y a moins de trombonnes pour une même quantité de steaks, le prix des steaks en trombonnes diminue. La diminution du nombre de trombonnes fait augmenter le pouvoir d'achat de chaque trombonne et il faut donc moins de trombonnes pour acheter un steak. C'est la déflation.

L'île est pour l'instant à l'abri d'une augmentation du nombre de trombonnes, c'est déjà un miracle qu'une caisse ait pu flotter jusqu'à la plage.

Par contre, le nombre de trombonnes en circulation peut diminuer. Certains naufragés les cachent pour, par exemple, s'assurer contre les mauvais jours.

Ces fluctuations des prix dues à la quantité de trombonnes cachés sont naturelles dans une économie libre. Les personnes libres préfèrent avoir plus ou moins de monnaie en réserve et plus ou moins de trombonnes à dépenser immédiatement. C'est parfaitement légitime. Ces fluctuations sont en général de faible amplitude.

Malheureusement certains économistes (et les étatistes flairant la bonne affaire) ont désigné ces variations comme la source de tous les maux monétaires et l'Etat comme la solution miracle à ce qui n'est pas un problème.


v   La monnaie - page 7 

La quantité optimale

 

La quantité totale de monnaie disponible est donc déterminante pour déterminer les prix de tous les biens qui s'expriment dans cette monnaie.

Celui qui contrôle cette quantité a donc un pouvoir considérable sur la société. Il a un levier important sur les prix de tous les biens exprimés en monnaie : les salaires, les voitures, la baguette, les médicaments..

Un tel levier a évidemment attiré beaucoup de convoitises.

D'abord des vrais malhonnêtes : les souverains belliqueux, les faux-monayeurs, les Etats en faillite et certains banquiers qui y ont vu un moyen sympa de gagner de l'argent sans effort et discrètement.

Mais il y a aussi tous les docteurs étatistes, experts en planification et en contrôle de l'économie qui ont vu dans la monnaie l'instrument idéal pour toutes leurs expérimentations.

Pour ces docteurs Folamour, si la quantité de monnaie est limitée par un métal (l'or par exemple), nous courrons à la catastrophe.

Lorsque la population augmente ou si la population souhaite disposer de davantage de monnaie dans ses richesses, il risque d'y avoir une raréfaction de la monnaie (trop de gens gardent la monnaie, il n'en reste plus pour échanger) et/ou une baisse des prix généralisée désorganisant la production.

Et la solution pour les inflationnistes, c'est d'augmenter en permanence la monnaie grâce aux banques ou à l'Etat. L'inflation.

Pour les partisans de la monnaie saine (qui sont de plus, rappellons-le, les gentils), ces problèmes sont de faux problèmes -ce qui compte ce n'est pas la quantité de monnaie, mais son pouvoir d'achat et sa stabilité-, et les solutions proposées par les inflationnistes sont des expérimentations hasardeuses qui entrainent des vraies catastrophes (genre crise économique mondiale, bulle financière).


"La solennité prétentieuse qu'affectent les statisticiens et les bureaux de statistique en calculant des indices de pouvoir d'achat et de coût de la vie est déplacée. Ces indices chiffrés sont au mieux des figurations grossières et inexactes de changements intervenus. 

Dans les périodes où la relation entre l'offre et la demande de monnaie ne se modifie que lentement, ces indices ne fournissent pas d'information du tout. Dans les périodes d'inflation et par conséquent de changements marqués des prix, ils fournissent une image fruste d'événements que chaque individu ressent dans sa vie quotidienne. Une ménagère avisée sait bien plus de choses sur les variations de prix qui affectent son foyer que les moyennes statistiques n'en peuvent dire. 

Elle n'a que faire de calculs qui ne tiennent pas compte de la qualité, ni de la quantité, des biens qu'il lui est possible, ou permis, d'acheter aux prix retenus pour calculer l'indice. Si elle « mesure » les changements pour son appréciation personnelle, en prenant pour référence les prix de deux ou trois denrées seulement, elle n'est ni moins « scientifique » ni plus arbitraire que les mathématiciens raffinés lorsqu'ils choisissent leur méthode de manipulation des données du marché."

Ludwig Von Mises - Action Humaine





Sur l'île de Steak-Frite, les naufragés ont de la chance : un avare fait partie des survivants.

L'avare n'est pas un voleur, c'est un avare.

C'est-à-dire qu'il va travailler dans un champ de frites, de steaks ou de vin tout en restreignant sa consommation de frites, de steak ou de vin.

Les trombonnes qu'il va recevoir en échange de son travail vont être gardés précieusement dans une petite cachette (qui se trouve à 52 pas en s'éloignant du gros rocher désigné tous les jours à midi pile par l'ombre du Pic du singe moqueur.)

En diminuant la masse trombonotaire de l'île Steak-Frite, l'avare va donc augmenter le pouvoir d'achat de tous les autres trombonnes dans les poches de ses compagnons d'infortune.

Très concrètement, il aura produit pour les autres des frites ou des vaches, mais n'en aura pas consommé lui-même, c'est tout bénéfice pour les autres.

Il n'a volé personne. Il n'a forcé personne, il a simplement échangé librement son travail contre des trombonnes qui lui ont été librement donnés.
Il a ensuite choisi librement de conserver ses trombonnes au lieu de les échanger à nouveau.

Et si la pensée d'avoir beaucoup de trombonnes a plus de valeur ou lui donne plus de plaisir qu'un bon steak frite, c'est non seulement moral, mais c'est en plus rationnel. (et un peu triste.)

Les avares rationnels travaillent et se privent de steak et de frites pour que les bons vivants en aient davantage. Et en plus ils sont contents : ils ont plein de trombonnes

Les bons vivants travaillent puis dépensent leurs trombonnes en steaks et en frites pour que les avares en aient davantage Et en plus ils sont contents, ils ont pleins de steaks et de frites.

Ce n'est pas beau le marché libre avec une monnaie saine ?


v   La monnaie - page 8 

L'inflation



La monnaie est une marchandise particulière, l'augmentation de son stock total ne créé aucune richesse supplémentaire.

Si durant une nuit, une ange généreux mais pas très bon en économie doublait la quantité de monnaie de tous les hommes, en se réveillant le matin, les hommes ne seraient pas devenus deux fois plus riches. 

Ils auraient certes deux fois plus de monnaie, mais la quantité de biens à acheter serait, elle, restée identique.

Avec davantage de monnaie pour une quantité de biens identiques, aucune nouvelle richesse n'est créée. Simplement chaque unité de monnaie a désormais un pouvoir d'achat plus faible.

Augmenter le stock de monnaie disponible, cela s'appelle l'inflation.
Et l'une des conséquences de l'inflation, c'est une hausse des prix généralisée.

Et c'est rarement les anges qui augmentent le stock de monnaie, mais plutôt des voleurs, des rois, des gouvernements ou des banquiers.

Une monnaie dont le stock n'augmente qu'à la marge -par exemple par l'extraction de nouveau minerai précieux- est une monnaie saine. L'or et l'argent répondent à cette définition (sauf lorsque l'on découvre un nouveau continent ce qui se produit rarement).

A contrario une monnaie dont le stock augmente au gré des malversations ou selon le bon vouloir des faux-monnayeurs, des rois, des gouvernements ou des banquiers est une monnaie malsaine.


"L'histoire de la politique monétaire étatique est [une suite] incessante de fraude et mensonge. En fait, les Etats se sont montrés beaucoup plus immoraux que n'importe quelle agence privée fournissant de la monnaie n'aurait jamais pu l'être."
Hayek - The Fatal conceit.


"Ceci marque le début de ce qui est maintenant une symbiose traditionnelle entre les Etats et les banques…/.. Les Etats et les banquiers ont très vite réalisé qu'en sacrifiant le principe traditionnel du dépôt, ils pourraient se lancer dans des activités très lucratives, même si un prêteur en dernier ressort -une banque centrale- était obligatoire pour fournir les liquidités nécessaires en temps de difficultés../.. Malgré tout les conséquences sociales néfastes de ce privilège accordé exclusivement aux banquiers n'ont été clairement comprises que lorsque la théorie de la monnaie et du capital eurent fait des progrès suffisants et furent capables d'expliquer l'émergence de cycles économiques récurrents."
Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles










XIV ème siècle, les conquistadores ne reviennent pas du nouveau monde les mains vides : l'or et l'argent inondent l'Espagne puis le reste de l'Europe.

Et des esprits curieux constatent à partir du milieu du XVI ème siècle une hausse de prix importante, particulièrement en Espagne où le prix des biens doublent en 50 ans.

Martin de Azpilcueta Navarrus (1491-1586), ancien disciple de Vitoria de l'Ecole de Salamanque (he oui, encore), grand érudit de son temps et spécialiste du droit canon, est nommé par l'Empereur Charles V recteur de l'université de Coimbra. Il n'y perdra pas son temps.

En 1556, dans un appendice d'un manuel de théologie morale, il pose les fondations de la première théorie monétaire -que l'on nommera plus tard théorie quantitative de la monnaie-.

Azpilcueta commence par fermement s'opposer aux théories du juste prix. La monnaie n'est pas une mesure objective de la valeur des objets. Il faut donc chercher ailleurs les variations générales de prix. Le dominicain cherche et trouve : les variations de prix s'expliquent par la quantité de monnaie disponible face à la demande de monnaie. Le pouvoir d'achat de la monnaie est inversement proportionnel à la quantité de monnaie en circulation.

Et ceci explique pourquoi ".. nous voyons par expérience qu'en France, où la monnaie est plus rare qu'en Espagne, le pain, le vin, les vêtements et le travail coûtent beaucoup moins. Et même en Espagne, dans les temps où la monnaie était plus rare, les biens et le travail valaient beaucoup moins cher qu'après la découverte des Indes qui a inondé le pays d'or et d'argent. La raison est que l'argent vaut davantage dans les lieux et au moment où il est rare que dans les lieux et au moment où il est abondant."

Cette explication est une révolution dans la pensée monétaire. Tellement révolutionnaire que 12 ans plus tard, Jean Bodin, penseur français la reformulera dans sa lettre "Réponses aux paradoxes de M. Malesdroit."
L'histoire, injuste, ne se souviendra que du nom de Jean Bodin mais pas de celui de Azpilcueta (faut dire que Bodin c'est plus facile à écrire).

Toujours est il que la théorie quantitative de la monnaie, sans être parfaite, est une avancée considérable pour expliquer la conséquence principale de l'inflation monétaire : la hausse générale des prix.




v   La monnaie - page 9 

La théorie quantitative


La théorie quantitative de la monnaie est donc une étape importante dans la pensée monétaire.

Elle décrit quelque chose d'exact : une augmentation de l'offre de monnaie entraîne une hausse généralisée des prix.

Mais elle sous-tend aussi quelque chose d'inexact : cette hausse généralisée serait uniforme. Les prix augmenteraient tous certes, mais cette augmentation générale serait neutre sur l'économie réelle. Simplement tous les montants auraient changé.

Et ça c'est faux.
C'est faux parce que l'augmentation de monnaie ne se fait pas de manière uniforme dans toute la société.

L'augmentation de monnaie a lieu dans des endroits bien précis : l'Etat, les rois ou les Banques en général.
Et ce sont les personnes les plus proches de ces sources de nouvelle (fausse) monnaie qui profitent d'abord de cette augmentation.

Lorsque la nouvelle monnaie apparaît dans un endroit précis, les prix dans le reste de la société n’ont pas encore augmenté puisque la nouvelle monnaie vient d'apparaître.

Ceux qui bénéficient les premiers de la nouvelle monnaie ont donc une augmentation de leur pouvoir d'achat au détriment de ceux qui sont éloignés de la source.

Ce 'petit' détail a été formulé pour la première fois par Richard Cantillon en 1730.
Malheureusement, la théorie quantitative de la monnaie continuera son petit bonhomme de chemin comme si de rien n'était, pendant plus de 200 ans, rencontrant au passage les mathématiques pour se synthétiser dans une fameuse formule PV = MQ.
Ca empirera plutôt son cas. Cette formule ne s'appliquant qu'à des données agrégées tout en étant parfaitement réversible (plus aucun lien de causalité, les maths ça marche dans tous les sens).


"En analysant l'équation des échanges, l'on suppose que l'un de ses éléments — masse monétaire, volume des échanges, vitesse de circulation — change ; mais on ne se demande pas comment de tels changements se produisent. L'on méconnaît que des changements dans ces grandeurs se produisent, non pas dans l'économie nationale comme telle, mais dans les situations des acteurs individuels, et que c'est le jeu mutuel des réactions de ces acteurs qui se traduit par des modifications de la structure des prix.

Les économistes mathématiciens refusent de partir des demandes et offres des individus en signes monétaires. Ils introduisent au contraire une notion étrangère au réel, la vitesse de circulation, calquée sur les schémas de la mécanique." 
Ludwig Von Mises - Action Humaine


"La grande erreur des théoriciens quantitatifs, des classiques britanniques à Milton Friedman, est de postuler que la monnaie n'est qu'un voile et qu'une augmentation de la quantité de monnaie a seulement une influence sur le niveau des prix, ou sur le pouvoir d'achat de chaque unité de monnaie.

Par contre, une des contributions notables des économistes de l'Ecole Autrichienne et de leur prédécesseurs, comme le franco-Irlandais Richard Cantillon, est qu'en plus de cet effet quantitatif, une augmentation de l'offre de monnaie change aussi la distribution de revenus et de richesse." 
Murray Rothbard - The case against the fed






 -700 av JC, Papa Ikèsios, Banquier de Synope est fier de son fiston Diogène.
Il suit les glorieuse trace de son père : Il est inspecteur de la monnaie.
Malheureusement, Diogène est assez mal conseillé. Un oracle à Delphes lui souffle une idée originale et qui marche à tous les coups : diluer la monnaie en fabriquant des fausses pièces.


Diogène s'exécute et se fait prendre. Et comme en ce temps là on sait comment traiter les faux monnayeurs, les citoyens l'expulsent manu militari de la bonne cité de Sinope.

Diogène deviendra une disciple de Antinetheme, et fera la joie des classes de Lycée 2700 ans plus tard. Il parlera de la masturbation en termes élogieux (gros succès chez les adolescents) et sera particulièrement insolent avec l'homme le plus puissant de tous les temps. (gros succès chez les adolescents.) Il dira en effet 'ôte-toi de mon soleil' à Alexandre le grand alors que celui-ci, respectueux, lui demandait ce qu'il pouvait faire pour lui 

Ces histoires étant véridiques à au moins 25%, on peut surtout regretter que les civilisations suivantes n'ont pas pris exemple sur la sage cité de Sinope :
mettre dehors les faux monnayeurs qu'ils soient légaux ou illégaux.
Si nous avions suivi cet exemple judicieux, il y aurait quelques places libres dans nos ministères, banques centrales ou universités tandis que le Groenland serait aujourd'hui peuplé de vieux messieurs sérieux en train d'embêter les pingouins avec des théories bancales.

Un peu triste pour les pingouins, mais le reste du monde serait plus juste, plus stable et plus prospère.


v   La monnaie - page 10 

L'inflation

On n'utilise pas les mêmes mots pour désigner l'alcool et la gueule de bois.

A juste titre, l'alcool est la cause de la gueule de bois. Utiliser les mêmes mots pour désigner la cause et l'effet, ça n'aide pas pour poser le problème (et le résoudre).

On n'utilise pas les mêmes mots pour désigner le soleil et le coup de soleil.
A juste titre, le soleil est la cause du coup de soleil. Utiliser les mêmes mots pour désigner la cause et l'effet, ça n'aide pas pour poser le problème (et le résoudre).

Par contre, on utilise le même mot pour l'inflation et la hausse générale des prix. On utilise le même mot pour la cause (l'inflation.. c'est à dire l'inflation de la masse monétaire) et l'effet (la hausse générale des prix)
Et ça n'aide pas à poser le problème et donc à le résoudre.

En ne distinguant pas les deux termes, la cause et l'effet, les étatistes en mal de clientèle électorale prétendent combattre l'inflation.
Ils se contentent en général de combattre n'importe comment  l'augmentation naturelle de certains articles (prix fixés, subventions) tout en décuplant activement l'inflation venant des banques et bien sûr de l'Etat.

Et cette inflation provoque en retour une hausse générale des prix.
Prétendre éteindre un incendie en arrosant les flammes avec de l'essence tout en criant pinponpinpon pour avoir l'air d'un pompier, les étatistes sont vraiment rigolos. Si les brûlures ne faisaient pas aussi mal, on rirait de bon cœur.

"Tout d'abord, il n'y a plus de terme disponible pour signifier ce que le mot inflation signifiait jadis. Il est impossible de combattre une politique que vous ne pouvez nommer.

Hommes d'État et écrivains n'ont plus la possibilité de recourir à une terminologie acceptée et comprise par le public, lorsqu'ils veulent mettre en question le bien-fondé de l'émission d'énormes quantités supplémentaires de monnaie. Il leur faut entrer dans une analyse détaillée et décrire cette politique avec tous ses caractères et des comptes méticuleux ; et ils doivent répéter ce processus lassant à chaque étape de leur discussion du problème. Comme cette politique n'a pas de nom, l'on pense qu'il n'y a là rien à analyser, mais un fait pur et simple. Elle s'épanouit sans entraves.

Le second méfait est que ceux qui s'engagent dans des tentatives naïves et sans espoir pour combattre les inévitables conséquences de l'inflation — les prix en hausse — déguisent leur entreprise en l'appelant lutte contre l'inflation. Alors qu'ils ne font que combattre des symptômes, ils prétendent combattre les racines du mal. Parce qu'ils ne comprennent pas les relations ` causales entre l'accroissement de la quantité de monnaie d'une part, et la hausse des prix de l'autre, ils aggravent pratiquement les choses."
Ludwig Von Mises - Action Humaine


(Pour illustrer cet exemple, j'ai mis un trombone avec un seul "n" parceque c'est plus joli, mais sur l'île de Steak-Frite, ils utilisent les (petits) trombonnes avec deux "n".)


Sur île de Steak Frite-Beaujolais, grâce à une monnaie saine -le trombonne-, l'économie se porte bien. Elle s'est developpée et on peut désormais accompagner son steak avec des frites et un pichet de beaujolais.

Malheureusement, parmi les naufragés se terre un ancien faux-monayeur.
Et fatigué d'abîmer ses mains pour les vendanges, ce fourbe décide d'utiliser son art maléfique pour des profits indus.

Avec patience et minutie, il fond ses économies de 10 trombonnes pour en fabriquer 11. Les 11 trombonnes sont certes plus petits que les 10 originaux, mais cela ne voit pas sans un examen attentif.

Puis discrètement, cet habile criminel échange "ni vu ni connu" ses onze trombonnes frelatés contre onze vrais trombonnes dans les poches d'honnêtes citoyens. Il refond alors ces onze trombonnes authentiques pour en fabriquer 12.
Il renouvelle plusieurs fois sa sinistre besogne augmentant ainsi de 10% son pouvoir d'achat.

Au bout d'un certain temps, comme la masse trombonnaire de l'île a augmenté, les prix augmentent (surtout celui des frites parce que le faux  monnayeur aime beaucoup les frites).

La création de trombonnes dans un point précis de l'économie de l'île a donc plusieurs conséquences :
Une redistribution des richesses : le faux monnayeur a davantage de frites que ses honnêtes voisins.
Une augmentation générale des prix. Plus de trombonnes, autant de biens, donc les prix des biens augmentent.

Heureusement ces deux fléaux sont vite repérés par un économiste de l'Ecole autrichienne naufragé lui-aussi (quelle bénédiction, les naufragés auraient pu se retrouver avec un économiste keynésien). Le coupable est alors recherché puis identifié.

Pour ce genre de crime la vengeance du peuple de l'Ile est expéditive, c'est la peine capitale sans procès : la tache la plus ingrate de l'île, l'épluchage des patates.


v   La monnaie - page 11 

L'inflation 2

Avec une monnaie saine, les prix augmentent en général pour une seule raison : la demande des biens concernés a augmenté ou leur offre a diminué. Le pétrole peut par exemple augmenter, parce qu'il y a moins de pétrole ou parce qu'il y a davantage de consommateurs de pétrole.

Cette augmentation des prix est alors :

-morale (aucune violation de la liberté ou de la propriété des personnes)

-efficiente (la richesse globale se porte mieux si les ressources rares sont identifiées comme telles et utilisées avec parcimonie).

-limitée (il ne s'agit que des articles ou services concernés par cette augmentation de la demande)

- temporaire (l'augmentation du prix entraîne à moyen terme une diminution de la demande (autres technologies, biens substituées au bien dont le prix augmente) ou une augmentation de l'offre (davantage de producteurs sur ce marché, gains de productivité).

"L'inflation ne confère, alors, aucun bénéfice social général; plutôt, elle redistribue la richesse en faveur des premiers arrivants et aux dépens des derniers de la course. L'inflation est, en effet, une course - pour voir qui peut acquèrir la nouvelle monnaie en premier."

Rothbard - La monnaie et le gouvernement








54 après JC, l'empereur Néron n'a plus les moyens de payer du pain et des jeux aux Romains.

Heureusement il a une idée originale et qui marche à tous les coups : diluer la monnaie en diminuant la quantité de métaux précieux contenu dans chaque pièce.
C'est bien dommage, le système monétaire romain, qui n'avait jamais été un modèle de stabilité, jouissait pourtant depuis 75 ans de trois pièces de référence avec des taux de métaux précieux constants.
L'empereur Auguste avait en effet fixé le poids et s'y était tenu comme son successeur. Il y a la pièce en or (l'Aureus), la pièce d'argent (le denarius) et une pièce de bronze (le fameux sesterce que les lecteurs d'une BD gauloise connaissent déjà).

Néron commence par diminuer de 12% le poids en or de l'Aureus, les empereurs qui suivent feront pareil ou pire.
Les conséquences de ce chaos monétaire sont connues, une hausse des prix importante, une crise de confiance dans la monnaie ralentissant les échanges ainsi qu'une désorganisation du système productif réagissant à des prix déformés par l'arrivée de fausse monnaie.



v   La monnaie - page 12 

L'inflation 3


Avec une monnaie malsaine, c'est-à-dire diluée par l'Etat ou les banques, le prix de tous les biens augmente en même temps -sans relation avec l'offre ou la demande des biens-. Les tomates et les livres de poche augmentent alors même qu'il y a autant de tomates et de livres de poche et que les consommateurs ne sont pas plus nombreux à en vouloir.

Cette augmentation des prix est alors :

-immorale (violation de la propriété  par dilution de la monnaie existante),

-liberticide (la création de monnaie est souvent un privilège monopolistique de l'Etat et des banques)

-générale (l'inflation monétaire provoque l'augmentation d'une grande partie des marchandises.)

- inefficiente (imprimer de la monnaie n'a jamais créé de richesses réelles)

-destructrice de richesses (crise économique violente).

Les étatistes inflationnistes combattent en général bruyamment les hausses de prix naturelles et efficientes tout en organisant les hausses des prix générales, immorales et destructrices de richesse.


"Même les citoyens ayant la connaissance, le temps et la chance de protéger leur épargne [de l'inflation] ne peuvent pas éviter les conséquences néfastes de l'inflation car ils doivent adopter des habitudes contraires à la morale et à la vie spirituelle.

L'inflation les force à consacrer beaucoup plus de temps à penser à leur argent qu'ils n'auraient été obligés de le faire en l'absence d'inflation. ../.. Cela les oblige à être très attentifs à leur argent durant toute leur vie.../.. La perte spirituelle des styles de vie induit par l'inflation est évidente. L'inflation rend la société matérialiste.  De plus en plus de gens se concentrent sur les revenus monétaires aux dépens d'autres éléments importants pour une vie personnelle heureuse."

J.G. Hullsmann - The ethic of money  production - 2007








Et les remèdes de nos étatistes en jupette nous rappellent très exactement les remèdes des étatistes en costume cravate. A partir du troisième siècle après JC c'est une véritable feu d'artifice :

Diocletian (301 après JC) lutte contre la hausse des prix qu'il a lui-même provoqué en fixant par décret les prix d'une immense partie des marchandises et en punissant de mort les commerçants ne s'y pliant pas. C'est une catastrophe.

Il y aura ensuite en vrac : l'obligation des commerçants de garder leur activité (ces derniers tentant de se concentrer sur des activités moins exposées aux désordres monétaires), une avalanche de taxes avec des bureaucrates chargés justement de collecter ces taxes, des paysans fixés par la loi à leur terre par décret (mais obligés de vendre cette dernière pour payer leur taxes, ils se retrouvent fixés à une terre qui n'est plus la leur, initiant la pratique féodale du servage.)

Les causes de l'effondrement de l'Empire Romain sont multiples mais l'asphyxie progressive de l'économie intérieure et le ralentissement des échanges dus à une monnaie manipulée dans tous les sens sont une lame de fond qui a appauvrit Rome bien plus que les querelles de familles.

Avec en bonus le fait que les barbares ont souvent surtout été vu par les populations envahies comme des libérateurs de la bureaucratie romaine et de ses taxes écrasantes. Les vilains barbares ont ainsi pu mettre à genoux un empire vieux de mille ans sans rencontrer de résistances locales fortes.

Cela ne sera pas la dernière fois que les manipulations monétaires auront des conséquences politiques colossales. Une histoire des boomerangs monétaires terrassant discrètement mais sûrement les monarques, les dynasties ou les gouvernements inconséquents est encore à écrire. En plusieurs volumes.


v   La monnaie - page 13

L'inflation 4


L'inflation et la guerre ont longtemps marché main dans la main.

Faire la guerre, cela coûte cher. Tellement cher que les impôts pour la financer risqueraient de provoquer une révolte immédiate des contribuables. Et on serait obligé d'arrêter de faire la guerre après quelques escarmouches, en ratant le meilleur.

Pour éviter cette grosse déception, les princes ou les gouvernements ont souvent utilisé un prélèvement beaucoup plus sournois pour acheter des armes ou des mercenaires : la dilution de la monnaie.

A l'époque où la monnaie était forcement en métal précieux, cette opération était un peu compliquée.
Il fallait fondre les anciennes pièces puis en reforger des nouvelles avec moins de métal précieux (et davantage d'un métal commun).

Cette difficulté n'a naturellement pas beaucoup freiné les despotes et les empereurs : il n'existe guère de monnaie métallique dont le poids est resté stable à travers les siècles.
Entre 1066 et 1561, le pound en argent a perdu 1/3 de son poids métal précieux. Soit 0,066% d'inflation par an.

A l'arrivée des rois Chrétiens en Espagne au XII ème siècle, le dinar pesait 60 grains d'or. Un siècle plus tard, il ne vaut plus que 14 grains. Cela parait impressionnant mais cela ne fait "que" 0,76% d'inflation par an. 

Soit beaucoup, beaucoup moins que ce que nous connaissons aujourd'hui.


"L'invention du papier et de l'imprimerie ont donné aux gouvernements entreprenants, toujours à la recherche de nouvelles sources de revenus, un sésame sans limite pour une source inimaginable de richesse. Les rois s'étaient depuis longtemps octroyé le monopole pour frapper des pièces dans leur royaume, déclarant ce monopole crucial pour leur souveraineté, et chargeant des droits de seigneuriages élevés.
"Mais c'était des petits jeux, et les dilutions occasionnelles de monnaie n'étaient pas assez rapides pour le besoin insatiable de revenus royaux. Mais si le roi pouvait obtenir le monopole pour imprimer des tickets en papier et les appeler ""Equivalent d'une pièce d'or"", il y avait un potentiel illimité pour s'enrichir.""
Rothbard - The mystery of banking

"Nous tenons pour nécessaire que les échanges internationaux s'établissent, comme c'était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monètaire indiscutable et qui ne porte la marque d'aucun pays en particulier. Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu'à cet égard il puisse y avoir de critère, d'étalon, autres que l'or. Eh oui l'or, qui ne change pas de nature, qui se met, indiffèrement, en barres, en lingots ou en pièces, qui n'a pas de nationalité, qui est tenu eternellement et universellement comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence !"
Charles de Gaulle








Le bon roi Philippe III, roi d'Espagne a des problèmes. Les caisses de l'Etat sont plus que vides.

Pour sortir de cette situation, il a une idée originale et qui marche à tous les coups : diluer la monnaie en refondant toutes les pièces de cuivre du royaume. Avec une pièce de cuivre, il en fait trois. C'est magique.
Le résultat ne se fait pas attendre, l'inflation décuple dans le grand royaume d'Espagne.

Ca ne plait pas du tout à Juan de Mariana, Jésuite appartement à l'Ecole de Salamanque.
En 1609 ce dernier dénonce dans son traité "De Monetae Mutatione" les pratiques du souverain d'Espagne comme une taxe cachée inacceptable qui devrait mériter l'excommunication du roi. 

La propriété des sujets du roi n'appartient pas au roi, elle appartient aux sujets. 

La dilution de monnaie c'est donc d'abord le vol du peuple par Philippe III. Et c'est aussi une grave attaque contre le commerce source de prospérité.




v   La monnaie - page 14

L'inflation 5


Les fraudes des siècles précedent ont l'air totalement insignifiantes par rapport à l'industrialisation de la fraude monétaire aujourd'hui. Le système officiel lui même a rendu légal et obligatoire ce qui devrait être illégal et combattu.

En effet c'est dans les 100 dernières années que la monnaie est devenue chaotique dans des proportions inimaginables aux siècles précédents.

Entre les guerres mondiales et leurs conséquences,  les innovations technologiques permettant de complètement dématérialiser la monnaie et des théories économiques parant de toutes les vertus l'inflation monétaire, nous vivons dans un système monétaire qui ferait ressembler la centrale de Tchernobyl avant l'explosion à un modèle de fiabilité, de stabilité et de transparence.

Avec deux différences toutefois : 
-Contrairement aux nuages radioactifs, les nuages monétaires malsains ne s'arrêtent pas aux frontières.

-Et contrairement au nucléaire, il n'y a pas encore eu de Tchernobyl monétaire. Euuh, à la reflexion, depuis 2008 on peut oublier la deuxième différence.


"L'intervention de l'Etat dans la monnaie a donné au monde des tyrannies sans précédent; mais elle a surtout amené le chaos au lieu de l'ordre.
Le commerce international paisible et productif a été fragmenté en mille morceaux. Les échanges et les investissements ont été entravés par des myriades de restrictions, de contrôles, de cours artificiels, d'effondrements monétaires, etc. Cela a contribué à provoquer des guerres en transformant un monde d'échanges paisibles en une jungle ou des blocs monétaires se livrent bataille.
En résumé, nous voyons que la coercition, dans la monnaie comme dans d'autres domaines, n'engendre pas l'ordre, mais le chaos et le conflit."

Murray Rothbard - "Etat, qu'as tu fait de notre monnaie ?"







Le -pas si bon que ça- roi Philippe III  écoute les idées de ce vieux sage et réagit en homme d'Etat responsable. Marianna est immédiatement mis dans un cachot humide pour crime de lèse-majesté et les exemplaires retrouvés de son ouvrage sont détruits.

Sous la pression du Pape, Marianna sort de prison au bout de quatre mois pour prendre une retraite méritée. (Il n'était pas à son coup d'essai en matière de provocation. Dans "De rege" publié en 1599 il avait aussi justifié l'assassinant des tyrans  -y compris sur initiative individuelle alors que ses collègues de l'école de Salamanque penchaient plutôt une délibération collective.-)

Ses livres restants subissent les foudres de l'Inquisition espagnole. Elle censure les paragraphes litigieux puis pour finir met l'ouvrage à l'Index.

L'un des rares exemplaires sauvés de cette hécatombe ne sortira des oubliettes que 250 ans plus tard lorsqu'il est édité par hasard dans une collection d'essais espagnols.

Défendre une monnaie saine, c'est peut être juste mais ce n'est pas bon pour les rhumatismes, ni pour les droits d'auteur.


v   La monnaie - page 15

La baisse des prix

Pour permettre à une économie libre de fonctionner, toute quantité de monnaie fait donc l'affaire, du moment qu'elle est suffisamment divisible ou agrégable.

Si le stock de monnaie disponible est (presque) stable, le pouvoir d'achat de chaque unité de monnaie évolue (lentement) en fonction du stock de biens disponibles et des encaisses de chaque personne.

Comme depuis deux siècles la productivité est démultipliée, le stock de biens augmente en permanence. Si le stock de monnaie en face est stable (comme l'or par exemple), le prix des biens exprimé dans cette monnaie est en diminution constante.
C'est la baisse des prix. Un bien aujourd'hui vaut plus cher qu'un bien demain.
Avec une monnaie saine, c'est un phénomène parfaitement naturel et sain dans une économie en expansion.
Entre la fin de la guerre civile américaine et le début de la première guerre mondiale, l'économie américaine a décuplé en richesse. Basés sur l'Etalon-or, les prix ont été en baisse constante sur toute cette période.

Aujourd'hui, et ce malgré la dilution de la monnaie, les prix dans le matériel informatique ou la téléphonie mobile sont en diminution constante. Cela n'empêche pas ce marché d'être florissant pour les producteurs comme pour les consommateurs.

La baisse des prix n'est donc pas forcement une "maladie" qui empêcherait le développement économique.
Pour des motifs plus ou moins intéressés, et se basant sur des théories économiques bancales, la baisse des prix est malheureusement devenue l'écueil à éviter à tout prix pour une grande partie de la classe politique.

Pour éviter ce danger effroyable, l'Etat et les grandes banques ont un remède, la dilution perpétuelle de la monnaie. Et si ce remède de cheval est d'abord à leur profit ce n'est qu'un pur hasard.


"Historiquement, l'offre de biens et de services a augmenté d'année en année. A partir du moment où l'offre de biens augmente, la demande de monnaie augmente et tend à diminuer les prix.
La force poussant à la diminution des prix a été si puissante que ces derniers ont fondu de la moitié du 18 ème siècle à 1940, à -l'exception des périodes de guerre majeure (...).
La monnaie papier a augmenté l'offre de monnaie durant cette période, mais cette augmentation n'a pas été suffisante pour annuler l'effet de la colossale augmentation de l'offre de biens produite grâce à la révolution industrielle.
C'est seulement pendant les guerres, où la planche à billets a fonctionné sans aucune retenue que l'augmentation de l'offre de monnaie a pu dominer l'augmentation de la production et a poussé les prix vers le haut."
Rothbard - The mystery of banking

"Ainsi une grande vérité sur la monnaie émerge : Une fois qu'une marchandise est en quantité suffisante pour être adoptée comme monnaie, il n'y a pas besoin de davantage de monnaie. Toute quantité de monnaie est optimale. Une fois qu'une monnaie est établie, une augmentation de son offre ne permet aucun bénéfice social". Murray Rothbard - The case against the fed.

"Les services que rend la monnaie sont fonction du niveau de son pouvoir d'achat. Personne ne désire avoir comme encaisse un certain nombre de pièces de monnaie ou un poids de monnaie déterminé ; l'on désire avoir en caisse un montant déterminé de pouvoir d'achat. Comme le fonctionnement du marché tend à porter le pouvoir d'achat de la monnaie, dans son état final, à un degré où la demande et l'offre de monnaie coïncident, il ne peut jamais y avoir excès ou manque de monnaie. Tout individu, et tous les individus ensemble, bénéficient toujours des avantages qu'ils peuvent tirer de l'échange indirect et de l'emploi de la monnaie, que la quantité totale de monnaie soit grande ou petite."
Ludwing Von Mises - Action Humaine










[Docteur Knock.] : Bonjour, je suis docteur en économie, spécialiste en politique monétaire et je viens vous soigner.
[M Economie Libre avec monnaie saine] : Merci, mais pour quoi faire ? Je vais très bien.
[DrKnock] : Ahh ils disent tous ça. Vous êtes très malade. Vous êtes en déflation.
[MEcoLib] : Les prix baissent, mais la masse monétaire ne diminue pas.  Ce n'est pas de la déflation, c'est une baisse de prix générale. Ils baissent parce qu'il  y a plus de biens et non parce qu'il y a moins de monnaie.
[Dr Knock] : Peu importe vous êtes très malade. Et il faut vous soigner.
[M EcoLib] : Très malade parce qu'il y a davantage de biens moins chers ? Je veux rester malade comme ça.
[Dr Knock] : Vous niez la réalité, c'est encore plus grave que ce que je pensais. D'abord la baisse des prix, c'est aussi la baisse des salaires.
[M EcoLib] : Oui la baisse des salaires nominaux. Pas celui du pouvoir d'achat. Puisque les prix baissent et qu'il y a davantage de biens. Il faut mieux gagner 100 euros avec un caddie qui coûte 70 que gagner 200 euros avec le même caddie coûtant 210.
[Dr Knock] : Psychologiquement la souffrance de gagner moins est tout de même là. En plus les salaires sont difficiles à baisser ou à garder constants.
[Dr Ecolib] : Psychologiquement c'est encore plus dur de voir son pouvoir d'achat baisser ou de devoir négocier à la hausse son salaire uniquement pour couvrir l'inflation.
[Dr Knock] : Bon vous êtes trop gravement atteint pour être lucide. Heureusement que je suis là. Je connais votre intérêt mieux que vous. Je vais en parler à l'Etat pour qu'il vous fasse prendre de force mon remède magique : l'inflation monétaire.
[M EcoLib] : C'est pas un remède, c'est un poison ! Charlatan.
[Dr Knock] : Restez courtois, pensez aux banques et aux Etats qui se sacrifient pour votre bien en utilisant la nouvelle monnaie. Et puisque vous êtes désormais mon patient, je préfère que vous m'appeliez "Monsieur le Directeur de la banque centrale."


v   La monnaie - page 16

La déflation


Les inflationnistes affirment deux choses pour justifier leurs vilaines petites habitudes.

D'une part, sans inflation, les consommateurs auraient tendance à refréner leur consommation indéfiniment puisque chaque jour qui passe rendrait les articles moins chers.
Manifestement les inflationnistes n'ont pas de téléphones portables, d'ordinateurs ou de GPS. Alors comment font-ils pour avoir autant d'influence ?

En fait, ils font comme tous les consommateurs rationnels : lorsqu'ils ont besoin/envie d'un article aujourd'hui, qu'ils peuvent se payer, ils l'achètent. Incroyable. Bien sûr, ils ne vont pas acheter à l'avance des biens dont le prix diminue, mais là aussi c'est ce que font déjà les consommateurs. C'est assez rare de s'acheter un ordinateur et des jeux vidéos un an à l'avance.

D'autre part, selon les inflationnistes, les entrepreneurs ne pourraient plus faire de profits puisque les prix seraient en perpétuelle chute libre.

Voui, sauf que les coûts de l'entrepreneur vont aussi diminuer. Ce qui intéresse l'entrepreneur dans son calcul économique, ce n'est pas tant les recettes. C'est le bénéfice. La différence entre les coûts et les recettes.
Si ces coûts et les recettes diminuent en parallèle pour donner un même bénéfice cela ne change rien à sa décision ou non d'entreprendre. Ce qui les ennuie ce sont les distorsions imprévisibles dues à des décisions politiques ou technocratiques.

L'inflation ne nous protège donc pas d'un désert glacé où les consommateurs ne consommeraient plus et où les producteurs ne produiraient plus. Ce désert n'existe pas. Et il n'a jamais existé. C'est un mythe repoussoir inventé par les inflationnistes.

"L'afflux continu de monnaie fiduciaire rend les puissants et les riches plus puissants et riches que s'ils dépendaient d'échanges volontaires avec de leur co-citoyens. Et parce que cela protège l'élite politique et économique de la compétition venant du reste de la société, l'inflation est un frein à la mobilité sociale. Le riche reste riche plus longtemps et le pauvre reste pauvre plus longtemps qu'il ne le resterait dans une société libre".

JG Hulsmann - Deflation and liberty.








GRAND JEU DE L'ETE


Parmi les cinq phénomènes ci-dessous, il y en a un qui n'est ni naturel ni immuable (et dont on peut très bien se passer).

Saurez-vous deviner lequel ?

a)    Les levers de soleil
b)    La houle des océans
c)    La hausse des prix continuelle
d)    Le cycle de la lune
e)    La course nocturne de l'étoile du berger.

Si vous pensez que l'intrus est la course nocturne de l'étoile, la houle, le soleil ou la lune, vous êtes sans doute un économiste keynésien. 

Ce n'est pas grave, c'est parce que vous avez écouté votre prof d'économie au lycée ou à l'université au lieu de draguer la petite mignonne ou le petit mignon assis à côté de vous. 

N'ayez pas peur rien n'est perdu : des petites mignonnes et mignons vous en croiserez d'autres, et pour l'économie, il n'est jamais trop tard pour lire des bons économistes : Bastiat, Mises, Hayek et Rothbard.
Pour en revenir à l'intrus, la hausse des prix n'est pas comme le soleil ou la lune, même si nous sommes totalement conditionnés à la considérer comme une évidence.

C'est devenu un dallage invisible naturel. Les prix augmentent parce qu'ils augmentent, c'est comme ça. 1, 2 % parfois plus..
Tous nos réflexes, nos intuitions de consommateurs, de producteurs comme d'investisseurs sont basés sur ce postulat. Les prix augmentent.

Mais si la disparition des levers de soleil serait vite considérée comme une catastrophe, on pourrait facilement se passer d'une hausse continuelle des prix.
Si les prix baissaient, ce qu'ils devraient souvent faire avec une monnaie saine, nous nous habituerions très vite à ce nouvel environnement.
Et nous nous en porterions beaucoup mieux : nous n'aurions plus à payer un impôt à ceux qui encaissent la différence entre la hausse des prix due à l'inflation et la baisse des prix naturelle due à l'augmentation de la productivité.

Les Etats et les banques, les deux grands créateurs de monnaie, sont les deux bénéficiaires de l'inflation. Ils sont bien les seuls.


v   La monnaie - page 17

Le certificat de monnaie

 

Les pièces de bronze ou d'or, c'est bien, c'est joli mais c'est tout de même compliqué à transporter.

Plutôt que de s'amuser à les transporter ou à les cacher chez eux, nos ancêtres inventifs ont eu l'idée de confier les pièces d'or et d'argent à quelqu'un digne de confiance en échange d'un bout de papier certifiant de la possession d'une certaine quantité d'or ou d'argent.

Ce certificat permettant de réclamer sur l'heure la monnaie confiée à ce quelqu'un digne de confiance est un certificat de monnaie.


Lorsque la banque ou le gouvernement est honnête, les certificats de monnaie -un billet ou un chèque- ont le même rôle et les mêmes vertus que la monnaie puisque la monnaie dont ils certifient l'existence -l'or ou l'argent- existe réellement et reste dans un coffre.

Une monnaie saine peut parfaitement circuler sous forme de billets ou de jeux d'écriture comptable.


 

"Si le débiteur — le gouvernement ou une banque — conserve en regard du volume total des substituts monétaires une réserve à 100 % de monnaie réelle, nous appelons ce substitut monétaire un certificat de monnaie. Chaque certificat de monnaie est — sinon légalement, du moins toujours au sens catallactique — la représentation d'un montant correspondant de monnaie en réserve."
Ludwing Von Mises - Action Humaine










Marco Polo revient avec un récit enthousiaste pour une invention que les Chinois ont fait au VII ème siècle de notre ère : le billet de banque.

Il faut dire que forcément, sans l'imprimerie, les Européens auraient eu du mal à en faire autant.

Les transactions des Européens se font encore en monnaie sonnante et trébuchante même si quelques cas isolés de 'billets' en cuir ont existé.

En 1112, le Doge Michieli conduit le siège de Tyre pour le compte de Venise. Comme il manque de monnaie pour les payer, ses troupes semblent plutôt prêtes à rentrer à la maison. Pour ne pas rester tout seul face aux remparts ce qui aurait fait rigoler les assiégés, il paie alors ses troupes en morceaux de cuir avec le sceau de sa famille et une promesse de rembourser le montant de retour à la cité laguste. Ca marche.

C'est aux banques italiennes ou hollandaises que revient l'honneur d'avoir diffusé massivement les premiers certificats de monnaie imprimés sur du papier. Il s'agit dans un premier temps de monnaie saine, c'est-à-dire que les certificats représentent bel et bien une quantité d'or réellement existante et stockée dans leurs coffres.

Mais "pas vu, pas pris", ce sont aussi les banques qui ont les premières diffusé de la monnaie fiduciaire, c'est-à-dire des billets stipulant l'existence d'une marchandise dans leur coffre (des pièces d'or) qui n'existe pas et qui n'a jamais existé. Une fraude et une tromperie.


v   La monnaie - page 18
Le certificat de monnaie 2


Par abus de langage, et parce que l'Etat et les banques y avaient tout intérêt, on a finit par confondre la monnaie (l'or, l'argent) avec les certificats de monnaie (les billets, les chèques certifiant l'existence de l'or et de l'argent).

Et puis, un jour les Etats ont déclaré que les certificats de monnaie, ne certifiaient plus rien du tout. Abracadabra, les certificats de monnaie sont de la monnaie.. et l'or et l'argent ne sont que des reliques barbares qu'il est interdit d'utiliser comme monnaie. Le tour de passe-passe du siècle.

Un ticket pour un spectacle est un ticket pour un spectacle parce que le spectacle existe réellement et qu'il y a réellement un fauteuil réservé par ce ticket. Si ce n'est pas le cas, il ne s'agit pas d'un ticket pour un spectacle -même si c'est marqué dessus- mais d'un bout de papier sans valeur.

De même un certificat de monnaie est un certificat de monnaie parce qu'il existe réellement dans un coffre de l'or ou de l'argent 'réservé' par ce certificat de monnaie. Sinon ce n'est pas un certificat de monnaie, c'est un bout de papier sans valeur (dont personne ne voudrait sauf lorsqu'un Etat force des millions de personnes à l'accepter).


"Les caractères techniques et légaux des substituts de monnaie ne sont pas du ressort de la catallactique. Un substitut monétaire peut être concrétisé par un billet de banque, ou un dépôt à vue auprès d'une banque honorant les chèques (monnaie — chèques ou monnaie bancaire), pourvu que la banque soit en mesure d'échanger à vue et sans frais le billet contre la monnaie vraie. Les jetons sont aussi des substituts de la monnaie, pourvu que le porteur soit en mesure de les échanger à volonté, sans frais ni délai, contre de la monnaie. Pour réaliser cela, il n'est pas nécessaire que le gouvernement soit obligé par la loi de les racheter.
Ce qui importe est que ces signes soient réellement échangeables sans frais ni délai. Si le montant total des jetons mis en circulation est maintenu dans des limites raisonnables, le gouvernement n'a pas à prendre de mesure spéciale pour maintenir leur valeur d'échange au pair de leur valeur faciale. La demande du public pour de la monnaie divisionnaire donne à tout un chacun l'occasion de les échanger contre des pièces de monnaie. L'important est que tout porteur de substituts monétaires soit absolument certain de pouvoir, à tout instant et sans frais, les échanger contre de la monnaie."
Ludwig Von Mises - Action Humaine





Sur l'île de Steak-Frite, l'économie se porte pour le mieux. Les pichets de rouge se vident rapidement, aussi vite que les assiettes de steak-frites.

Cette opulence est bien sûr due à une monnaie saine dans une économie libre.

Malheureusement la monnaie locale, le trombonne commence à montrer certaines de ses limites : il rouille.
Des unités de monnaie sont donc dépréciées ce qui est tout de même rageant pour ceux qui les ont gagnées à la sueur de leur front.

De plus, stocker les trombonnes, c'est compliqué. Il y a d'ailleurs trop de cachettes au trésor sur l'île de Steak-Frite, certains champs sont de vraies taupinières à trombonnes. Ca devient infernal pour cultiver les patates.

Bref, il y a clairement besoin d'un nouveau métier sur l'île de Steak-Frite : gardien de trombonnes.
Un honnête homme s'y colle. Il garde donc dans sa caverne les trombonnes de tous les habitants de l'île.

Et pour que chacun retrouve son bien, il donne en échange un morceau d'écorce pyrogravé avec un dessin compliqué : un certificat de trombonne.


v      La monnaie - page 19 

La monnaie fiduciaire


Les certificats de monnaie sont donc une invention utile et bénéfique.

C'est aussi un appel au crime pour tous les faux monnayeurs.

Faire des fausses pièces d'or de 20 gr, c'est possible en trafiquant leur teneur ou leur poids, mais c'est tout de même compliqué. Et puis la fraude est facilement détectable : une balance et un appareillage d'analyse simple permettent de facilement déterminer si la pièce d'or de 20 gr est bien en or et pèse bien 20 gr.

En revanche, fabriquer un faux certificat de 20 gr d'or est aussi simple que d'appuyer sur le bouton d'une presse à imprimer. De plus la fraude est indétectable sauf à perquisitionner le coffre de l'émetteur du certificat et à le comparer avec le nombre de certificats émis (si le faux monnayeurs en a gardé une trace..)

Si le quelqu'un digne de confiance n'est pas digne de confiance, il peut être tenté d'émettre plus de certificats de monnaie qu'il n'a vraiment de monnaie dans ses coffres.

Cela veut dire qu'une partie des certificats de monnaie en circulation ne garantit plus l'existence de monnaie disponible sur demande. Ce sont des faux certificats de monnaie.

 

"Si la réserve de monnaie conservée par le débiteur en regard des substituts monétaires demeure inférieure au montant total des certificats de monnaie, nous appelons cet excédent de certificats par rapport à la réserve, moyens fiduciaires. En règle générale, il n'est pas possible de vérifier si un certain spécimen de substitut monétaire est un certificat de monnaie ou un instrument fiduciaire. Une partie du montant total des substituts monétaires en circulation est d'habitude couverte par la réserve de monnaie conservée. 
Ainsi, une part du montant total des substituts monétaires en circulation consiste en certificats de monnaie, le reste étant des instruments fiduciaires. Mais ce fait ne peut être mesuré par que ceux qui sont familiers avec les bilans bancaires. Le billet de banque, le dépôt ou le jeton de monnaie divisionnaire ne renseigne pas sur son caractère catallactique."

Ludwing Von Mises - Action Humaine






Naturellement comme les trombonnes sont des biens interchangeables, le propriétaire n'exige jamais de retrouver exactement ses trombonnes. Il veut seulement la même quantité de trombonnes qu'il a déposé.
Notre honnête banquier les mélange donc tous dans la même amphore et lorsqu'un déposant se présente avec son certificat de trombonne, il puisse dans sa réserve.

Le fait que les trombonnes soient mélangés ne signifie en rien que le déposant a abandonné sa propriété sur les trombonnes Ces derniers lui appartiennent toujours à lui et à lui seul comme s'ils étaient dans sa poche. Personne d'autre que lui ne peut en disposer, en particulier le gardien de trombonnes.

Les certificats de trombonnes se généralisent et  finissent par être échangés directement lors des achats. Pourquoi se donner la peine d'aller jusqu'à la caverne du gardien de trombonnes, sortir X trombonnes puis les remettre immédiatement sur un autre compte ? 

Autant se contenter d'échanger un certificat de 10 trombones. De toutes manières, les naufragés savent que sur simple présentation du certificat, ils récupéreront leur trombonnes.

Le fait que les certificats circulent à la place des trombonnes ne signifie en rien que la monnaie soit devenue malsaine. C'est une innovation technologique utile qui ne change rien à la nature de la monnaie sur l'Ile de Steak-Frite.


v   La monnaie - page 20 
La monnaie fiduciaire 2

En termes polis, les faux certificats de monnaie, cela s'appelle la monnaie fiduciaire.

Le monnaie fiduciaire est aujourd'hui omniprésente dans l'économie comme dans la finance.

C'est bizarre. Les certificats de monnaie sont supérieurs en tout point à la monnaie fiduciaire. Pourquoi est-ce que ce sont ces derniers qui se sont imposés ? Sans doute la faute à pas de chance. Rien à voir avec le fait que la monnaie fiduciaire est un immense avantage pour les banques et l'Etat au détriment de la population.

D'ailleurs, l'inflation et les bulles financières explosant en récession, c'est aussi la faute à pas de chance.

"Pas de chance", c'est l'autre de nom de l'Etat en matière monétaire. Mais il préfère Etat-Providence, c'est plus classe qu'Etat-Pas-De-chance. La com' politique c'est quelque chose tout de même.

"En un mot, la monnaie-papier constitue l'instrument le plus important pour la promotion et le maintien d'intérêts privilégiés, donc presque toujours d'intérêts établis. La monnaie-papier rend les riches plus riches et les puissants plus puissants qu'ils ne pourraient l'être en ne comptant que sur la coopération volontaire de leurs concitoyens. Elle donne à l'Etat la manne grâce à laquelle il peut continuer à croître aux dépens de ses sujets."

J.G. Hulsmann - Epilogue de "Etat, qu'as-tu fait de notre monnaie ?"


"Les banques de dépôt ont commencé comme des institutions totalement différentes des banques de prêts. Il est malheureux que le même nom "banque", ait été utilisé pour désigner les deux. Si une banque de prêt est une institution utilisée pour transformer l'épargne en des prêts productifs contre versements de taux intérêt, les banques de dépôts sont apparues pour offrir des services aux possesseurs d'or ou d'argent. Les possesseurs d'or qui ne souhaitaient pas conserver leur or chez eux par crainte d'un risque de vol préféraient stocker cet or dans un coffre-fort. Les banques de dépôts fonctionnaient comme des coffres-forts."
Murray Rothbard -
Mystery of banking.




Sur île de Steak Frite toute va bien, mais ça pourrait aller encore mieux.
Certains naufragés ont économisé une certaine quantité de trombonnes dont ils n'ont pas besoin immédiatement.


A contrario d'autres ont besoin maintenant de trombonnes soit pour consommer (steak, frite, beaujolais) soit pour améliorer leur outil de travail (étable, bêche, pressoir).

Les premiers peuvent donc louer aux seconds leurs trombonnes durant une période donnée. 

Ainsi tout le monde est content : les premiers peuvent gagner quelques trombonnes intérêt, les seconds ne sont pas obligés d'attendre d'avoir assez épargné pour consommer ou investir.

Le problème c'est que l'île est petite, mais il y a tout de même beaucoup de naufragés. Pour qu'un naufragé qui a des économies de trombonnes et un naufragé qui a un besoin de trombonnes se rencontrent, il faut beaucoup de chance.

Un nouveau métier est donc nécessaire sur l'île de Steak-Frite-Beaujolais : intermédiaire entre prêteur et emprunteur.

L'intermédiaire collecte les trombonnes des préteurs puis les prête à ceux qui en ont besoin en se servant une marge au passage. Prêteur et emprunteur n'ont pas besoin de se chercher au hasard sur l'île, ils vont voir l'intermédiaire.

v   La monnaie - page 21

Les banques

Les banques sont des entreprises indispensables pour le fonctionnement d'une économie libérale. Lorsqu'elles font honnêtement leur métier, elles permettent la création de richesses qui n'aurait pas pu avoir lieu sans elles et ils est normal qu'elles en dégagent des profits partagés avec leur meilleurs salariés.


Cela étant pour les libéraux de l'Ecole autrichienne, les banques font deux métiers distincts qui devraient être clairement compartimentés :

- une fonction de dépôt, c'est-à-dire un lieu où l'on peut déposer en sécurité certaines marchandises (en l'occurrence de la monnaie).
- une fonction de location, c'est-à-dire un lieu où l'on peut louer -contre paiement- une marchandise (l'or en l'occurrence) dont on a besoin pour un délai déterminé.

Ces deux métiers, tout les deux honorables et indispensables pour la prospérité générale, en étant confondus donnent lieu à des pratiques à la fois immorales, frauduleuses et gravement destabilisatrices pour l'économie.

Ce mélange des genres et la pratique qui en découle (la réserve fractionnaire), ont d'abord été fait en cachette lors du développement des banques et des certificats de monnaie. 

Cette pratique a ensuite été légalisée, (en parallèle de l'abandon de l'étalon-or, une catastrophe n'arrivant jamais seule), au prix de polémiques violentes au cours XIX ème siècle et au début du XX ème siècle.



"… Le principe légal gouvernant les contrats de dépôts a été corrompu au fil du temps, principalement à cause de la tentation ressentie par les premiers banquiers d'utiliser l'argent de leur déposant à leur propre profit.
L'intervention de l'establishment politique a aussi joué un rôle important. Cherchant à sécuriser toujours davantage de ressources financière, les autorités politiques se sont tournées vers les banquiers gardiens des dépôts des autres et ont tenté d'exploiter ces fonds, accordant aux banquiers toutes sortes de privilèges, en particulier l'autorisation d'utiliser l'argent des dépôts à leur propres profits. (à condition évidemment qu'une partie conséquente de ces fonds soit prêtée aux hommes politiques eux-mêmes.)"
Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles










L'intermédiaire donne au préteur un certificat stipulant qu'il doit lui rendre les trombonnes prêtés à une date donnée. Puis il confie les trombonnes à l'emprunteur.

Cette opération n'augmente en rien le quantité de trombonnes dans l'île. Le prêteur ne dispose plus des trombonnes qu'il a prêté à l'intermédiaire.

Le certificat qu'il a obtenu, n'est pas un certificat de trombonnes permettant de disposer sur demande des trombonnes comme un certificat de monnaie, mais un certificat de crédit. C'est-à-dire un certificat permettant de re-disposer des trombonnes à une date future.

Le certicat de monnaie et le certificat de crédit sont deux choses bien distinctes. Dans le premier cas, c'est exactement comme de la monnaie : on peut en disposer à volonté, dans le second cas, il faut attendre que le crédit soit terminé pour re-disposer de la monnaie.


v   La monnaie - page 22 

Mutuum et depositum


Chez les romains deux types de contrats distincts régissent les services qu'offrent les antiquo-banquiers.

Le mutuum qui permet de prêter une quantité de biens fongibles. L'argent, le blé ou le sel.

L'emprunteur doit rendre une quantité égale de biens de la même espèce et de la même qualité à une date convenue à l'avance avec un intérêt. 
C'est l'opération qu'un épargnant peut faire en prêtant de l'argent à un banquier contre un intérêt. Pendant que l'argent est prêté au banquier, l'épargnant ne peux plus en disposer.

De plus, si la banque fait faillite pendant la période d'emprunt, l'épargnant n'aura plus que ses yeux pour pleurer et fera la queue parmi les autres créditeurs pour essayer de récupérer son bien.



"L'émission de certificats de monnaie n'accroît pas les fonds que la banque peut employer pour ses opérations de prêts. Une banque qui n'émet pas d'instruments fiduciaires ne peut accorder que du crédit-réel, elle ne peut prêter que ses propres fonds et le montant de monnaie que lui ont confié ses clients.
L'émission d'instruments fiduciaires augmente les fonds dont dispose la banque pour prêter au-delà de ces limites. Elle peut maintenant accorder non seulement du crédit-réel, mais aussi du crédit de circulation, c'est-à-dire du crédit au moyen de l'émission d'instruments fiduciaires."

Ludwing Von Mises - Action Humaine

"…/… Les banques sont bel et bien privilégiées par le gouvernement, autorisées à augmenter la masse monétaire, et ainsi mettre en marche deux grandes agressions contre le public : un boom inflationniste disloquant l'appareil productif et les investissements, volant l'épargne des classes moyennes suivi par une douloureuse contraction rendue inévitable pour corriger les distorsions induites pour le boom. Tout ceci pour être justement attribué au système de la réserve fractionnaire chapeauté par la banque centrale."
Murray Rothbard - An autrian perspective on the history of economic thought


"Comme pour le faux-monnayage, tous les propriétaires, tous les épargnants sont expropriés et victimes du faux-monnayeurs.
Dans le cas de la [réserve fractionnaire], l'effet des agissements du banquier ne sera pas seulement une hausse des prix et une redistribution de l'argent et des revenus mais aussi des cycles ruineux de booms et de récession générés par les expansions et les contractions du faux crédit bancaire."
 Murray Rothbard - The case against the fed.










Sur l'île de Steak-Frite, un danger menace l'économie libre et la monnaie saine, un danger sournoisement niché au cœur d'une belle histoire d'amour.

Le loueur de trombonnes est en effet tombé amoureux de la gardienne de trombonne Cette dernière n'est pas insensible au charme de son courtisan.

Bref, après la parade amoureuse d'usage, les deux tourtereaux convolent en juste noce.

Et fusionnent leur activité.

Dans la caverne, de Monsieur Gardien et Madame loueur de trombonnes, il y a encore deux amphores distinctes, une contenant les trombonnes qui sont déposés pour être gardés (il y en a 250 trombonnes), l'autre qui contient les trombonnes qui sont destinés à être prêtés (il y en a 100).

Les amants maudits ont alors une idée géniale. Pourquoi ne pas prêter aussi les trombonnes qui sont dans l'amphore des dépôts ?
Personne ne s'en rendra compte, les déposants ne réclament pas leur dépôts en même temps.

Les Bonnie and Clyde du trombonne commencent donc leur activité. Et ça marche du tonnerre.

Avec seulement 100 trombonnes dans l'amphore à prêt, ils prêtent 200 trombonnes sous forme de certificats de trombonnes. Et si jamais quelqu'un vient réclamer les trombonnes représentés par ces faux certificats de trombonnes, ils se serviront ni vu ni connu dans l'amphore des dépôts. 

Oui, sauf que les trombonnes de l'amphore de dépot sont déjà présent dans l'économie de l'ile sous la forme des certificats de trombonnes que les banquiers ont remis aux déposants lors du dépot.

En prêtant des certificats de trombonnes basés sur les trombonnes de l'amphore de dépot, ils emettent donc une deuxième fois des certificats pour les mêmes trombonnes.


v   La monnaie - page 23 
Le depositum


Le depositum est un contrat où une personne confie à la garde d'une autre un bien pour qu'il le protège. Le bien  doit être retourné à n'importe quel moment sur demande.
Pour des biens fongibles, le gardien peut mélanger les biens confiés à d'autres. Mais ses obligations restent les mêmes : rendre à n'importe quel moment les biens confiés.

Le gardien a donc l'obligation de conserver très strictement dans ses coffres la quantité de bien qu'on lui a confié.
De plus le bien continue d'appartenir au déposant. Si le gardien fait faillite, le bien déposé ne peut pas être saisi, il doit être restitué au déposant sans plus de formalité.
Ainsi si une banque de dépôt fait faillite, ses déposants doivent pouvoir récupérer leur argent immédiatement.

Par contre, comme il s'agit d'un service que le gardien effectue pour le déposant, c'est le déposant qui paie le gardien durant la période du dépôt.

Mutuum et depositum même s'ils ont tout les deux un nom rigolo s'appuient donc sur des bases, un principe et un objectif clairement différents : gardiennage d'un côté, location d'un autre côté.

Malheureusement, les banques modernes avec la complicité active des Etats ont le droit de mélanger ces deux opérations, pour leur plus grand bénéfice et notre plus grand malheur. 

« Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable (...) à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents » 
Maurice Allais, Prix Nobel d'Economie 1988






C'est l'argent  facile ! Les bonnie and Clyde du trombonne facturent des taux intérêt en louant ce qui ne leur appartient pas ! Pas compliqué dans ces conditions de s'octroyer des gros bonus.
Par contre pour leur co-naufragés, cette initiative est moins rose : les 100 faux certificats de trombonnes ont simplement dilué le pouvoir d'achat des certificats de trombonnes déjà en circulation.

Ce que devait arriver, arrive. L'île connait à nouveau une hausse des prix générale.
Les honnêtes cultivateurs de patates et les honnêtes éleveurs payent tous une taxe invisible au profit du couple de fraudeurs.

Mais le pire reste à venir. Un naufragé calcule qu'il y a forcément un problème avec les certificats de trombonnes, tous ne peuvent pas représenter réellement des trombonnes. 

C'est la panique ! Tous les porteurs de certificats de trombonnes se présentent à la Banque. Et naturellement les escrocs sont vite démasqués.

Des disputes interminables entre naufragés ont lieu : quels sont les certificats de trombonnes qui représentent vraiment des trombonnes et quels sont les faux certificats ? Parce que les faux certificats prêtés par les escrocs ont circulé aussi dans l'économie et leur nouveaux propriétaires les ont légitimement obtenus en échange de leur travail...

Une crise violente a donc lieu dans l'île de Steak-Frite. Une crise violente due aux banquiers..

Au milieu de ce désastre, une consolation : sur l'île de Steak-Frite, la justice fonctionne correctement. Et zou, 5 ans de corvée de patate pour les banquiers escrocs !  




v   La monnaie - page 24

Le dépôt et le prêt


La différence entre :

- d'une part prêter de l'argent à votre banque pour qu'elle l'utilise en le reprêtant. 

-d'autre part déposer de l'argent pour qu'elle le garde (et en vous vendant un certain nombre de services, chéquier, carte bleue, site internet) 

est cruciale.

Dans le premier cas, c'est un prêt à votre banque. Il y a transfert temporaire de la propriété. Pendant que la banque utilise vos fonds pour ses placements, l'usage de vos fonds lui appartient exclusivement.

Dans la second cas, le dépôt, il n'y a pas de transfert de propriété. Votre argent continue de vous appartenir, à vous et à vous seul. Simplement au lieu de le garder sous votre matelas, vous l'avez confié à un professionnel de gardiennage.

Cette dichotomie se retrouve d'un point de vue économique.

Dans le premier cas, vous renoncez à l'usage d'une ressource pour que quelqu'un d'autre l'utilise pendant une durée déterminée.
Dans le second cas, cette ressource continue d'être la votre, à votre entière disposition. Seule sa forme change.

En faisant croire à deux personnes différentes qu'elles ont l'usage exclusif d'une même ressource, la banque trompe les acteurs sur la quantité d'une ressource disponible et fausse les calculs économiques.

S'il y a plusieurs moyens de produire un même bien, et que l'une des méthodes coûte moins cher parce que l'une des ressources est moins chère, les producteurs vont naturellement s'orienter vers cette méthode de production.
En trompant les producteurs sur la profusion réelle d'une ressource (la monnaie en l'occurence), les banquiers favorisent des méthodes de production qui ne sont pas les plus efficaces économiquement. Cela appauvrit la société dans sa totalité et cela provoque cycliquement des crises économiques violentes lorsque les producteurs réalisent qu'ils ont fait des investissements inutiles ou non optimum.

"Le prêt, dans un sens économique, signifie l'échange d'un bien ou d'un service présent contre un bien futur ou un service futur. Il est alors difficile d'inclure les [dépôts] sous la conception de crédit. Le déposant d'une somme d'argent qui obtient un certificat  convertible en argent à n'importe quel moment pourra obtenir de ce certificat les mêmes services que la somme d'argent elle-même. Le dépôt de l'argent ne signifie en aucune manière qu'il a renoncé à l'usage immédiat de cet argent."
 Ludwing Von Mises - Theory of Money and credit.


"En résumé, quelque soit l'angle [légal] sous lequel vous le considérez, un dépôt ne peut pas être équivalent à un prêt à la banque. Les deux sont par leur essence incompatibles et l'existence du système de réserve fractionnaire, malgré qu'il soit un "monstre" ou une "aberration légale" ne doit son existence qu'au fait qu'il a été toléré puis légalisé par le pouvoir politique. Quoi qu'il en soit, le fait que ce monstre légal joue un rôle dans les interactions humaines produit inévitablement des dommages économiques et engendre des conséquences sociales"
 Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles









 393 Avant JC. Isocrate est un avocat médiatique à la mode. Il est sur un gros coup : la défense d'un ami du Satyrus, roi du Bosphore.


Pour bien se faire mousser autour d'une affaire juteuse, les avocats médiatiques du XXIème siècle comme celui du Véme siècle avant JC sont d'accord sur un point : il vaut mieux compter sur soi-même. Isocrate publie donc ses plaidoiries dont certains fragments nous sont par chance parvenus.

Le fils accuse Passio, un banquier Athénien, de s'être approprié un dépôt à son profit.

Lorsque le client d'Isocrate est venu chercher son dépôt, le banquier a admis ne pas avoir les fonds pour restituer ce dépôt immédiatement. La victime raconte :
"Après avoir couvert sa tête, pleuré, il me déclara qu'il avait été forcé par les difficultés économiques de me dénier l'accès à mon dépôt, mais il me demanda d'avoir pitié de lui et de garder sa pauvre situation secrète, pour qu'on ne découvre pas qu'il avait commis une fraude."

Ce témoignage de la victime est renforcé par le comportement de l'accusé qui sonne comme comme un aveu de culpabilité :
Passio refuse de confier un esclave à la justice pour que celui-ci soit interrogé sous la torture.

Il y a trois leçons à tirer de ces fragments :
 - Dans la Grèce antique, utiliser un dépôt confié par un client pour son usage propre est une fraude.
 - Même pris la main dans le pot de confiture, les banquiers ont toujours été des grands cachottiers sur leurs pratiques.
 - La police scientifique en -509 avait des méthodes rendant difficile l'identification du public avec le héros d'une série "Les experts - Athenea Vème siècle avec JC-"


v   La monnaie - page 25 

Le dépôt et le prêt 2



Lorsqu'un déposant effectue un dépôt, l'argent du dépôt lui appartient donc toujours exactement comme s'il s'agissait d'argent liquide.


Si ce déposant est une entreprise, elle peut déclarer cette somme comme faisant partie de sa trésorerie.

Mais la banque (comme toutes les banques aujourd'hui), au lieu de garder ce dépôt dans ses coffres, le prête à une autre entreprise. Cette deuxième entreprise peut elle aussi disposer de cet argent comme de la trésorerie et le mettre sur un compte courant.

Une même somme d'argent se retrouve donc sur deux trésoreries en même temps et deux bilans comptables en même temps.

Si ce n'était pas une banque à l'origine d'un telle bizarrerie, mais des particuliers ou une autre entreprise, cela vaudrait aux magouilleurs responsables de cet argent dédoublé de sérieux ennuis avec la justice.

Mais bon, c'est une banque alors c'est légal.

"[Ces banques], comme toutes les banques importantes du Moyen Age, ont constamment suivi le schéma de la Grèce antique ou de Rome : les banques respectaient initialement les principes légaux traditionnels trouvés dans le corpus juris civilis : elles opéraient avec 100% de réserve ce qui garantissait la bonne conservation [du dépôt] et sa constante disponibilité pour le déposant. Puis graduellement, à cause de la cupidité des banquiers et de la complicité des chefs d'Etat, ces principes ont été violés et le banquiers ont commencé à prêter de l'argent des dépôts, souvent de fait aux [Etats]." 
Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles


"…/… le fait que la réserve fractionnaire n'a pas été capable de survivre sans une banque centrale créée par le gouvernement, qui, en imposant son monopole sur la monnaie, en rendant obligatoire son acceptation [comme moyen de paiement] pouvait créer ex-nihilo les liquidités nécessaires pour répondre aux urgences. Seule une institution en conformité avec les principes généraux de l'économie livre peut survivre sans des privilèges et des aides de l'Etat .../... "

Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles







Du côté des Chrétiens antiques, cela commence très fort.

En 200 après JC, un esclave de Carpophorus a une idée géniale. Il fait partie d'une secte en pleine expansion et entre membres de sectes en pleine expansion, on se fait confiance. Il propose donc à ses frères de garder en sécurité leur monnaie chez lui. 

Ca marche du tonnerre. Mais Callistus utilise ces dépôts ainsi confié comme son argent de poche.

Il finit naturellement par être incapable de rendre à la demande les dépôts qu'on lui a confiés. L'affaire s'ébruite et la justice romaine sévit.

Il se retrouve donc aux travaux forcés dans les mines de Sardaigne malgré le pardon de ses frères chrétiens (la secte est en pleine expansion donc incite ses fidèles à des comportements excentriques : le pardon et l'amour).

Gracié par Marcia -elle-même chrétienne- mais surtout concubine de l'empereur Commodus, il se réinsère sans difficulté. Après quelques années, il devient ainsi le 17 ème pape de l'Eglise Romaine : Callistus I, (217-222 ap JC).

Cette carrière surprenante se terminera en apogée chrétienne. Il meurt en martyr jeté dans un puit par une foule de païens.



v   La monnaie - page 26 

La réserve fractionnaire

Le système dans lequel la banque ne garde dans ses coffres qu'une fraction de l'argent des dépôts (parce qu'elle a prêté le reste) s'appelle une réserve fractionnaire. Un autre nom pour fraude.

Cela signifie qu'elle a calculé que tous ses déposants ne réclamant pas leur monnaie au même moment, elle pouvait faire usage d'une partie des dépôts pour son propre intérêt sans risquer de se faire prendre.

Avec une fraction de l'ensemble des dépôts, elle peut faire face à une demande normale de déposants réclamant leurs dépôts.

Tout est dans le normalement.

Parce que dès que l'on sort un petit peu de la situation "normale", la réserve fractionnaire est si faible qu'immédiatement la banque se retrouve en banqueroute.

Ces banqueroutes étaient fréquentes au cours du XIXème siècle et au début du XX ème. Les images d'une foule paniquée réclamant son argent au guichet des banques sont une image d'Epinal de cette glorieuse période.

Aujourd'hui, les faillites sont rares, non grâce à la vertu des banques et encore moins grâce à une réglementation omniprésente, mais grâce à la caution sans limite des contribuables. Les banques centrales ou les Etats soutiennent en effet sans limite les banques privées en cas de défaillance potentielle.

Bénéfices privés, pertes publiques : c'est la solution trouvée par les banques et les étatistes pour garantir la stabilité du système. Dire que cette solution ne correspond pas à l'intêret général est un euphémisme.


"Ainsi il n'est pas surprenant que beaucoup d'efforts ont été faits pour justifier ce qui apparaît comme complètement injustifiable : qu'il est légitime, d'un point de vue des principes légaux, de s'approprier des fonds déposés pour être gardés en sécurité et émettre davantage de billets reçus que l'on possède de monnaie effectivement déposée. Malgré tout, les parties intéressées (les banquiers et les gouvernements) ont estimé si important de trouver une justification théorique plutôt que de simplement déclarer légal une pratique criminelle et frauduleuse .../... qu'aujourd'hui encore beaucoup de juristes cherchent à trouver une respectabilité légale sur cette procédure commune." 
Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles

"L'émission de pseudo-reçus, comme la contrefaçon de pièces, est un exemple d'inflation, laquelle sera plus étudiée ci-dessous. L'inflation peut être définie comme toute augmentation de l'offre de monnaie qui ne se compose pas d'une hausse dans le stock de métal monétaire. Les banques à réserve fractionnaire sont, par conséquent, fondamentalement des institutions inflationnistes."

Murray Rothbard - La monnaie et le gouvernement








John Law of Lauriston (1671-1729) est le papa de la monnaie fiduciaire. 

Et pour bien fêter la naissance de cet enfant prodigue, il est aussi au cœur de l'une des plus belles bulles de l'histoire économique. 

Ce n'est pas un hasard.

John Law commence par dilapider l'héritage familial dans les jeux, puis condamné à la peine de mort pour avoir tué en duel (en trichant) un mari trompé, il corrompt ses geôliers et s'enfuit sur le continent. Il erre pendant quelques années en Europe dans les salles de jeux où il brille de mille feux au point de devenir persona non grata à Venise et Gènes.

Avec un tel CV, il avait le profil pour s'occuper de la politique monétaire du Royaume de France et donner en très peu de temps un cas d'école sur les méfaits de la monnaie fiduciaire et de l'inflation monétaire.

Il convainc donc le prince régent Philippe d'Orléans d'un plan miraculeux pour s'enrichir à partir de rien. Ca plait beaucoup au Prince qui autorise John Law a créer sa banque.

La banque se dépêche d'imprimer une énorme quantité de billets créant une bulle artificielle. En 1718 la banque est nationalisée et devient la banque Royale... Pas pour devenir plus sage, mais pour encourager davantage la spéculation, en particulier celle pour la compagnie de la Lousiane ou d'Occident.

Cela se termine en 1720 par une immense crise. Une panique colossale et la ruine des clients de la banque royale.

Cette petite experience entraînera longtemps une méfiance du peuple français vis-à-vis de la monnaie-papier. D'autant qu'une piqûre de rappel viendra avec les assignats au moment de la Révolution.

Le paysan français voulait des pièces d'or sous un matelas, pas de la monnaie de singe émise par des filous bien peignés de la ville. Ahh cette sagesse rurale dont nous avons malheureusement perdu la mémoire.


v   La monnaie - page 26 

La réserve fractionnaire 2

Les gardiens de voitures, de blé, de maisons ou de vestiaires n'ont pas le droit d'utiliser les biens qu'on leur confie pour leur usage propre. Le gardien de monnaie, oui.

Lorsque vous garez votre voiture dans un parking privé, la voiture continue de vous appartenir.
Le gardien du parking ne peut pas l'utiliser à son propre usage. Il vous facture déjà un prix de gardiennage. Si quelques heures après l'avoir garée dans le parking, vous la voyez sur la voie publique conduite par un inconnu, vous pourrez porter plainte contre le gardien.

Par contre si vous déposez de l'argent en gardiennage chez une banque, elle peut en disposer comme bon lui semble. Elle peut l'utiliser pour acheter des prêts pourris américains, des emprunts russes ou des obligations françaises. Ce n'est plus le votre. C'est le sien, c'est comme ça.

Si le parking fait faillite pendant la nuit, le lendemain vous pouvez aller récupérer votre voiture le plus simplement du monde. Les huissiers ne s'y opposeront pas, c'est normal c'est votre voiture, pas celle du parking.

Avec les banques, ce n'est pas possible, vos dépôts lui appartiennent. Si elle fait faillite, vos dépôts sont perdus comme s'il s'agissait de l'argent de la banque.

Si par malchance lors de la faillite, le gardien a été malhonnête et votre voiture n'est plus là, le gardien est accusé de fraude et va en prison.

Lors d'une faillite, votre argent ne sera pas là. Mais c'est pas grave, le banquier ne peut pas faire (ou craint de ne pas pouvoir faire) face à ses engagements, il n'a aucun risque d'aller en prison. D'abord ce qu'il a fait, c'est légal. En plus, devant l'importance de la catastrophe, c'est l'Etat qui va  prendre en charge les engagements de la banque. La pression populaire d'épargnants ruinés sera trop forte.

C'est sympathique tout de même : vous êtes une entreprise privée et pour faire davantage de bénéfices vous vous mettez structurellement en situation de ne pas pouvoir faire face à vos engagements, et si les choses tournent mal, c'est l'Etat qui les prend en charge.

C'est sympathique, mais ce n'est pas du tout libéral. D'ailleurs ce n'est pas non plus sympathique.

"Le gardiennage honnête, celui pour lequel chaque certificat représente bien une marchandise conservée dans les coffres, peut être appelé "100% de réserve". Dans un autre cas, si le gardien émet des faux certificats, et que le grain stocké dans son dépôt est seulement une fraction des certificats émis, on peut dire qu'il s'est engagé dans un gardiennage à réserve fractionnaire. Qu'il soit bien clair que "réserve fractionnaire" est seulement un euphémisme pour dire fraude et escroquerie".
The case against the Fed - Murray Rothbard


"Si les gouvernants n'étaient jamais intervenus pour favoriser des banques particulières, s'ils n'avaient jamais relevé certaines banques de l'obligation, incombant à tout individu et toute firme dans une économie de marché, de régler leurs dettes en conformité entière avec les termes du contrat, il n'y aurait eu aucun problème de la banque.
Les limites qui sont tracées à l'expansion de crédit auraient été efficaces. Le souci de sa propre solvabilité aurait forcé chaque banque à borner avec précaution l'émission d'instruments fiduciaires. Celles des banques qui n'auraient pas observé les règles indispensables auraient fait banqueroute, et le public, instruit par le dommage subi, serait devenu doublement méfiant et réservé."

Action Humaine - Ludwig Von Mises







Immeuble où fut fondée la banque d'Amsterdam


Dans le port d'Amsterdam, il n'y a pas que des marins qui chantent, il y a aussi eu une banque. Et une banque honnête.


1609. Fondation de la banque d'Amsterdam. Et elle part sur des bases saines. Elle garde vraiment dans ses coffres l'or qui lui est confié. Il n'y a pas de réserve fractionnaire. Les certificats de dépôt qu'elle émet inspirent à juste titre une confiance identique à l'or lui-même.

Ce qui ne empêche pas de faire des profits : elle facture tout simplement à ses clients le coût du gardiennage.

Sa réserve de 100% la met à l'abri de la banqueroute. En 1672, une panique se propage au pays de la tulipe. Le roi de France marche sur la grande ville du Sud : Urtrech.
Les déposants veulent récupérer leurs fonds avant l'invasion (qui n'aura finalement pas lieu). Presque toutes les banques de Hollande, en réserve fractionnaire, sont obligées de suspendre leur paiement pour éviter la banqueroute.
Toutes les banques sauf une : la banque d'Amsterdam. Avec ses 100% de réserve, elle peut tenir ses engagements même dans des circonstances extrêmes.

L'honnêteté cela paie : sa réputation d'intégrité lui apporte davantage de clients et elle est citée avec respect dans des ouvrages d'économistes : Adam Smith et David Hume.

Malheureusement avec l'âge -et les encouragements de l'Etat Hollandais- elle sombre aussi du côté obscur de la force.
En 1780 lors de la quatrième guerre anglo-hollandaise, elle abandonne ses principes et sa réserve diminue dramatiquement.

Enfin, 1609 - 1780, cela fait tout de même 171 ans de probité et de stabilité. Autant dire une éternité pour nos banques modernes dont la sagesse se mesure plutôt en millièmes de seconde.


v   La monnaie - page 27 

La réserve fractionnaire 3


Lorsque vous recevez votre relevé de compte bancaire qui stipule qu'il y a 100 euros déposés dessus, vos 100 euros ne sont pas dans des coffres.

Il n'y a que quelques euros.

Les autres ont été utilisés par votre banque pour les prêter à d'autres particuliers ou des entreprises.

Mais le processus ne s'arrête pas là. L'argent que l'emprunteur de la banque a reçu avec le prêt n'est pas gardé en argent liquide, mais est lui aussi déposé sur un compte courant.

Ce nouveau dépôt est immédiatement réutilisé par la banque pour faire un nouveau prêt... et augmenter encore davantage la monnaie en circulation (et les bénéfices de la banque.)

C'est merveilleux, les banques ont pratiquement réussi à inventer la pierre philosophale et le mouvement perpétuel en même temps ! Quel génie !

Abracadabra, aucun bien ou service en plus mais davantage de monnaie dans l'économie. Hé, mais ce n'est pas la pierre philosophale ça. Ca s'appelle l'inflation. Et ça n'enrichit que ceux qui produisent cette fausse monnaie.



"Malgré l'explosion des cours de la bourse, le processus typique d'enrichissement d'un petit nombre au détriment de tous les autres reste peu visible. Le cours normal des choses est le suivant : les autorités monétaires diffusent la monnaie nouvellement créée vers des cercles qui leur sont proches et, de là, elle se propage peu à peu vers les autres secteurs de l'économie nationale. Pourtant l'inflation de ces vingt dernières années n'a pas suivi ce processus. Elle s'est surtout et quasi exclusivement manifestée au niveau des marchés financiers. "

J.G. Hulsmann - Epilogue de "Etat, qu'as-tu fait de notre monnaie ?"


"Le système monètaire et financier international, qui repose sur la couverture fractionnaire des dépots, sur la création de monnaie ex-nihilo par les banques centrales ou commerciales, et sur le financement d'investissements longs avec des fonds empruntés à court terme, est fondamentalement instable."
Maurice Allais









Dans Mary Poppins, le jeune garçon en criant "Rendez moi mon argent" dans l'enceinte de la banque provoque la panique des clients.
Et ces derniers se ruent aux guichets pour récupérer leurs dépôts.

C'est normal, les banquiers -au lieu de garder l'intégralité les fonds déposés dans leur coffre- en gardent le strict minimum pour assurer la demande normale.

En cas de situation anormale, ils peuvent se retrouver en faillite immédiate. Les clients peuvent se ruer en effet dans leur banque pour récupérer ce qu'ils peuvent de leur dépôt.

Ce genre de phénomène a été très courant au cours du XIX ème siècle et a souvent entraîné les fermetures des banques jusqu'à ce que les esprits se calment (plus exactement jusqu'à ce qu'ils se fassent dépouiller dans le calme).

Ces ruées vers les banques ne sont pas dues au hasard.

Elles sont dues au système des réserves fractionnaires qui rend les banques structurellement instables : elles prêtent de l'argent qui ne leur appartient pas et qu'elles doivent tenir à disposition des clients par ailleurs.



v   La monnaie - page 28 

La banque centrale


Les banques centrales sont un peu le soviet suprême de la monnaie et du crédit dans les pays occidentaux.

Elles disposent de trois instruments principaux pour construire par le haut une monnaie et un crédit dirigés.

1) Elles peuvent fixer le taux directeur. Elles prêtent aux banques avec un taux minimum fixé arbitrairement ou elles acceptent des dépôts avec un taux maximum lui aussi arbitraire.
Cela ne coûte rien : elles impriment à volonté la monnaie qu'elles prêtent aux banques ou les taux intérêt qu'elles versent sur les dépôts.

2) Elles peuvent effectuer des opérations d'open market. Cela signifie qu'elles achètent avec de la monnaie créée ex-nihilo des obligations auprès des grandes banques, en particulier des obligations d'Etat, mais aussi tout et n'importe quoi en cas de crise (actifs toxiques, actifs non-identifiés, actifs non-identifiés mais toxiques, actifs pas actifs du tout etc..) .

3) Elles ont le rôle décisif de prêteur en dernier ressort, c'est-à-dire de venir en aide aux banques qui auraient du faire faillite dans un marché libre.

Et elles ont bien sûr leur rôle le plus connu : un monopole pour l'émission des billets et des pièces de monnaie.


"En résumé, la capacité des banques à créer de la monnaie ex-nihilo génère des fortunes que le banquier peut facilement s'approprier, du moment que ses clients lui gardent leur confiance. Cette génération de fortunes se fait au détriment d'autres acteurs qui supportent individuellement une partie des dommages causés par l'activité du banquier."
Huerta de Soto - "Money, Bank Credit and Economic Cycles"

"Avec les opposants à l'étalon-or, [les pro-réserves fractionnaires] partagent la conviction que la monnaie est optimale avec une flexibilité selon son périmètre ou la demande. Il n'y a pas plus grave erreur en théorie monétaire. Aucune problématique n'est plus fondamentale. La quantité de monnaie n'est pas corrélée aux bénéfices que l'on peut en tirer à long terme, comme à court terme. Il n'est ni nécessaire, ni utile de l'ajuster selon les changements de son utilisation. Il n'y en a pas besoin parce que cet ajustement peut être atteint par des changements de prix et en particulier de salaires." 

J.G. Hulsmann - Free banking and the free banker





Pour régler le problème des réserves fractionnaires, il y a trois solutions :

Une bonne : interdire les réserves fractionnaires. Les dépôts sont des vrais dépôts c'est-à-dire qu'ils sont déposés dans un coffre. Ils continuent d'appartenir au déposant et ne sortent pas de la banque.

Une intermédiaire : les banques sont laissées libres d'avoir des réserves fractionnaires, mais elles n'ont aucun filet de sécurité de la part des Etats. Sous la pression de leurs concurrentes et des clients ne voulant pas perdre leurs dépôts, elles sont sévèrement limitées dans leur expansion frauduleuse.

Et loin derrière, une très mauvaise : les banques sont autorisées, voire encouragées à utiliser les dépôts de leur client. Pour éviter des faillites en chaîne, l'Etat -ou une institution para-étatique la banque centrale- couvre les banques pris au piège de leur propre expansion. Cette couverture les incite à prendre encore plus de risques.

Entre les trois solutions, les Etats et les banques ont choisi pour nous celle qui les arrange le plus : la très mauvaise.

Et l'on a vu récemment encore, les chefs d'Etats garantir par des déclarations insistantes les dépôts des clients pour éviter la panique.

Des chefs d'Etat qui garantissent vos engagements parce que vous avez pris trop de risques par ailleurs... C'est pas beau le métier de banquier ? Le petit entrepreneur de PME lorsqu'il prend des engagements, il doit les assumer sous peine de procès ou de faillite.

Pour les libéraux de l'école autrichienne, l'Etat n'a pas à aider des entreprises privées. Les profits comme les pertes doivent rester privées. Et si un secteur privé est structurellement dépendant de l'intervention régulière de l'Etat, la structure est sérieusement défectueuse.



v   La monnaie - Page 29

La banque centrale 2


La banque centrale, cette usine à gaz improbable, fixe donc le prix des taux, diffuse à gros bouillon de la fausse monnaie, octroie à certaines entreprises le privilège exorbitant de créer du faux crédit et puis les protège sans limite lorsqu'elles sont incapables de faire face à leurs engagements.

Ceci n'a rien à voir de près ou de loin avec le libéralisme, le marché libre ou la morale. 

C'est du pur interventionnisme étatique matiné de scientisme hasardeux. Et ce sont eux qui ont une influence déterminante sur la monnaie et le crédit... Aaah je veux descendre....

"Au début du 20 ème, la plupart des entreprises et des industries étaient financées par leur propre revenus tandis que les banques et autres intermédiaires financiers ne jouaient qu'un rôle secondaire. Aujourd'hui le paysage a été complètement inversé et la raison fondamentale de ce changement, c'est la monnaie fiduciaire. La monnaie fiduciaire a causé une augmentation sans précédent de la dette à tous les niveaux : gouvernement, entreprises et individus."

J.G. Hulsmann - Epilogue de "Etat, qu'as-tu fait de notre monnaie ?"






A l'opposé de la sage banque d'Amsterdam, la banque d'Angleterre est fondée en 1694 avec pour objectifs quasiment explicites de voler le peuple. Objectifs remplis au-delà de toute espérance.

A la fin du 17 ème siècle, le roi William règne sur une Angleterre exsangue à cause de la guerre civile. Il n'y a plus du tout d'argent dans les coffres et lever de nouveaux impôts relancerait de plus belle la guerre civile.

En 1692, William Paterson -un banquier privé- intervient avec une idée originale et qui marche à tous les coups : créer de la monnaie ex-nihilo pour financer la dette. En échange de privilèges de l'Etat il formera avec ses associés une banque qui imprimera des billets à volonté pour acheter la dette. Cela ne s'appelle pas encore une banque centrale, mais cela y ressemble beaucoup. Le roi trouve l'idée tellement géniale qu'en plus de donner les privilèges à Paterson, il deviendra personnellement actionnaire de la banque.

Elle commence très fort. En juillet, elle émet 760 000 £ de billets avec seulement 36 000 £ dans ses coffres. L'inflation explose et en 1697, c'est le premier" bank run". La faillite est inévitable. Heureusement le gouvernement intervient, autorise la banque à suspendre ses paiements tout en forçant ses créditeurs à lui rembourser l'argent. Le début d'une belle tradition qui se poursuivra tout au long du siècle.

La banque d'Angleterre cumulera au fil des décennies de plus en plus de privilèges, devenant ainsi le précurseur et le mauvais exemple de toutes les futures banques centrales.



v   La monnaie - page 30 
La banque centrale 3


Dans une économie libérale, un puissant garde-fou empêche les industriels de faire de grosses bêtises : la faillite.

Si les dirigeants d'une entreprise prennent trop de risques, leur entreprise a de bonnes chances de faire faillite.

Et même si elle ne fait pas faillite, la fuite préventive des clients de l'entreprise suffit à rendre sages les dirigeants les plus cupides.

Avec son rôle de prêteur en dernier ressort, la banque centrale débranche pour les banques ce régulateur ultrapuissant.

Elles peuvent prendre désormais des risques importants, les petits épargnants ne vérifient pas les investissements de leur banque et les dirigeants sont surtout préoccupés des bénéfices maximum. En effet, tout le monde sait qu'en cas d'investissements trop risqués, la banque centrale interviendra pour sauver la grande banque.

Si les banques pouvaient faire faillite comme toutes les autres entreprises, les petits épargnants vérifieraient à deux fois avant de confier leur dépôt à ces banques... et leurs dirigeants vérifieraient à deux fois avant d'acheter des actifs toxiques qu'ils sont incapables d'évaluer.

La régulation libérale -la faillite- est un garde-fou qui nous protège largement des voitures dangeureuses, des avions mal conçus, des yaourts empoisonnés...malheureusement elle ne nous protège plus des banques folles. La banque centrale veille à ce que les banquiers incompétents soient indéboulonnables (et riches).

Au  lieu de verser des larmes de crocodiles sur la finance sauvage et de rouler des mécaniques sur les futures réglementations, les étatistes feraient mieux de rebrancher ce qu'ils ont sciemment débranché pour les banques : la régulation libérale.


"En fait, comme nous l'avons vu, les banques ont désespérément souhaité une banque centrale, non pour placer des limites à leur propre désir d'expansion, mais au contraire, pour leur permettre de se développer et augmenter la masse monétaire sans risquer les pénalités d'une économie de marché. Comme prêteur en dernier ressort, la banque centrale pourrait leur permettre de se développer quand elles auraient du contracter des prêts pour se sauvegarder. En résumé, la vraie raison de la création de la Réserve féderale, et sa promotion par les grandes banques, est l'exact opposé de ses objectifs lourdement trompetés. Plutôt que créer une institution pour réduire leurs propres profits dans l'intérêt général, les banques ont créé une banque centrale pour multiplier leur profits en leur permettant de se développer beaucoup plus loin que les limites fixées par une compétition dans un marché libre."
Murray Rothbard - The case against the fed







Les Ecossais,  pourtant gros pourvoyeurs de mauvaises idées monétaires (Patterson comme John Law étaient écossais) n'ont pas suivi le chemin de la perfide albion.

L'Ecosse -nation très industrialisée au 18 ème et 19 ème siècles- a bénéficié d'une macroéconomie remarquable sans politique monétaire, sans banque centrale et sans aucune réglementation bancaire. N'importe qui pouvait devenir banquier et émettre des billets.

Les clients pouvaient donc choisir les émetteurs de billets, et -incroyable- ils choisissaient les plus dignes de confiance.

Le résultat c'est que dans les territoires anglais en contact avec l'Ecosse, ce sont les billets écossais libres qui s'imposaient sur les billets anglais régulés par la banque centrale.

Aie, un peuple ingrat qui préfère des billets de banque privée plutôt que les billets service public anglais ! Il devenait urgent d'interdire les billets écossais sur le territoire anglais.

A l'approche de cette loi, les citoyens anglais signent une pétition en 1826 contre l'interdiction des billets Ecossais. Le texte est sans appel :
"[Nous n'avons jamais subi aucune perte -à une exception près- avec des billets écossais sur les 50 dernières années,] tandis que durant la même période les faillites des banques anglaises ont été nombreuses et ont occasionné des pertes ruineuses pour ceux qui ne pouvaient pas les supporter."

Stupéfiant : la liberté et le laisser-faire rendent le système bancaire plus stable, plus rassurant et plus satisfaisant que les monopoles, les privilèges et la réglementation étatique.



v   La monnaie - Page 31

La banque centrale 2


Les Etats et les grandes banques ont donc un intérêt commun : institutionnaliser la réserve fractionnaire.

Les Etats parce qu'ils ont toujours besoin de plus de crédit.

Les grandes banques, parce que prêter l'argent qui ne leur appartient pas est très lucratif.
On retrouve donc souvent à l'origine des banques centrales des banquiers ambitieux voulant éliminer la concurrence de nouvelles banques et profiter d'une protection sans limite de l'Etat.

Les crises structurelles dues aux réserves fractionnaires ont souvent été habilement utilisées non pour interdire ces dernières, mais pour justifier l'existence d'une banque centrale assurant la stabilité du système.

Ces banquiers ont pour alliés objectifs les étatistes pour qui un Etat chargé de réguler et d'organiser le marché est parfaitement cohérent avec leur idéal planificateur et dirigiste.

La production de monnaie et le marché du crédit sont un cas d'école de la collusion -entre intérêts privés et Etat- qui pend au nez des interventionnistes de tout poils.



"En fait, comme nous l'avons vu, les banques désirent désespérément une banque centrale, non pour placer des limites à leur tendance naturelle à l'inflation, mais au contraire pour leur permettre de se développer sans subir les contraintes d'un marché libre. Comme prêteur en dernier ressort, les banques centrales leur permettaient et les encourageaient à s'étendre.." 
Murray Rothbard - The case against the fed

"Un banquier commence avec 25 000 $. Il émet donc pour 250 000$ de crédit. Il apporte ces certificats de crédit à la Federal Reserve Bank pour un rachat. Il en tire environ 245 000 $ (la différence est le prix à payer pour un rachat). Il peut utiliser ce montant comme réserve pour de nouveaux prêts. Il peut ainsi étendre son crédit 10 fois, c'est à dire 2 450 000 $. Oui, il récupère 6% d'intérêt, soit 147 000$, annuellement. Avec un capital de 25 000$." 
Michel Virgil - The social problem.









On dit beaucoup de mal de la tradition culinaire britannique. Ce n'est pourtant rien à côté de leur tradition monétaire.

En matière de grosses bêtises institutionnelles bancaires, ce sont donc les Anglais qui ont tiré les premiers. Cela a aussi donné lieu à des polémiques d'une grande violence dans l'arène politique au XIX ème siècle.

Entre 1750 et 1850, l'Angleterre est victime de plusieurs phénomènes troublants : il y a des booms rapides suivis de récessions violentes, une forte inflation et une hémorragie de l'or vers le continent.

Deux écoles vont s'affronter par pamphlets interposés, invectives à la chambres des communes et luttes d'influence auprès du pouvoir : les gentils, la currency school et les méchants, la banking school.

Les gentils, la currency school donc, affirment que tous ces phénomènes bizarres ont une origine : des billets émis sans réserve en or par les banques britanniques.

Les méchants, la banking school, affirment au contraire que la réserve fractionnaire n'augmente pas la masse monétaire, que la hausse des prix est due uniquement aux guerres. La production de monnaie doit s'adapter aux variations de la population.

La polémique est quasi permanente pendant plusieurs dizaines d'années... Certains arguments volent assez bas, d'autres enrichissent considérablement les réflexions sur la monnaie et la banque.




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La banque centrale 3

Les gros intérêts privés n'ont aucun goût pour le marché libre. Ils ont une position dominante qu'ils veulent conserver et que le libre choix des personnes libres menace à chaque instant.
Ils cherchent donc à obtenir des protections règlementaires pour freiner ou interdire l'arrivée de concurrents menaçant leur rente de situation.

Les étatistes sont les idiots utiles ou les complices cyniques de ces oligarchies en baptisant ces privilèges indus : "réguler le marché sauvage", "protéger le savoir -faire national", "s'opposer au laisser-faire", "défendre l'intérêt général".

Pour la monnaie comme pour le reste, le meilleur moyen de défendre l'intérêt général, ce n'est pas d'octroyer des privilèges aux oligarchies en place, mais de rédiger des lois garantissant les droits fondamentaux des personnes libres -liberté, sécurité, propriété- et de créer des tribunaux pour les faire respecter.

Des dizaines, des centaines de millions de personnes libres faisant valoir leur bon droit, c'est un rouleau compresseur contre les oligarchies, les rentes de situation ou les "superprofits" infiniment plus puissant et plus durable que toutes les envolées lyriques anti-capitalistes des révolutionnaires en peau de lapin.

Mais bon, c'est vrai, cela prive les étatistes du plaisir de contrôler la société et de prétendre agir pour l'intérêt général. On ne peut pas tout avoir..


"Cela n'était pas suffisant, qu'une nouvelle alliance étatiste soit formée entre les grosses entreprises et [des grands] intellectuels, ils devaient se mettre d'accord, proposer et défendre une ligne idéologique commune, une ligne qui persuaderait la majorité du public d'adopter ce nouveau programme et même de le souhaiter avec ferveur. 
Cette ligne fut brillamment victorieuse et mensongère : les nouvelles mesures progressistes et les régulations seront nécessaires pour sauver l'intérêt public de la sinistre exploitation des grands monopoles privés .../..[Mais] si cette politique était conçue pour mater et domestiquer les grosses entreprises rapaces, comme se fait-il que tant de responsables de ces grandes sociétés, tant de partenaires de Morgan, de Rockfeller, de Harrimans, ont mis une telle énergie à les promouvoir ?" 
Murray Rothbard - The case against the Fed





Le premier round "Currency school vs Banking school" débute en 1800 à l'initiative de Walter Boyd,un banquier ruiné rendant responsable la banque d'Angleterre de son échec. Il écrit un méchant pamphlet contre cette dernière "Une lettre pour William Pitt" où il l'accuse d'être responsable de l'inflation et de la dévaluation du Pound en inondant le pays avec des billets de banque.

L'un des grands profiteurs de l'inflation de la banque d'Angleterre est le banquier Francis Baring fondateur de la banque Baring Brothers (qui fera d'ailleurs une faillite retentissante 200 ans plus tard). Baring prend donc sa plume pour répondre à Boyd.
Il affirme que l'inflation de billets ne cause pas l'augmentation des prix et qu'il ne faut y voir que les malheureuses conséquences des guerres.

Les rounds suivant seront aussi violents avec des poids lourds de la pensée économique prenant parti pour un camp ou pour l'autre. Cela se terminera en 1844 avec le Peel act et une fausse victoire de la currency school (les gentils donc).

C'est une pseudo victoire car les partisans de la currency school ont fait deux erreurs majeures. 

La première, stratégique, est qu'ils ont institué comme gardien de la vertu monétaire la banque d'Angleterre. Protéger une monnaie saine par un monopole étatique, c'était nommer le loup berger de l'étable. Les partisans de la banking school, bons lobbyistes, n'ont pas tardé à détourner complètement l'esprit de l'institution. L'émission de billets sans couverture, les réserves fractionnaires et les cycles ont continué de plus belle…

L'autre erreur de la currency school, théorique celle-là, est de ne s'être occupée que de l'inflation des billets, pas de l'inflation des dépôts. Le Peel's act n'a donc absolument pas empêché la réserve fractionnaire de s'amplifier sur les dépôts et la monnaie scripturale.

Malheureusement, contrairement à la cuisine anglaise, la politique monétaire english s'est répandue à travers le monde : banque centrale monopolistique, réserve fractionnaire légalisée..

A côté de ça, le fish and chips et la jelly à la menthe ont l'air appétissants.


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La banque centrale 4a




La banque centrale, c'est donc une noble institution, symbole du libéralisme, avec des belles bâtisses à colonnes en marbre et des décideurs compétents aux cheveux blancs mettant en œuvre la politique monétaire dans l'intérêt général.

Rien n'est vrai dans cette phrase.

D'abord la banque centrale n'est pas noble. C'est l'une des plus grosses associations de faux-monnayeurs de l'histoire de l'humanité.

Ensuite, les banques centrales n'ont pas de colonnes en marbre, mais plutôt des immenses immeubles avec des vitres fumées. Il faut beaucoup de place pour loger des dizaines de milliers de bureaucrates planifiant la monnaie et le crédit.

Elle ne symbolise absolument pas le capitalisme et encore moins le libéralisme.

Le libéralisme c'est :
- la propriété privée, ce que la banque centrale viole massivement en diluant la monnaie
- la liberté, ce que la banque centrale et l'Etat violent massivement en interdisant d'utiliser l'or comme monnaie et en empêchant la création de banques libres
- l'égalité en droits, ce que l'Etat et la banque centrale violent massivement en octroyant à certaines entreprises privées -et pas à d'autres- le droit de créer de la monnaie ex-nihilo
- un marché libre, ce que la banque centrale viole massivement en fixant artificiellement les taux d'intérêt.



"La Fed et les banques ne sont pas une solution au problème de l'inflation. Elles sont le problème. L'économie américaine a souffert d'une inflation chronique, ainsi que de bulles et récessions destructives parce que l'inflation a été inévitablement générée par la fed elle-même.
Ce rôle, en réalité, est l'objectif même de son existence : cartelliser les banques commerciales privées, et les aider à augmenter la masse monétaire et le crédit, injecter des réserves dans les banques, et les secourir lorsqu'elles sont en faillite."
Murray Rothbard -
The case against the fed.

"Comment une institution monstrueuse comme la banque centrale a pu apparaître et s'imposer dans le monde moderne ? Sans surprise, cette institution est apparue comme une escroquerie menée conjointement par un gouvernement au bord de la faillite et une clique de financiers corrumpus en Angleterre, à la fin de 17 ème siècle."
Murray Rothbard - Mystery of Banking


"La banque centrale, loin d'être issue un processus de coopération sociale spontanée, a émergé comme une conséquence inévitable de la réserve fractionnaire des banques privées. Dans le contexte de la réserve fractionnaire, ce sont les banques privées elles-mêmes qui ont voulu un prêteur en dernier ressort pour les protéger lors des crises économiques cycliques et des récessions qu'un tel système provoque."
Huerta de Soto - "Money, Bank Credit and Economic Cycles"


La création de la banque fédérale américaine, ça ressemble un peu aux X-Files (sans Mulder ni Scully).

Dans un pays très attaché au fédéralisme comme les USA, la bataille pour imposer la monnaie fiduciaire et la banque centrale a été longue et malheureusement victorieuse en 1913.

La première tentative a lieu en 1791 par Robert Morris, un marchand d'armes trèèès influent de Philadelphie. Il obtient du congrès -pour sa banque privée- le privilège d'émission de billets sur tout le pays.
Sa banque s'effondre tout de même, mais cette initiative marque le début de l'affrontement entre les partisans d'une monnaie saine (Jefferson et le parti démocrate Jacksonian) et les nationalistes protectionnistes hamiltoniens partisans de la monnaie fiduciaire et d'une banque centrale.

Au gré des alternances politiques, les partis au pouvoir feront ou déferont la banque centrale (1830 abolition par Andrew Jackson, 1860 rétablissement par les républicains pour financer la guerre civile, 1879 démantèlement partiel par les démocrates)

A la fin du XIX ème siècle et au début du XXème, l'offensive en faveur de la banque centrale est menée par deux dynasties d'industriels devenus banquiers : les Morgan et les Rockfeller.


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La banque centrale 4b


Décideurs compétents, c'est faux aussi. Pas forcément par leur faute. Que ce soit pour les savonnettes, les vêtements ou la monnaie, la planification et le dirigisme, cela ne marche pas. C'est trop complexe de gérer et d'analyser des milliards d'informations en agissant sur des millions de paramètres modifiés par des millions de personnes libres. Les quelques boutons et les quelques thermomètres dont dispose la banque centrale sont ridiculement dérisoires par rapport à la complexité d'une économie moderne.

La politique monétaire, c'est un gag soviétique prétentieux. Il ne devrait pas y avoir davantage de politique monétaire qu'il y a de politique savonnaire, de politique couche-culotaire ou de politique pantalonnaire. La politique monétaire, c'est un terme savant pour cacher une empilement approximatif de trucs et astuces incohérents appliqués avec une désinvolure stupéfiante de gamins (assez) ridés. Dans une économie libérale, il n'y a pas de politique monétaire, il y a une production de monnaie et un marché libre du crédit, vous savez les trucs qui marchent pour les savons, les couche-culottes et les pantalons.

Rendons à César ce qui appartient à César. La banque centrale n'est pas du tout libérale, elle est étatiste et dirigiste. Et les crises monétaires dont elle est la cause ne sont pas des crises du libéralisme, mais des crises de l'étatisme et de l'interventionnisme.


"Nous ne devons laisser aucun doute quant à la nature des autorités monétaires. Toutes les banques centrales servent uniquement à piller la population au profit de cartels d'intérêts politiquement organisés.
La Bundesbank n'est pas une exception. Cependant, de toutes les banques centrales, c'est encore elle qui a le moins porté atteinte aux intérêts de la grande masse de la population non politiquement organisée.
Elle n'a pas seulement rendu ce service à la population allemande, mais également à tous les citoyens européens. Car grâce à sa retenue, ce sont toutes les autres banques centrales qui ont été obligées d'en faire autant. "
J.G. Hulsmann - Epilogue de "Etat, qu'as-tu fait de notre monnaie ?"



JP Morgan & JD Rockefeller

Les Rockfeller ont fait fortune dans le pétrole, les Morgan dans les chemins de fer. Ces derniers sont parvenus en 1887 à s'octroyer sur le rail américain un monopole de fait grâce à un organisme public l'Interstate Commerce Commission qui à coups de règlementations a éliminé ses concurrents. J.P. Morgan rêve de reproduire cette notion très particulière d'intérêt général dans le monde de la banque.

Entre 1875 et 1913, une bataille d'influence intense a lieu entre d'une part quelques grandes banques de WallStreet (menées par Morgan et Rockfeller) alliées aux étatistes planificateurs et d'autre part les partisans de la monnaie saine alliés aux petites banques régionales ne voulant pas tomber dans le giron des grandes banques NewYorkaises.

Cette bataille est gagnée par le lobby des grosses banques en 1913. La banque fédérale américaine est créée, elle a un monopole total sur l'émission de billets et toutes les banques régionales doivent avoir un compte chez elle. Elle a aussi un rôle de prêteur en dernier ressort.

Cette banque est toujours une banque privée mais basée sur des liens privilégiés avec le trésor américain. Elle est dirigée par un directoire de banques privées et d'un gouverneur doté de pouvoirs exorbitants. Et si la totalité des gouverneurs ou du directoire a des liens privilégiés avec les Morgan ou d'autres grandes banquiers de WallStreet, ce n'est qu'une malheureuse coïncidence.

Malheureuse coïncidence ou pas, c'est tout de même pratique lorsqu'on a besoin d'une aide pour être sauvé de la faillite d'appeler son tonton, son beau-fils ou son ancien subalterne, aujourd'hui dirigeant à la fed.
Les oligarchies sont les créatures de l'étatisme et de l'interventionnisme. Pour lutter contre les privilèges indus, il faut lever bien haut l'étendart du libéralisme.

Camarades libéraux de tous pays, unissez-vous pour défendre vos droits fondamentaux !


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La banque centrale 5a


Comme toutes les entreprises de planification, la banque centrale se heurte à l'incroyable complexité d'une économie où participent des centaines de millions de personnes libres.
Ce n'est pas la faute à la monnaie, c'est simplement inhérent à toute entreprise de planification et de dirigisme.

Si à la place de la monnaie, nous avions une banque centrale pour le savon, le résultat aurait été le même.

Des efforts considérables auraient été consacrés à modéliser l'économie du savon. D'autres efforts vains auraient été consacrés à estimer les besoins de la population en savon en s'appuyant sur des projections statistiques se plantant avec la régularité d'une horloge suisse.

Le tout sous le patronage de publications truffées de modèles mathématiques incertains avec des données agrégées sur la vitesse d'utilisation du savon, le stockage du savon liquide, le coefficient de fonte du savon etc..

Tous ces experts auraient naturellement fait des débats feutrés, entre gens qui savent, pour augmenter la masse de savon liquide ou diminuer la quantité de savon antipelicullaire.

"Considérons une société libre où l'or est la monnaie. Dans une telle société, on ne peut acquérir de la monnaie que de trois manière différentes a) en prospectant de l'or; b) en vendant un bien ou un service en échange d'or c) en recevant l'or comme un cadeau . Chacune de ses méthodes respecte scrupuleusement le droit de propriété de chacun." 
Murray Rothbard - The case against the fed.

"L'institution de la banque centrale prend ses racines dans le renoncement des autorités publiques à définir et à défendre le droit de propriété des déposants, soit en d'autres termes, à mettre fin à l'utilisation frauduleuse de l'argent que les clients de banque ont confiés à ces dernières.
Cet échec a permis le développement de la réserve fractionnaire permettant aux banquiers la création de nouvelle monnaie ex-nihilo, générant ainsi des profits colossaux." 
Huerta de Soto - Money, Bank Credit and Economic Cycles





Pour protéger un secret, il y a deux méthodes :

- Assassiner sans pitié tous ceux qui sont au courant du secret et qui pourraient parler.
Cette méthode a une efficacité indéniable comme en témoigne la longévité de certaines associations du sud de l'Italie.

- Rendre le secret tellement chi*nt qu'aucune personne saine d'esprit ne peut s'y intéresser raisonnablement plus de cinq minutes d'affilée.
Cette méthode est imparable. C'est celle qui protège la production de monnaie et l'organisation du crédit actuel.

Et ça marche. Un rédacteur en chef modérément cupide n'hésitera pas une seconde entre une couverture sur des exclusivités people-politique et une couverture sur la monnaie.

Un gauchiste préféra s'enflammer contre le méchant ultra-capitalisme prédateur.. Le rapport neurones sollicitées/niveau d'indignation de son public sera nettement plus intéressant qu'une exposition laborieuse sur la monnaie. Et puis si l'Etat est au centre du phénomène, cela ne peut pas être complètement mauvais.

Un droitiste aura du mal à s'indigner contre des messieurs si bien peignés qui portent des costumes cravates et gagnent beaucoup d'argent. Et puis, des gens qui ont du pouvoir en parlant en termes incompréhensibles de la destinée du monde, cela ne peut pas être complètement mauvais.

Le libéral a une boussole pour naviguer dans ce maquis sans mourir pétrifié d'ennui :

Est-ce que les personnes sont libres de s'abstenir d'utiliser les services ou le produit de cette entreprise ?

Si oui, l'entreprise aura tendance à être sage et le produit acceptable.

Sinon euuh.. ben c'est (beaucoup) moins bien..

Vous êtes obligés d'utiliser une monnaie diluée par les banques ou les Etats.


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La banque centrale 5b

Des politiques auraient sans doute exigé une politique de relance de la production de bain moussant tandis que d'autres plus prudents auraient expliqué que le savon de Marseille est la clé de la propreté.

Tout cet immense brouhaha n'aurait donné lieu qu'à des injustices, à des crises ponctuées de surplus ou de pénuries et à de mouvements de prix imprévisibles pour le plus grand bénéfice de requins de la savonnerie.

Et comme le sujet a été rendu trop complexe par ces experts en planification, il est naturellement totalement hors de controle démocratique ou individuel.

Heureusement pour notre propreté personnelle et pour nos trajets dans le métro, la production et la distribution de produits d'hygiène  n'est pas planifiée et dirigée par une poignée d'experts imposant sa décision à toute la population. C'est le marché libre, c'est-à-dire des dizaines de millions de personne qui imaginent, produisent, consomment, s'adaptent, se concurrencent et estiment en fonction des millions d'informations de leur environnement.

L'Etat a un rôle à jouer pour édicter des lois générales (en gros le respect des contrats), faire fonctionner les tribunaux et éventuellement établir quelques règlementations pour l'information ou la sécurité. C'est tout, mais c'est déjà énorme et très utile.

La monnaie mérite (au moins) autant d'égard que le savon. Dans une société libre, la banque centrale serait abolie et les privilèges des banques privés aussi.

Et les monsieurs sérieux qui aujourd'hui tentent de planifier la monnaie pourraient consacrer leur temps à des choses utiles pour la société.



"Ainsi les limites imposées par le mécanisme de la propriété privée ne fonctionnent plus. La bourse devient une arène de jeux qui transforme l'investisseur en joueur et le placement de son patrimoine, qui était jusque là risqué, en un jeu apparemment sans conséquences. Les joueurs entretenant de bonnes relations avec les autorités monétaires (banques, grande industrie, gouvernements) jouissent d'un accès prioritaire à ces quantités nouvelles de monnaie qui surgissent du néant. 

Ils peuvent prendre part au jeu, sans avoir à se casser la tête pour savoir s'ils pourront vendre leurs actions à un cours encore plus élevé qu'ils ne les ont achetées. Aussi longtemps que les autorités monétaires produiront de la monnaie signe nouvelle, il y aura toujours des personnes qui pourront et voudront jouer des sommes plus grandes parce qu'elles anticipent avec confiance une future inflation."
J.G. Hulsmann

"Les banques de détails, engagées comme elles le sont dans la reserve fractionnaire sont en permanence au bord de la faillite. Elles poussent toujours ainsi en faveur de l'intervention de l'Etat et de ses sauvegardes.

Les banques de marché font une grande partie de leurs affaires grace aux emprunts d'Etat ../... Elles poussent alors les Etats aux déficits et forcent les contribuables à payer les dettes du gouvernement."
Wall Street, banks, and American Foreign Policy - Murray Rothbard






Avec la monnaie fiduciaire, la réserve fractionnaire et la banque centrale, la quantité de monnaie ressemble à un accordéon.

La main droite, c'est la banque centrale qui imprime à volonté de la monnaie et fixe les taux d'intérêt directeurs.
La main gauche, ce sont les banques privées qui augmentent la masse monétaire au gré des crédits qu'elles accordent grace à la réserve fractionnaire.

L'accordéon monétaire est donc tenu par deux musiciens différents, parkisoniens et complètement nuls en solfège. Ils s'en moquent : leurs concerts sont monopolistiques et obligatoires.

Ainsi les personnes libres et les entrepreneurs qui ont besoin d'une évolution prévisible et très lente de la quantité de monnaie pour prévoir, investir ou emprunter se retrouvent obliger de subir en permanence des expansions ou des contractions de la masse monétaire parfois violentes et totalement imprévisibles.

Au lieu d'avoir un métronome régulier et doux permettant de prévoir ou d'estimer la quantité de monnaie nécessaire à leurs projets avec une certaine précision, les personnes libres sont obligées de subir une cacophonie destabilisatrice avec de grandes variations d'amplitude.

Le capitalisme n'est pas structurellement cyclique. Des variations dans tel ou tel domaine d'activité peuvent se produire, mais les grandes crises (comme les bulles) sont le résultat de millions de mauvaises décisions d'entrepreneurs obligés de danser sur le rythme irrégulier de ces deux musiciens chaotiques.

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Pour en savoir plus....

 Etat, qu’as-tu fait de notre monnaie ? 

Murray Rothbard.

Murray Rothbard, c’est un peu le pit bull de l’école autrichienne.  Un style volontier sec, précis et percutant.

Elève de Ludwig Von Mises, il a écrit de nombreux ouvrages d’économie (souvent plus clairs et mieux construits que ceux de son professeur).

Etat, qu'as tu fait de notre monnaie est disponible en français en livre ou en format pdf (gratuit et légal). Destiné au grand public, il reprend dans un format court et pédagogique la vision autrichienne de la monnaie et des banques.



Ou disponible gratuitement en ligne (et en français) :
http://www.scribd.com/doc/11452701/Etat-quastu-fait-de-notre-monnaie
« The case against the fed »

Murray Rothbard.

(seulement disponible en anglais)

Murray Rothbard retrace l’histoire de la banque fédérale américaine. Puis explique ce qu’il pense de cette institution (beaucoup de mal).

Destiné au grand public américain pour le convaincre de s’attaquer à la monnaie fiduciaire, cet essai est une plaidoirie pour abolir la banque centrale et retourner à la monnaie libre. 



Ou disponible gratuitement en ligne (en anglais) :
http://mises.org/books/fed.pdf

« Banking, Cycle and money production »

Jesus Huerta De Soto

(seulement disponible en anglais.)

Jesus Huerta De Soto est un universitaire Espagnol actuellement en poste. 

Ce gros pavé de mille pages détaille l’histoire de la réserve fractionnaire et des crises dont cette pratique est responsable.

Il fait aussi un détour du côté des théories économiques qui soutiennent le système actuel (Keynésien et Monétariste) pour **SPOILER** en dire du  mal **SPOILER**.

Un ouvrage universitaire donc, mais dans la tradition de l’école autrichienne, c'est-à-dire lisible.

http://mises.org/books/desoto.pdf

« The Ethic of Money production »

Actuellement Professeur à l’université d’Angers,  Hullsman s’intéresse aux aspects moraux de la production de monnaie selon qu’elle soit monnaie marchandise ou monnaie fiduciaire.

En dehors des aspects d’efficacité économique, la monnaie fiduciaire soulève en effet de nombreux problèmes moraux qui seraient identifiés comme tels et combattus dans d’autres domaines de la sphère économique.

Hullsman explore ces aspects en s’appuyant en particulier sur la tradition chrétienne.

http://www.mises.org/books/moneyproduction.pdf

« L'homme, l'économie et l'Etat. »

Murray Rothbard détaille dans certains chapitres de son manuel d’économie (tendance école autrichienne donc) le rôle de la monnaie d’un point de vue théorique. 

Du lourd  mais surtout du clair pour appréhender les mécanismes monétaires.


Ce manuel est désormais disponible en français, c'est de loin le meilleur ouvrage existant pour une étude sérieuse de l'économie théorique.


Ou disponible gratuitement en ligne (en anglais) :
http://www.mises.org/books/mespm.pdf
et toujours en anglais, un excellent support pédagogique avec des résumés de chaque chapitre :
http://mises.org/books/messtudy.pdf

« Action Humaine »

Le navire amiral de l’Ecole autrichienne, écrit par Ludwig Von Mises en 1947, consacre plusieurs chapitres à la monnaie d’un point de vue théorique. Que du bon (et du un peu long). 

En plus c’est en français et c’est gratuit. Pourquoi se priver ?

http://herve.dequengo.free.fr/Mises/AH/AH.htm
"Maurice Allais"

Maurice Allais est l'un des très rares français a avoir obtenu le prix nobel d'économie.

Il a participé notamment à la fondation de la société du Mont Pèlerin, association regroupant des économistes et philosophes libéraux, en particulier de l'école Autrichienne.

Et ce n'est pas un hasard si l'on retrouve beaucoup de des idées Autrichiennes dans ce texte publié en 1998.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/La_crise_mondiale_d_aujourd_hui_Maurice_Allais_1998.htm
L'université d'été 2008 du Parti Libéral Démocrate

Philippe Nataf, est invité à l'université d'été 2008 du Parti Libéral Démocrate (PLD) à exposer ses vues libérales sur la monnaie, l'Euro, les banques centrales, les politiques monétaires, les taux de changes...
Philippe Nataf est un économiste français, spécialiste des questions financières, monétaires, bancaires et des fluctuations conjoncturelles. Il enseigne l'économie à l'université Paris-Dauphine et s'occupe également d'un organisme de formation permanente, le CEFGEC.
« The case for Gold »

Ron Paul est un homme politique atypique.

Médecin obstétricien, élu américain, libertarian, c'est-à-dire ultra-hyper-ultra-giga-tetra-libéral selon les standards français (à qui il ne faut pas grand-chose, il est vrai) il est devenu le temps des primaires républicaines un véritable phénomène internet.

Son opposition frontale à Bush et aux néo-conservateurs, sa résistance systématique à l’augmentation du périmètre de l’Etat, son opposition à la guerre, sa bouille de Gandalf courtois, cultivé et souriant, lui ont valu une popularité phénoménale chez les cyber-amis
américains de la liberté.

Ron Paul est aussi un économiste de l’Ecole autrichienne.

"The case for gold", en s’appuyant sur les théories monétaires autrichiennes est une plaidoirie en direction des élus comme du peuple américain pour un retour à l’Etalon-or. Pour étayer son argumentation, il retrace les grandes lignes de l’histoire de la monnaie et des banques centrales.

Ou disponible gratuitement en ligne (en anglais) :
http://mises.org/books/caseforgold.pdf

En bonus, voici deux des nombreuses interventions de Ron Paul.

On y retrouve les grandes thématiques de l’école autrichienne.

Et super bonus, un grand moment de la chanson politique. 

 

La candidature de Ron Paul, sans beaucoup de moyens, a provoqué une explosion des réalisations vidéo de soutien (au point que les grands networks se sont interrogés gravement sur le phénomène Ron Paul). 

 

Aimee Allen, chanteuse californienne, a écrit et réalisé cette chanson de soutien à Ron Paul.

Pour vous aider à mieux situer ce monument gentiment kitchounet des chants politiques modernes, je vous propose un commentaire seconde par seconde du clip qui a enflammé les libéraux américains l'année dernière.

 


0:00 Symbole anarchiste qui n'est pas le clip original. Mais bon, il n'est pas non plus complètement incongru, la méfiance vis à vis de l'Etat de certains libéraux (ultra) les amènent souvent barboter dans les eaux de l'anarchisme individualiste.

0:19 Aimee appelle l’Amérique à se réveiller. On remarque à ce moment là qu’elle a oublié d’être moche et que se réveiller à ses côtés peut effectivement intéresser 50% des électeurs.

  

0:37 Aimee propose de détruire les institutions illégales. En gros tout ce qui n'est pas autorisé par la constitution américaine. La banque fédérale américaine par exemple.

 

0:43 Aimee salue religieusement le drapeau américain. C’est un passage obligé. Ca tombe bien Ron Paul est un grand opposant à la guerre en Irak, la déclarant totalement inconstitutionnelle. Il s’est  violement opposé à tout les va-t-en guerre neo-con. Ca plaisait beaucoup aux troupes qui ont fait de lui le principal bénéficiaire de leurs dons aux candidats de la présidentielle. A la grandeur stupeur des médias et des néoconservateurs.

 

1:16 Bon, là elle crie le nom de Ron Paul, c'est sûr qu'un nom à deux syllabes c'est plus facile pour rythmer une chanson -même si ça fait un peu culte de la personnalité-.

   

1:19 Aimee a des jolies ailes tatouées sous les bras.

 

1:30 Aimee décrit son sentiment sur le Patriot Act. En résumé, il est assez négatif.

 

1:37 Ce sentiment s'étend en particulier aux écoutes illégales comme aux procès sans jury.

  

1:47. L'IRS (impôt sur le revenu) prend l'argent des contribuables. Cela ne plait pas à Aimee. Elle a raison.

 

2:08  Moment surréaliste du clip. L'apparition des Suicides Girls au ralenti avec les cheveux dans le vent. Qui sont elles ? Des copines du studio musique d'à côté ? Des passantes qui revenaient de la plage ? Des militantes de Ron Paul ? Des actrices porno entre deux tournages ? C'est assez  mystèrieux. Une chose est sûre elles portent bien le bikini noir. 

 

2:19 Voix off de Ron Paul. D'habitude dans les clips, c'est le moment un peu calme où le rappeur, d'une voix pateuse, s'interroge gravement sur ses problèmes conjugaux avec sa bitch à lui. Là, Ron Paul nous parle de politique monétaire et explique que la banque fédérale américaine vole les pauvres au profit des riches. A ma connaissance, c'est le seul moment dans toute l'histoire de la pop qu'un clip parle des banques centrales.

 

2:32 Aimee veut conserver ses droits garantis par la constitution. Elle a raison : la constitution américaine a été écrite il y a 250 ans par des gentlemens libéraux qui pourraient donner des leçons de citoyenneté et de démocratie à 99,9% de la classe politique française. Mais ils sont morts et en plus ils sont américains, alors ils ne vont pas le faire.

 

2:54 Aimee appelle à la révolution (libérale) à fond les cordes vocales. En écoutant ce cri, ça me donne une envie irrésistible d'aller prendre une bastille Etatique. Tandis que lorsque Besancenot crie Révolution, ça ne me donne pas envie d'aller affamer des paysans russes. Bizarre la vie, non ?

  

3:11 Ca devient un peu plus confus. Mais on comprend qu'elle soutient Ron Paul.

 

 







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