Magrite La condition humaine

Le libéralisme pour les débutants

Le libéralisme expliqué aux débutants

Les libéraux défendent la transparence..

Le droit naturel et le libéralisme

Si quelqu'un cherchait à s'informer en écoutant les médias français (pas de panique, c'est juste une hypothèse hein...), cette personne reviendrait avec une conviction dans le domaine politique : Le libéralisme est une théorie économique prétendument efficace mais en réalité au service des riches et indifférente à ce qui est juste ou injuste.
Pour avoir une chance de comprendre ce qu'est le libéralisme, deux étapes sont donc indispensables :
a) Tourner le bouton de France Inter sur ""Off"".
b) Pousser la porte d'une librairie
Le poussage de porte de librairies suivi du lecturage de philosophes politiques permettrait de découvrir l'inimaginable :
Le libéralisme n’est pas d'abord une théorie économique.
Le libéralisme est d’abord une tradition philophique qui se déploie dans de nombreux domaines, le domaine politique, le domaine du droit... Les conséquences politiques et juridiques se retrouvent bien sûr aussi dans les institutions encadrant l’activité économique, mais parler de ces institutions sans connaître la vision qui les soutient, c’est comme parler de la pointe d’un iceberg en ignorant ou en feignant d’ignorer qu’il y a aussi (beaucoup) de glace sous l’eau..
Sous l’eau, il y a l’affirmation que la raison, même imparfaite, permet d’approcher la connaissance de ce qui est juste. Et que ce qui est juste pour l’Homme, c’est de lui permettre de vivre en société tout en respectant son individualité, sa liberté.
Le cheminement pour parvenir à cette vision va d'Aristote à John Locke en passant par Thomas D’Aquin, Cicéron et Grotius, puis se prolonge au XIX, XXème siècle par des penseurs libéraux comme Bastiat, Spooner, Ayn Rand, Rothbard, Bruno Leoni ou Bertrand de Jouvenel.
C’est la tradition du Droit Naturel.

"Le nom de l'Homme règne sur l'humanité présente avec une autorité et une ubiquité écrasantes, et jamais peut être depuis Homère n'a été aussi peu explorée la question qu'il contient."

Pierre Manent - La cité de l'Homme.

2 soldats de la seconde guerre nient l'existance du droit naturel

Du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 se tient à Nuremberg un procès international jugeant les crimes d’un régime ayant mis à feu et à sang l’Europe et organisé l’holocauste.

Petit problème, sur quelle base juger ces hommes ? Après tout, les exécutants nazis n’ont fait que respecter les lois de l’Etat. On ne peut pas être criminel si l’on respecte les lois de l'Etat non ?

Ben si. On peut. Mais ce n'est pas très tendance de l'admettre chez les étatistes d'hier et d'aujourd'hui.

Depuis la fin du XIXème siècle, sous l'influence des positivistes, et sur le plan politique des communistes comme des fascistes, la Justice et le Droit ne sont que des notions relatives dépendant de la période historique ou de la classe sociale. Les Etats peuvent donc poser les lois qu'ils veulent.

Staline et Hitler ne sont donc pas des criminels, mais des hommes d’Etat dont la notion du Juste est propre à leur culture, à leur époque ou à leur classe sociale. Personne ne peut donc vraiment se formaliser pour les petits désagréments que provoquent les lois qu’ils instituent…

A Nuremberg, les juristes re-sortent alors de la naphtaline une tradition défendue par les libéraux et enterrée (un peu vite) au début du XXème siècle. Tradition qui avait servi de fil rouge à toute la philosophie politique de la civilisation occidentale : la tradition du Droit Naturel.

Une tradition qui affirme qu’au dessus des lois posées par l’Etat, il existe une loi naturelle universelle –même imparfaitement connue- d’où découle un certain nombre de règles auxquelles doivent se conformer –même imparfaitement- les lois posées par l’Etat si elles veulent être Justes.
Dans la tradition du Droit Naturel, mettre des hommes et des femmes innocents dans une chambre à gaz est criminel pour n’importe quel Homme raisonnable, quels que soient sa classe sociale, l’époque où il vit, les lois de l’Etat dans lequel il vit. C'est universellement et intemporellement criminel.

Vieille de 2500 ans, la tradition du Droit Naturel n'aura finalement était sortie de la réflexion politique que quelques dizaines d'années par les socialistes et les fascistes avant de faire un retour discret par la fenêtre.
Quelques petites dizaines d'années dans lesquelles se concentrent les plus belles catastrophes politiques de l'histoire de l'humanité.

Ce n'est pas par hasard.

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Tradition du droit naturel

La Tradition du droit naturel ne se confond pas avec le libéralisme, certains partisans du droit naturel ne sont pas libéraux, certains libéraux ne se reconnaissent pas dans la théorie du droit naturel mais plutôt dans l’utilitarisme. Mais l’histoire du droit naturel et celle du libéralisme sont inséparables : c’est la tradition du droit naturel qui a enfanté du libéralisme au siècle des Lumières. Aujourd’hui les théories du droit naturel sont affinées, défendues et revendiquées principalement par des libéraux. On ne peut donc pas comprendre la vision du libéralisme sans connaître la tradition du Droit Naturel. La théorie moderne libérale du Droit Naturel, c’est l’affirmation que :

"Parce que l'homme est par nature social, la perfection de sa nature inclut la vertu sociale par excellence : la justice. La justice et le droit sont naturels."

Leo Strauss - Droit naturel et histoire

La loi sans le droit n'est que la force

1955, Alabama. Il y a des lois racistes posées par l’autorité légale.

Ces lois ségrégationnistes ont été mises en place légalement, en respectant les procédures, par des autorités légitimes, démocratiquement élues.

Rosa Parks, couturière de 42 ans, est une délinquante : en décembre 1955, elle refuse d’obéir à la loi. Elle refuse de laisser sa place assise à un blanc dans le bus. Elle est donc arrêtée et punie d’une amende de 10$. Celle qui est « restée debout en refusant de se lever » va être le symbole du mouvement des droits civiques contre les lois ségrégationnistes.

Martin Luther King, 26 ans, est un pasteur, il connaît donc ses gammes théologiques. Parmi les belles touches, il y a l’un des plus grands théologiens de l’histoire du christianisme : Thomas d’Aquin. Ce dernier, au lieu d’opposer la raison et la révélation, les a marié. Dans la dot des jeunes mariés, il y a un cadeau venant du côté de la raison, une réflexion des penseurs grecs classiques (Aristote en particulier) sur la loi naturelle de l’homme.

Perché sur l’épaule de géants classiques, Martin Luther King bâtit le socle moral du mouvement des droits civiques (et les beaux discours qui vont avec).

"La réponse repose sur le fait qu’il existe deux catégories de lois : celles qui sont justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à prêcher l’obéissance aux lois justes. L’obéissance aux lois justes n’est pas seulement un devoir juridique, c’est aussi un devoir moral. Inversement, chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes. J’abonderais dans le sens de Saint Augustin pour qui « une loi injuste n’est pas une loi ».
.../... Pour le dire dans les termes qu’emploie saint Thomas d’Aquin, une loi injuste est une loi humaine qui ne plonge pas ses racines dans la loi naturelle et éternelle. Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste. Toute loi qui impose la ségrégation est injuste car la ségrégation déforme l’âme et endommage la personnalité. Elle donne à celui qui l’impose un fallacieux sentiment de supériorité et à celui qui la subit un fallacieux sentiment d’infériorité."

Martin Luther King – Pourquoi nous ne pouvons attendre.

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